[Les News du New Space] Début d’année en montagnes russes !

Janvier 2023 :  Happy #SpaceisHard New Year !

Bienvenue dans cette revue de presse du New Space ! Ici, nous balayerons les différentes nouvelles venant du New Space, et de l’écosystème spatial qui se crée et qui se réinvente. Reprise du mode bimensuel, l’actu est tellement riche…

2023 commence durement. Le Space is Hard touche de plein fouet les mini-lanceurs, un peu comme une terrible gueule de bois. Les rêves de ‘’souveraineté’’ d’accès à l’espace sont durement balayés. A peine trois semaines après l’échec de la Vega-C, la séquence actuelle est dure pour le spatial européen.

Lanceurs : A l’affût des tirs inauguraux

Outre Transporter 6, l’actualité des mini-lanceurs est restée très riche. Si côté américain on grince des dents, côté chinois on se félicite de la solidification de Galactic Energy, et côté européen on inaugure la branche orbitale de Kiruna.

Echec LauncherOne : le Royaume-Uni pleure

Les britanniques y plaçaient beaucoup d’espoir, le premier vol LauncherOne de Virgin Orbit depuis le sol britannique ouvrait une porte d’accès indépendant, même si le micro-lanceur aéroporté est américain. Son avion porteur avait décollé le 9 janvier de l’astroport de Cornwall, puis largué la fusée au large du sud de l’Irlande. Malheureusement, une anomalie au second étage a causé l’échec du vol et la perte des 9 cubesats passagers.

L’avion porteur (Boeing 747 modifié) « Cosmic Girl » à Spaceport Cornwall pendant la campagne de tir (Virgin Orbit)

Echec RS-1 : ABL Space prêt à revoler dans un futur proche ?

2023 commence durement pour les mini-lanceurs privés. Après plusieurs reports, ABL Space parvient à faire décoller pour la première fois son lanceur RS-1 le 10 janvier depuis son pas de tir à Kodiak, en Alaska. Peu après, les neufs moteurs de l’étage principal s’arrêtent et le lanceur retombe sur le pas de tir. Aucun blessé à déplorer, mais les deux cubesats passagers sont perdus et il reste à évaluer les dégâts à Kodiak. Si l’enquête sur les causes de l’échec a débuté, ABL Space a d’emblée annoncé qu’un second modèle de RS-1 est déjà prêt à partir.

Décollage du RS-1, juste avant l’extinction inopinée des moteurs. (ABL Space)

5ème vol réussi pour la Ceres-1

La start-up Galactic Energy consolide la fiabilité de son micro-lanceur à propulsion solide Ceres-1. Le 9 janvier, une 5ème Ceres-1 décolle avec succès du Jiuquan Space Center, avec 5 petits satellites privés à bord. C’est un 5ème succès qui renforce la confiance envers Galactic Energy, qui est en train de développer un lanceur plus gros à propulsion liquide.

Décollage de Ceres-1 (Wang Jiangbo / China Daily)

Inauguration d’un pas de tir orbital à Kiruna

C’est une première sur le sol du Vieux Continent : pour la première fois, un pas de tir orbital a été inauguré au sein du centre spatial d’Esrange à Kiruna, Suède. Jusqu’à présent les fusées européennes étaient tirées depuis d’autres continents (CSG, Afrique, Australie). Le centre d’Esrange a déjà de l’expérience. Depuis plusieurs décennies, il accueille des tirs suborbitaux, des lâchers de ballons stratosphériques, ou des essais à feu de moteurs. Son pas de tir est toutefois orphelin : aucun lanceur n’est censé y voler pour l’instant. Tous les opérateurs du New Space ont fui chez SaxaVord dans les Iles Shetland, comme RFA, qui l’a récemment annoncé.

Esrange accueillera les premiers « Hops » du démonstrateur Themis d’ArianeGroup. Un premier booster (sans doute un modèle d’essai) est arrivé la veille de l’inauguration. (Mia Kleregard / SSC)

Accord pour construire un astroport chinois à Djibouti

C’est sans doute la grande nouvelle de ce début d’année : le groupe des sciences et technologies spatiales de Hong Kong a signé avec Djibouti la construction d’un astroport dans le pays, une invitation à toute l’Afrique à faire décoller ses différents programmes spatiaux avec la Chine. Au menu : 7 pas de tir, 3 bancs d’essais, des infrastructures pour assembler et intégrer des satellites. Le chantier devrait être terminé en 2027.

Le vol Transpoter 6 de SpaceX, c’était aussi le 15ème vol du booster B1060 (SpaceX)

Pleins feux sur l’orbite basse : le vol Transporter 6

C’est parti avec un nouveau bus spatial pour lancer cette année 2023. A bord d’une Falcon 9 qui a décollé depuis Cap Canaveral à destination de l’orbite héliosynchrone, SpaceX a embarqué pas moins de 114 satellites. Le bus spatial Transporter 6 a une fois de plus été organisé à l’aide de multiples intermédiaires (Isilaunch, Maverick, Exolaunch) et inclus nombreux déployeurs orbitaux (Vigoride de Momentus, ION SCV-7 et 8 de D-Orbit, Orbiter SN1 de Launcher, Chimera LEO-1 d’EPIC Aerospace), ou plateformes satellites partagées (YAM 5 de Loft Orbital, Endurosat).

