Deux satellites africains à bord d’une Soyouz

Le lundi 22 mars 2021, une fusée Soyouz-2.1a a décollé depuis Baïkonour avec à bord 38 satellites passagers. Le vol a été nominal et tous les passagers ont été livrés en orbite héliosynchrone. Parmi eux, il y avait deux cubesats africains.

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Flammes de Soyouz au décollage (GK Launch Services)

Bus spatial russe

Il s’agit du tout premier vol Soyouz commercialisé par GK Launch Services, la branche commerciale de Glavkosmos, elle-même filiale de Roscosmos, l’agence spatiale russe. Ainsi, la fusée a porté les couleurs de la compagnie : bleu et blanc. Un design magnifique rendant hommage à la fusée Vostok de Youri Gagarine, ancêtre de la Soyouz.

La Soyouz-2 a décollé de Baïkonour à 7h07 heure de Toulouse. Une heure plus tard, l’étage supérieur Fregat livre le passager principal sur une orbite héliosynchrone à 498.7 km d’altitude. 90 minutes plus tard, quatre passagers secondaires sont livrés à 592 km, et enfin tous les autres sont déposés à 550 km deux bonnes heures plus tard. C’était le tout premier vol multiple russe de l’année. Il fait suite à Transporter-1 de SpaceX et à la PSLV-C51 de l’ISRO. L’année dernière, c’était la Vega VV16 d’Arianespace qui faisait un vol multiple. Ces vols complexes sur fusées expérimentées se vendent bien.

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La Soyouz-2.1a sur son pas de tir (GK Launch Services)

Le passager principal était le satellite d’observation sud-coréen CAS500-1, de la KARI (Korea Aerospace Research Institute). Pesant 500kg, CAS500-1 est le premier du programme de satellite moyens d’observation de la Terre avec un imageur électro-optique à haute résolution. Comme autre gros passager moyen, il y avait aussi le satellite ELSA-d d’Astroscale, qui va réaliser des premiers tests de technologies pour la capture de débris spatiaux.

Le reste des passagers regroupe des petits satellites de démonstration, des éléments de constellations de cubesats. Plusieurs cubesats de démonstration sont également de la partie. Six cubesats sont dans un déployeur orbital de la société Gauss (UNITYSAT-7). Le déployeur a été placé en orbite héliosynchrone par l’étage Fregat, puis va à son tour larguer les cubesats passagers, la plupart construits par des universités. En tout, 38 satellites étaient à bord, pour le compte de 18 pays différents, dont la Tunisie et le Kenya

L’étage supérieur Fregat avec tous ses passagers, dont CAS500-1 tout au bout. (GK Launch Services / Glavkosmos)

Challenge One, le premier satellite tunisien

Ce lundi 20 mars 2021 était un grand jour pour la Tunisie. Deux jours après le 65ème anniversaire de son indépendance, le pays a pu voir décoller son tout premier satellite. Le président tunisien a d’ailleurs regardé le décollage en direct. Il s’agit du Cubesat-3U Challenge One de la TELNET, la société privée tunisienne d’aérospatiale et des télécommunications. Il est le premier maillon d’une constellation de 30 cubesats, prévue d’être complétée d’ici 2023.

Challenge One sert avant tout à la preuve de concept, mais la constellation est dédiée à l’IoT (Internet des Objets). Pesant à peine trois kilos, ses dimensions sont celle d’un cubesat-3U (c’est-à-dire trois unités de volume de 10cm x 10cm x 10cm). Il se stabilise dans l’espace à l’aide de roues à réactions et l’alimentation est pourvue à l’aide de panneaux solaires montés sur les flancs. Challenge One dispose aussi d’une caméra grand champ pour imager la Terre et la limite de l’atmosphère.

 La constellation de TELNET est développée entièrement localement, en partenariat avec la compagnie russe SPUTNIX, pour l’aide à la construction mais aussi la mise en place d’installations de test, ou encore la formation des ingénieurs et techniciens tunisiens. La Tunisie y a investi un million d’euros pour trois ans de développement. GK Launch Services est également dans le coup, avec la charge de déployer la constellation. De son côté, TELNET s’est lancé dans la construction d’un centre aérospatial dans la ville de Sfax, avec notamment la participation d’Aerospace Valley (Toulouse).