Résumé de la campagne de tir du déployeur orbital Orbiter SN1, le tout premier de la start-up américaine Launcher. (Launcher)

Nombreux satellites d’observation et SAR se trouvaient à bord : 3 unité ICEYE, 2 Umbra, 4 ÑuSat de Satellogic, le satellite sud-africain Agrisat-1, ou encore 36 cubesat Dove de Planet. La surveillance de différents trafics (trafic monitoring) maritime, aérien, ou spatial était en force à bord, avec une demi-douzaine de cubesat Lemur de Spire, 4 cubesats de Kleos, mais aussi le cubesat BRO 8 de la constellation bretonne d’UnseenLabs).

Une partie des déplyeurs de cubesats d’Isilaunch, avant d’être intégrés à l’adaptateur de la Falcon 9 (Isilaunch)

On retrouve aussi plusieurs éléments de constellation de communication en orbite basse (2 satellites Lynk, 4 cubesats Astrocast, 4 satellites australien SkyKraft, et bien entendu une douzaine de picosatellites SpaceBEE de Swarm Technologies). Enfin, on retrouve de nombreux cubesats universitaires ou de démonstration technologique. Parmi eux, plusieurs vont tester des voiles solaires, dont le cubesat Gama Alpha, de la start-up française Gama.

La voile solaire de Gama (vue d’artiste, Gama)

Statistiques : rappel de 2022, une année folle !

Quelle année 2022 ! Pulvérisant tous les records, en voici quelques statistiques :

  • 186 tirs, dont 8 échecs
  • 60 tirs Falcon 9
  • 64 tirs chinois
  • 2460 satellites déployés avec succès (missions NROL comptées comme une seule charge utile), dont 220 cubesats et 1730 Starlink.

Les News du New Space

Décembre 2022 :  Fin d’une année d’amorçage

Bienvenue dans cette revue de presse du New Space ! Ici, nous balayerons les différentes nouvelles venant du New Space, et de l’écosystème spatial qui se crée et qui se réinvente. Encore une fois, une seule revue pour le mois de décembre, avec l’accent sur un bilan statistique.

2022 année d’amorçage ? C’est un peu l’ambiance dans laquelle on a baigné, du moins du côté européen. Aux Etats-Unis, les services de plusieurs acteurs du New Space sont devenus désormais concrets, voire stratégiques. En Europe, les levées de fonds ont atteint 1.9 milliard d’euros. C’est moins que 2021 (3 milliards), mais on note une part importante des levées en série B ou C, ces fameuses levées de fond en amorçage.

Récaputilatif des levées de fonds en Europe ces dernières années. (Space Tech)

Lanceurs : A l’affût des tirs inauguraux

Ce mois de décembre a été marqué par une activité riche en lanceurs légers, avec deux tirs inauguraux en Chine tandis que la Vega-C échoue à mettre en orbite deux satellites d’observation Pleiades Neo. Alors que les lanceurs européens actifs s’apprêtent à vivre un long passage à vide en 2023, les regards se tournent vers les arrivants, qui ont encore un long chemin de croix devant eux.

Landspace échoue au tir inaugural de la Zhuque-2

Le tir était très attendu dans le New Space chinois. C’était en effet le tout premier tir orbital privé chinois réalisé à l’aide d’ergols liquide, une étape significative dans la maturité de ces nouveaux acteurs. La concurrence (iSpace, Galactic Energy, etc.) prévoit des tirs semblables dans un futur proche. Les essais à feu des moteurs sont courants. En cas de succès, la Zhuque-2 aurait été également la toute première fusée à faire un vol orbital avec du méthane comme carburant.

Réalisé le 14 décembre depuis le Jiuquan Space Center, le tir Zhuque-2 s’est soldé par un échec, causant la perte des 11 petits satellites passagers de ce lanceur capable d’emporter 6 tonnes de charge utile en orbite basse. Le second étage serait en cause.

Décollage de la Zhuque-2 depuis le Jiuquan Space Center (China Aviation Review)

Retour en force des spin-off publiques China Rocket Ltd. et ExPace avec la Jielong 3 et la Kuaizhou 11

9 décembre, Mer Jaune, une fusée Jielong 3 à propulsion solide décolle depuis une plateforme mobile avec 14 petits satellites à bord, dont une série de satellites d’observations Jilin-1. Le succès du vol est remarquable : d’une part les tirs offshores sont rares mais en plus il inaugure à la fois la plateforme et le lanceur. Jielong 3 est une version 10 fois plus capable que sa petite sœur la Jielong 1 de la spin-off de la CASC China Rocket Ltd. : 1.5 T de charge utile en SSO.

L’essentiel des vols de la CASC (China Aerospace Science and Technology Corporation) monopolise les charges utiles étatiques. La CASC a créé China Rocket Ltd pour mieux atteindre le marché privé des petits satellites. C’est aussi une façon de faire concurrence à la CASIC, autre entité étatique qui dispose de la spin-off ExPace qui contrôle les tirs Kuaizhou, également à propulsion solide. Après un échec en juillet 2020, la Kuaizhou-11 a réalisé son premier succès le 7 décembre depuis le Jiuquan, avec un satellite de communication à bord de ce lanceur capable d’emporter 1 tonne de charge utile en orbite basse.

Course de tests moteurs dans le New Space français, Skyrora en difficultés

Petit cadeau de Noël : la start-up française Latitude basée a Reims a teasé le succès des premiers essais à feu. Ces derniers mois chez Latitude étaient sous le signe de grands progrès pour qualifier d’une part le banc de test (actuellement le plus mature du New Space français), et débuter d’autre part des essais de moteurs. De son côté, la start-up francilienne Opus Aerospace a dévoilé des tests précédents de futurs tests de mise à feu.

Outre-Manche, en Ecosse, la compagnie Skyrora essuie de nombreux revers. D’une part il y a le départ surprise du COO (Chief Operations Officer – DG adjoint), un ancien cadre de SpaceX. Skyrora est également marqué par l’échec du tir suborbital de démonstrateur Skylark L le 8 octobre dernier.

Pleins feux sur l’orbite basse

Près de 2500 satellites envoyés dans l’espace en 2022, année de tous les records. 2023 s’annonce explosive maintenant que le déploiement des satellites OneWeb a repris. Certes, il repose sur la disponibilité des Falcon 9, mais SpaceX envisage 100 tirs cette année. Cette dernière vient d’ailleurs de débuter le déploiement de Starlink de seconde génération.

Anywaves lève 3 millions d’euros

Basée à Toulouse, la start-up toulousaine spécialisée dans la fourniture d’antenne embarquée a réussi à lever 3 millions d’euros de fonds privés. La start-up compte désormais installer un bureau aux Etats-Unis à la conquête de nouveaux clients. L’équipementier fournit des antennes pour les plateformes satellites de Loft Orbital (compagnie américaine qui tient aussi des bureaux à Toulouse). Anywaves équipe aussi la constellation satellite d’internet des objets du français Kineis.

Exemple d’antenne d’Anywaves équipant un satellite Kineis (maquette, photo Daniel Chrétien / Spacekiwi)

Sélection de 5 projets français de surveillance de l’espace

Le plan France2030 continue sa sélection de lauréats pour son côté spatial, auquel 1.5 milliards d’euros sont consacrés. Le volet ‘’surveillance de l’espace’’ a pour objectif de financer des démonstrateurs de solutions de surveillance du trafic spatial. Cinq projets ont été retenus pour une première phase de démonstration, une seconde sélection parmi eux viendra plus tard pour un service opérationnel.

Les cinq projets retenus lient des acteurs classiques au New Space français. Ces alliances montrent la progressive intégration de ces nouveaux acteurs dans l’écosystème. Parmi les projets retenus, on a un service reposant sur un réseau de télescopes de la start-up ShareMySpace, avec CS Group et l’ONERA. On a aussi le projet de microsatellite de surveillance proposé par U-Space et Airbus Defence & Space.

Bonus : mon intervention sur Bsmart à ce sujet.

Une plateforme pour prédire les interférences RF entre opérateurs satellite

Cela fait partie de la problématique de surveillance du trafic spatial : les interférences radio entre satellites ou entre satellites et antennes au sol. La population de satellite présente dans l’espace continue de croître : plus de 7500 actifs à la fin 2022, plus de 20 000 d’ici 5 ans. Les interférences vont devenir un vrai problème d’ici peu alors la start-up canadienne Magnestar propose une plateforme pour les anticiper, basée sur une cartographie de toutes les voies de communication entre la Terre et l’espace.

Les opérateurs déploient de plus en plus de réseaux d’antennes, comme Kineis qui a fini d’installer une station sol en Guyane courant décembre.

La peine du recrutement dans la filière aérospatiale dans le sud-ouest

Le rapport de l’INSEE est alarmant : 8 entreprises sur 10 n’arrivent pas à recruter. On compte près de 110 000 employés dans la filière dans le sud-ouest (80 000 salariés en Occitanie). Mais l’essor semble trop rapide aujourd’hui. Les écoles d’ingénieurs ne produisent pas assez de main d’œuvre. On retrouve cette tendance dans beaucoup de pays où l’écosystème spatial se développe rapidement : on recrute beaucoup et les profils expérimentés sont fortement chassés !

Statistiques : une année folle !

Quelle année 2022 ! Pulvérisant tous les records, en voici quelques statistiques :

  • 186 tirs, dont 8 échecs
  • 60 tirs Falcon 9
  • 64 tirs chinois
  • 2460 satellites déployés avec succès (missions NROL comptées comme une seule charge utile), dont 220 cubesats et 1730 Starlink.

Les News du New Space : dans l’ombre d’Artemis

Novembre 2022

Bienvenue dans cette revue de presse du New Space ! Ici, nous balayerons les différentes nouvelles venant du New Space, et de l’écosystème spatial qui se crée et qui se réinvente. Une seule revue pour le mois de novembre. En cause : une actu spatiale chaude très dense (Artemis I, Conseil Ministériel de l’ESA, nouveaux astronautes), et une fois de plus votre serviteur était très pris.