Challenge One est une des premières briques qui servent à construire un partenariat technologique entre la Russie et la Tunisie. Lundi 15 mars, le PDG de TELNET, l’ambassadeur de Tunisie en Russie se sont entretenus à ce sujet avec le vice-ministre russe des Affaires étrangères et envoyé spécial au Moyen-Orient et en Afrique.

Le cubesat-3U Challenge One lors de l’intégration dans son déployeur

SIMBA et les animaux sauvages au Kenya

System for Improving Monitoring of the Behavior of Wild Animals (SIMBA) est un cubesat-1U développé par des étudiants de trois universités : l’Université Sapienza à Rome, la Machakos University et l’Université de Nairobi au Kenya. SIMBA va connecter aux chercheurs des animaux sauvages du parc national du Kenya, des oiseaux aux grands mammifères. Certains individus porteront un capteur, dont SIMBA relaiera les données. Ainsi, on pourra mieux étudier leur comportement.

SIMBA est un nanosatellite qui a gagné un concours. La Fédération Internationale d’Astronautique (IAF) avait lancé en 2019 un concours avec à la clé un lancement gratuit. Glavkosmos devait en assurer le lancement par ce vol précisément. L’équipe de SIMBA savoure donc maintenant sa victoire avec son cubesat dans l’espace. Le projet est aussi soutenu par l’agence spatiale du Kenya et par le programme IKUNS (Italian-Kenyan University Nano-Satellites).

Le Kenya n’en n’est pas à son premier satellite. SIMBA est en réalité le troisième cubesat du programme IKUNS de nanosatellite italo-kenyan. Le précurseur de ce programme était le cubesat-1U 1KUNS-PF, développé par l’Université de Nairobi et l’Université Sapienza. Une fois de plus, le cubesat a pu décoller en gagnant un concours de l’IAF et la JAXA a apporté son soutien pour le déploiement, qui s’est fait depuis le module Kibo de l’ISS le 11 mai 2018.

Le cubesat SIMBA (Sapienza Space Systems and Space Surveillance Laboratory)
Peut être une image de texte
Première acquisition du signal de SIMBA au centre de contrôle de la Sapienza University à Rome (S5Lab)

Le spatial croissant en Afrique

Nous comptons aujourd’hui 43 satellites africains lancés dans l’espace, dont huit lancés en 2019, et un seul en 2020. Toutes les puissances spatiales africaines ne sont pas au même niveau. Parmi les plus avancés, on compte L’Egypte, le Maroc, l’Algérie, ou encore l’Afrique du Sud, qui devrait lancer un groupe de trois cubesats dédié à la surveillance des côtes et du trafic maritime à la fin de l’année (MDASat-1).

Le continent africain dispose de sa propre agence spatiale. Créée par l’Union Africaine, l’agence spatiale africaine a pour but de coordonner l’ensemble des activités des pays membres de sorte à optimiser l’effort de développement technologique. A la façon de l’ESA, l’agence agit pour que tout le monde soit gagnant, et en premier lieu dans le domaine des applications spatiales au service du développement économique et social. Par exemple, il y a le GMES & Afrique, un programme d’observation de la Terre pour aider par exemple les agriculteurs.

Le président tunisien Kais Saied et le patron de TELNET Mohamed Frikha suivent le décollage en direct (Fethi Belaid / AFP)

En plus des projets étatiques, il y a donc comme en Europe une politique spatiale générale en Afrique. Comme grands axes, on a le spatial au service du développement, mais aussi comme un business. Dans le premier cas, l’ONU (via sa branche UNOOSA dédiée à l’espace) a aidé à mettre en place de infrastructures pour les formations aux techniques spatiales. Dans le second cas, le message est clair : c’est un eldorado avec un marché qui vaudra 10 milliards de dollars d’ici 2024. Et ce message est aussi une invitation au Newspace pour venir s’y développer.

Enfin, il y a les nombreuses coopérations internationales, avec notamment les sommets France-Afrique et un partenariat en cours de discussion entre le CNES, l’Union Africaine, et différentes agences spatiales. D’autres coopérations bilatérales sont en train de se mettre en place. Nous avons vu celle entre la Tunisie et la Russie par exemple, il y a aussi la Chine, très présente dans le continent. Mais quand on demande des détails sur les partenariats spatiaux avec la Chine : circulez, il n’y a rien à voir.

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(GK Launch Services)

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