On s’approche pourtant d’un fait historique dans l’ombre d’Artemis I : pour la première fois une start-up privée va partir en route pour un posé sur la Lune. C’est la start-up japonaise iSpace, ex-finaliste du challenge XPrize, qui tentera de poser son lander lunaire privé Hakuto-R. Le décollage était prévu fin novembre. Il est reporté.

Lanceurs : A l’affût des tirs inauguraux

Alors qu’on prend notre mal en patience avec Ariane 6, des évolutions sont à l’étude tandis que le moteur Prometheus crache ses premières flammes. Pour maintenir en vie les lanceurs, La France s’accorde avec l’Allemagne et l’Italie sur une préférence européenne. Côté américain, on guette les tirs inauguraux (Terran 1 en cours d’assemblage, RS 1 qui subit plusieurs délais sur le pas de tir). C’est aussi le temps des crises chez Virgin Orbit, ou encore chez Astra Space, forcé d’abandonner ses projets de mégaconstellation satellite et de licencier 16% de ses forces.

Ceres-1, premier succès en mode nomade

Tir complètement éclipsé par le succès tant attendu du SLS, la start-up chinoise Galactic Energy a réussi son quatrième tir Ceres-1. Le vol a eu lieu le 16 novembre depuis le Jiuquan Space Center. Il y avait 5 satellites d’imagerie Jilin-1 à bord. C’est toutefois le premier tir qui a été assisté par un véhicule TEL (Transport-Erection-Lancement).

Décollage de la Ceres-1 de Galactic Energy (China Media Group)

Regards tournés vers le Nouveau Continent pour le prochain tir Electron

4 novembre, Mahia Peninsula. Rocket Lab réalise son 32ème tir Electron et échoue une fois de plus à capturer son booster par hélicoptère. Il y avait le satellite scientifique suédois MATS à bord. Désormais, tout le monde regarde du côté de Wallops, au pas de tir LC2 qui devrait être inauguré début décembre, après plus d’un an d’attente. L’Electron qui y décollera a déjà fait son test de mise sous pression des réservoirs (WDR) sur le pas de tir. 3 satellites Hawk de surveillance du trafic spatial sont à bord. De son côté, Rocket Lab a récupéré les lancements des satellites scientifiques TROPICS restants, suite à l’échec du premier vol avec Astra.

Skyroot réalise le premier tir fusée privée en Inde

18 novembre, la petite fusée sonde Vikram-S décolle et monte jusqu’à 90 km d’altitude. C’est un jour un peu historique en Inde, c’est la première fois qu’une start-up parvient à faire décoller une fusée dans le pays, même s’il ne s’agit ici que d’un démonstrateur suborbital qui a manqué de peu les limites de l’espace. Le tir du premier lanceur orbital (Vikram-1) est prévu ‘’d’ici un an’’. De son côté, la start-up concurrente Agnikul Cosmos vient d’inaugurer son pas de tir.

Accord entre Exotrail et Isar Aerospace

La start-up française a signé un accord avec l’opérateur de lancement allemand, portant sur plusieurs vol de la future Spectrum emportant le déployeur orbital français Spacevan. Les vols prévus entre 2024 et 2029 seront à destination de l’orbite basse ou de l’orbite de transfert géostationnaire, ce qui permettra à Exotrail d’y livrer des cubesats passagers.

Pleins feux sur l’orbite basse

La Commission Européenne obtient l’accord pour financer sa constellation satellite en orbite basse pour assurer la connectivité sécurisée IRIS². Plusieurs acteurs du New Space européens sont dans le coup dans cette constellation qui fait la concurrence européenne à Starlink. D’ailleurs, SpaceX vient d’avoir l’aval de la FCC pour déployer 7 500 unités de nouvelle génération, contre 30 000 demandés.

Le New Space indien à bord d’un vol PSLV

Un PSLV-XL a décollé le 26 novembre depuis le Satish Dhawan Space Center avec à bord le satellite d’imagerie indien Oceansat-3 (EOS-6) et plusieurs passagers secondaires. Parmi eux, des cubesats suisses d’Astrocast dédié à l’IoT (internet des objets) et Pixxel-TD 1, connu comme étant un des tous premiers satellites du New Space indien à être mis en orbite. La start-up Pixxel se servira de lui comme prototype avant d’envoyer une constellation de 20 satellites d’imagerie terrestre.

Pixxel TD-1 en salle de test. (Pixxel)

Spire propose une nouvelle plateforme de cubesat

Connue pour sa constellation de cubesat 3U Lemur dédiée au suivi du trafic maritime, Spire propose désormais une plateforme de cubesat 16U. Spire prétend que cette plateforme pourrait proposer deux fois plus d’espace dédié à la charge utile que les cubesats 16U actuels : jusqu’à 30 kg de capacité d’accueil. Spire propose également une nouvelle solution pour traquer les navires ayant coupé leur signal d’identification AIS, en concurrence avec la start-up française Unseenlabs.

Expleo achève ses premiers cubesats à Toulouse

 A l’occasion de la Space Tech Expo à Brême, la start-up a annoncé avoir terminé la construction de ses deux premiers cubesats à Toulouse : ENSO 1 & 2. Ces deux cubesats 1U collecterons des données météorologiques. Ils devraient être lancés en 2023.

Le New Space prêt à répondre à la demande militaire

Avec la guerre en Ukraine, la seule section du spatial russe en ébullition est son pan militaire : sur les 21 tirs russes réalisés cette année, 13 sont dédiés à la défense (dont 3 pour la constellation GLONASS, le GNSS russe). Le reste des tirs civils est essentiellement consacré au partenariat de la Russie dans l’ISS (cargo et vaisseau Soyouz). 13 vols en 2022, c’est plus que le double par rapport aux années précédentes. C’est un véritable branle-bas de combat pour remanier l’infrastructure spatiale militaire russe.

Face à au militaire russe, les forces spatiales occidentales commencent à demander des services auprès des acteurs du New Space. Beaucoup de ceux qui sont désormais bien établi vantent la dualité de leurs services. D’autres passent déjà des contrats comme Planet, Maxar, etc… ou encore Rocket Lab qui lance une filiale 100% concentrée sur la commercialisation de ses lanceurs pour la demande du Pentagone ou du Renseignement américain.

3 satellites Hawk juste avant leur mise sous coiffe pour le tir Electron inaugurant le LC2 prévu le 9 décembre. Ces satellites peuvent servir à la surveillance d’interférences criminelles contre un satellite (brouillage). (Rocket Lab)

Statistiques (30 novembre 2022)

Depuis le 1er janvier 2022 :

  • 167 tirs, dont 53 Falcon 9 et 54 tirs chinois
  • 2300 satellites déployés avec succès (missions NROL comptées comme une seule charge utile), dont 220 cubesats et 1600 Starlink.

Les News du New Space

2 novembre 2022 : le retour des Assises

Bienvenue dans cette revue de presse du New Space ! Ici, nous balayons au format Newsletter les différentes nouvelles venant du New Space, et de l’écosystème spatial qui se crée et qui se réinvente. Bonne lecture !

La course des lanceurs

Une seconde moitié d’octobre plus calme en termes de lancements. Le calendrier à long terme des vols européens reste toutefois marqué par l’annonce du report du tir inaugural d’Ariane 6 à la fin de l’année 2023, ce qui tend encore plus les dates limites du manifeste du lanceur, obligeant d’ailleurs l’ESA à transférer son télescope spatial Euclid sur Falcon 9.

Orbex lève 45.8 M$ en série C

La compagnie écossaise a annoncé une nouvelle levée de fonds record de 45.8 M$ avec notamment le soutien nouveau de la Banque nationale écossaise d’investissements, qui a dirigé cette série. Ces nouveaux financements permettront à Orbex de conduire le tir inaugural du micro-lanceur Prime, capable d’emporter 180 kg de charge utile en orbite basse, l’année prochaine. Suite à cette levée, Orbex a annoncé la signature d’un bail de 50 ans avec l’astroport Space Hub Sutherland, situé dans les Highlands, où décollera Prime. Les équipes sont en train de réaliser ‘’une large gamme de tests d’intégration’’, suite à des tests d’un prototype dévoilé en mai dernier.

Pangea, entre essais moteurs et contrat avec l’ESA

La start-up barcelonaise, qui détient aussi de bureaux à Toulouse, a signé un contrat avec l’ESA portant sur le développement d’un moteur à tuyère aerospike. Le but ici est de développer et tester des injecteurs imprimés-3D. Pendant ce temps, Pangea Aerospace continue à réaliser des essais à feu.

SpaceX met à jour son interface de charge utile pour les vols rideshare

C’est un peu un réponse à l’essor du marché des déployeurs spatiaux (porté par des compagnies comme Spaceflight, Momentus, Exolaunch, etc.). SpaceX propose aux opérateurs de satellites de 50 kilos ou moins de réserver directement sur leur site au prix imbattable de 5500 $/kg.

Pleins feux sur l’orbite basse

Le fait marquant est sans doute la reprise des vols OneWeb. C’est à bord d’un GSLV MkIII que 36 éléments ont rejoint l’orbite. Le vol dénote aussi un succès de la NewSpace India Limited, agence spin-off de l’ISRO (agence nationale) dédié à la prise en charge des vol commerciaux depuis le sol indien. Face à OneWeb et l’ajout de 107 nouveaux Starlink, on remarque aussi l’émergence d’une concurrence russe de la RKS qui vient de mettre en orbite de son prototype de satellite Skif-D, premier jalon d’une future constellation de 162 comsats en orbite basse.

Terran Orbital change ses plans et demeure un constructeur satellite

C’est un des nouveaux noms du marché des smallsats. Terran Orbital dispose déjà du Pentagone comme client, avec une commande de 42 satellites pour la Space Development Agency. Terran compte s’agrandir mais change ses plans, suite à un nouvel investissement de Lockheed Martin à hauteur de 100 M$. Basé en Floride, Terran Orbital comptait y construire une grande usine, en plus de celle en Californie. C’est désormais annulé, et l’usine Californienne sera agrandie. D’autre part, Terran orbital comptait construire et opérer une constellation de satellites SAR. Le projet est lui aussi dissous, et Terran Orbital propose juste de vendre des satellites SAR.

Kineis installe ses antennes en Suède

La compagnie toulousaine continue de préparer la future mise en orbite de la constellation éponyme, prévue dès 2023. Quatre antennes ont été installées à Kiruna, en Suède, pour faire la liaison avec les satellites.

Le collectif des Assises du New Space dévoile ses propositions

Cela fait notamment suite aux premières assises qui ont eu lieu en juillet à la Station F à Paris, où le collectif a proposé sa définition du New Space. Le rapport regroupe 24 propositions répondant à 6 défis : financements, clients, opinion publique, mondialisation, indépendance stratégique, intelligence. On retrouve des propositions comme la formation d’une nouvelle génération d’ingénieurs, renforcer la souveraineté, adaptation des institutions européennes aux émergents du New Space, un fond souverain spatial d’un milliard d’euros, et bien sûr renforcer la commande publique.

Statistiques au 1er novembre 2022

Depuis le 1er janvier :

  • 147 tirs, dont 49 Falcon 9 et 47 tirs chinois
  • 2200 satellites mis en orbite avec succès (missions NROL comptées comme une seule charge utile), dont 190 cubesats et 1616 Starlink.

Les News du New Space [11]

17 octobre 2022 :  nuances d’échecs

Bienvenue dans cette revue de presse du New Space ! Ici, nous balayerons au format Newsletter les différentes nouvelles venant du New Space, et de l’écosystème spatial qui se crée et qui se réinvente. Bonne lecture !

La course des lanceurs

Dure lutte pour les lanceurs face au Space is Hard. C’est ce qu’a constaté la start-up écossaise Skyrora lors du tir test de son démonstrateur suborbital Skylark-L, qui a dévié sa route pour s’écraser en mer juste après le décollage. D’autre part, nous avons enfin la sortie du silence du côté de Lampoldshausen avec le premier essai à feu de l’étage supérieur d’Ariane 6.

Le démonstrateur suborbital Skylark-L de Skyrora avant de décoller le 8 octobre en Islande. Le vol est un échec. (Skyrora)

Epsilon explose en vol

12 octobre, Uchinoura. Le petit lanceur à propulsion solide de la JAXA représentait l’unique vol orbital exercé par le Japon de 2022, en attendant l’arrivée de la H-III d’ici avril prochain. Peu après l’extinction du second étage, un disfonctionnement a obligé les opérateurs à auto-détruire la fusée. Les huit petits satellites de démonstration technologique sont perdus, le vol avait été financé par la JAXA.

Quelques nuances d’Alpha

Firefly Aerospace a réalisé le 1er octobre une seconde tentative de vol orbital de leur lanceur léger Alpha. Si le premier étage a fonctionné avec brio, il demeure des questionnements pour le second, qui aurait livré des charges utiles à une altitude plus basse que prévue. Echec partiel même si Firefly maintient le contraire ? la compagnie a de plus annoncé être sélectionnée pour une mission de l’US Space Force. Firefly a également annoncé d’une part lancer le développement d’une version plus lourde d’Alpha, et d’autre part lancer la conception d’un futur lanceur moyen-lourd avec Northrop Grumman.

Largage d’un des cubesats du vol  »To the black » de Firefly. Finalement, les charges utiles ont été livrées plus bas que prévu et certaines sont prématurément retournées brûler dans l’atmosphère. (Firefly Aerospace)

31ème succès pour Electron

7 octobre, Mahia Peninsula. Rocket Lab a réussi le tir Electron pour mettre en orbite le satellite Gazelle de la NOAA et sa charge utile Argos-4, du système de relais de données développé par le CNES. Rocket Lab a d’autre part annoncé l’arrivée d’une Electron à Wallops pour un longtemps attendu premier tir depuis le pas de tir LC2. Rocket Lab attend dit pouvoir obtenir une autorisation de vol pour décembre.

Contrats Virgin Orbit et HyImpulse + ABL

Virgin Orbit s’apprête à faire décoller sa LauncherOne depuis la Grande Bretagne pour la première fois. L’avion porteur Cosmic Girl est arrivé à Cornwall, où la fusée attend un tir imminent avec plusieurs smallsats à bord. Virgin Orbit a aussi annoncé un contrat avec Spire portant sur la réservations à bord de plusieurs vols dès 2023. De son côté, la start-up allemande HyImpulse a aussi signé un contrat de lancement avec la start-up D-CUBED tandis que la compagnie américaine ABL Space vient de se faire retirer deux satellites Kuiper de son manifeste, alors que le premier vol de la RS-1 est imminent.

Pleins feux sur l’orbite basse

Le concept de déployeur orbital libère toutes les passions. Ils sont de plus en plus nombreux à vouloir en exploiter un et à le voir comme solution de précision de livraison quand on se retrouve à bord d’un bus spatial. Après Loft Orbital, c’est au tour d’Exolaunch de proposer son déployeur orbital.

Exotrail signe un vol de démonstration pour le CNES

Ce n’est pas tous les jours que le CNES soutient le New Space avec un contrat de lancement. La start-up Exotrail vient d’être sélectionnée pour faire une mission de service en orbite : un contrat à plusieurs millions d’euros. Exotrail devra d’abord montrer que son déployeur orbital est capable de déplacer un smallsat d’une altitude à une autre, puis livrer un smallsat en orbite.

Astra moteurs : Maxar + Astroscale

Faute de vendre des lanceurs, la compagnie américaine se diversifie dans la production de moteurs satellites, un secteur très demandé sachant que jusqu’à présent, l’Ukraine et la Russie étaient des grands fournisseurs, y compris aux Etats-Unis. Astra avait déjà signé un contrat avec OneWeb, et va maintenant aussi livrer Maxar et Astroscale.

Le Spacevan d’Exotrail (vue d’artiste, Exotrail)

Dévoilement des premiers bénéficiaires du volet New Space du plan France 2030

Emmanuel Macron avait promis plus de 1.5 milliards d’euros pour le spatial français avec France 2030. 6 octobre, les premiers résultats sortent, avec une quinzaine de start-ups du New Space français lauréates :

  • Opus Aerospace (micro-lanceur)
  • Sirius Space (micro-lanceur)
  • Space Dreams (services sol pour lancements micro-lanceurs)
  • Nobrak (composants et coiffe pour micro-lanceurs)
  • HyPrSpace (ex-Hybrid Propulsion for Space, micro-lanceur)
  • CMP Composites (réservoirs pour micro-lanceur)
  • The Exploration Company (véhicules orbitaux)
  • Watt & Well (électronique pour lanceurs)
  • Halcyon (matériaux pour lanceurs)
  • Latitude (ex-Venture Orbital Systems, micro-lanceur)
  • Leanspace (digitalisation pour lancements)
  • Exotrail (déployeurs orbitaux)

Les premiers résultats concernaient surtout les micro-lanceurs et déployeurs orbitaux. Des volets ‘’constellation satellite’’ et ‘’surveillance maritime’’ ont été ouverts ce mois-ci.

Les News du New Space [10] : reprise !

Octobre 2022 :  Reprise en mode Newsletter

Bienvenue dans cette revue de presse du New Space ! Ici, nous balayerons les différentes nouvelles venant du New Space, et de l’écosystème spatial qui se crée et qui se réinvente. Après une coupure de quatre mois à cause de l’été et de nombreux déplacements (Paris, IAC, CSG, etc.), c’est le retour des News du New Space, au format Newsletter. Bonne lecture !

Lanceurs : la course pour survivre

C’est la question qui se pose souvent : celle de la solvabilité des lanceurs. Les stratégies ne sont pas les mêmes pour assurer la rentabilité d’une Falcon 9 réutilisable, ou celle d’un micro-lanceur. Au fil des ans, ça se précise. Plus de 12 ans après le premier vol Falcon 9, SpaceX est en train de pulvériser les cadences : 43 vols réalisés au cours des trois premiers trimestres de l’année. SpaceX vise 60 vols à la fin de l’année, puis 100 vols par an après.

Premier succès pour Alpha

1er octobre à 9h01 heure française, la fusée Alpha décolle du spatioport californien de Vandenberg. La fusée de Firefly Aerospace atteint l’orbite basse à 300 km d’altitude et réussit à livrer une huitaine de nanosatellites et picosatellites. Ce succès ouvre la course au marché des mini-lanceurs privés, en concurrence avec la gamme Vega. Alpha peut emporter en orbite basse jusqu’à 1170 kg de charge utile.

Largage d’un des nanosatellites passagers du vol #Totheblack (Firefly Aerospace)

Rocket Lab passe le cap du 30ème vol Electron

15 septembre, Rocket Lab réussit à faire décoller sa fusée Electron pour la 30ème fois. La micro-fusée a décollé de Mahia Peninsula en Nouvelle Zélande et mis en orbite basse le satellite StriX 1, premier élément opérationnel de la constellation d’imagerie radar-SAR japonaise de Synspective. Depuis le premier vol en 2017, les objectifs de cadence de l’Electron se sont réduits à près de 18 vols par an (et non plus l’ubuesque objectif de 120 vols promis en 2017).

Rocket Lab a également réussi à requalifier au vol un moteur Rutherford ayant déjà volé, faisant partie de l’étage – presque – récupéré en hélicoptère. Le CEO Peter Beck a également donné quelques nouvelles informations au sujet du développement de la future Neutron, avec notamment l’annonce que les tests du moteurs principal Archimedes auront lieu au Stennis Space Center de la NASA.

Tests moteurs en série

On commence en Espagne avec PLDSpace qui a qualifié au vol son démonstrateur Miura-1 après une série de mises à feu durant l’entièreté de la mission. C’était la dernière étape avant le tir suborbital. Côté français, c’est la start-up HyPrSpace qui réussit un allumage de son moteur à tuyère aerospike. Côté américain, on note les premiers essais moteur de la Rocket 4 divulgués par Astra, faisant suite à l’abandon de la Rocket 3, trop marquée par ses échecs. Enfin, côté chinois, la start-up Linkspace sort du silence et révèle le test d’un nouveau moteur Méthane/LOX nommé Storm 5A, qui équipera son démonstrateur RLV-T6, jalon avant de passer à la future fusée réutilisable NewLine.

Levées de fonds et partenariat insolite

Les levées de fonds ne semblent pas connaître la crise. En Inde, la start-up Skyroot Aerospace lève plus de 50 M$ en série B pour financer les premiers vols de leur lanceur Vikram-1, qui sera probablement le tout premier lanceur privé indien à décoller. L’autre levée de fonds récent notable est celle de l’insolite Spinlaunch, et sa catapulte à micro-fusée : 71 M$. Le partenariat insolite vient de Reims, ou Latitude (ex-Venture Orbital Systems) qui signe un MoU pour potentiellement utiliser les dirigeables de la start-up Flying Whales pour transporter son micro-lanceur Zéphyr de l’usine à Reims, jusqu’au pas de tir à SaxaVord dans les Iles Shetlands. Le chantier des différents pas de tirs a d’ailleurs l’air de bien avancer, alors que le spatioport concurrent canadien Nova Scotia, vient d’avoir le feu vert pour commencer son chantier.

Visuel d’un dirigeable emportant un conteneur avec une Zéphyr dedans. Ce serait génial de voir ça ! (Latitude / Flying Whales)

Pleins feux sur l’orbite basse

Une avancée résonne dans les esprits : vers un futur règlement américain ? La Vice-présidente des Etats-Unis Kamala Harris a souligné cet été l’obsolescence de la régulation américaine. Sept semaines plus tard, la FCC propose un nouveau règlement pour réduire le temps de désorbitation d’un satellite en fin de mission en orbite basse de 25 ans à seulement 5 ans.

Starlink en Antarctique

Après les démonstrations à Tonga ou en Ukraine, SpaceX continue de déployer sa mégaconstellation : déjà plus de 3500 unités déployées, dont près de 1500 rien qu’en 2022. Parmi les rares passagers secondaires de ces vols Starlink, on note le déploiement du prototype Bluewalker-3 d’AST Space Mobile, un service concurrent à SpaceX. Outre les contrats avec les compagnies de croisière, on peut désormais tester la connexion depuis la base McMurdo en Antarctique.

Une nouvelle constellation pour Planet

Après l’annonce de la constellation Pelican il y a quelques mois, Planet souhaite étendre son service d’imagerie en incluant une future constellation nommée Tanager, dédiée à l’imagerie hyperspectrale. Les deux prototypes de seront lancés en 2023, d’après la compagnie. Tanager devrait pouvoir collecter 420 bandes de spectres.

Les avancées du New Space français

La grosse annonce provient de la start-up de propulsion satellite francilienne ThrustMe, qui a livré 7 systèmes de propulsion de cubesat à la compagnie américaine Spire pour sa constellation de gestion de trafic maritime Lemur. Toujours dans le trafic maritime, la start-up bretonne UnseenLabs, spécialisée dans le repérage de navires ayant coupé leur signal AIS, continue de commander ses cubesats à GOMSpace et s’associe à Ursa Space pour traquer des navires de pêche illégaux. Enfin, on note une levée de fonds importante à Toulouse avec U-Space, start-up qui construit et opère des cubesats : 7 M€.

Autre nouvelle venant d’Hemeria : un système de livraison de petits satellites en orbite géostationnaire nommé GeO-FAST. (Hemeria)

La foi des politiques en l’économie spatiale

Le Congrès International d’Astronautique de Paris a reçu plusieurs visites de personnalités politiques : Valérie Pécresse, Jean-Luc Mélenchon, Sylvie Retailleau (ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche). Le point d’orgue a été avec la Première Ministre Elisabeth Borne, annonçant que l’investissement du gouvernement français dans le spatial ces trois prochaines années dépassera les 9 milliards d’euros, soit 25% de plus que les trois années précédentes (l’investissement inclus notamment la contribution française à l’ESA, le militaire et les 1.5 Md€ de France Relance).

Suivant la vision détaillée par Emmanuel Macron au Space Summit, l’ESA va demander une augmentation de 25% de son budget à la ministérielle de novembre. Cela suit d’une part la hausse des coûts généraux suite à l’inflation mais traduit aussi une volonté de rester dans le train. En effet, Euroconsult suppose que le les revenus des services de satellites de communication devraient atteindre 1200 Md$ à la prochaine décennie tandis que l’Insee compte 1704 sociétés appartenant à la filière spatiale, employant 33 20 salariés en 2020 en France, dont une soixantaine de pure players.

Lionel Suchet, directeur général délégué du CNES montre à la Elisabeth Borne une image de Paris prise par un satellite Pléiade Neo à l’IAC 2022 le 18 septembre à Paris, en présence en arrière-plan (de G. à D.) de l’ancienne astronaute Claudie Haigneré (qui a aussi été ministre déléguée aux affaires spatiales), Thomas Pesquet, Phillipe Baptiste (DG CNES), et Josef Aschbacher (DG ESA). (Daniel Chrétien / Spacekiwi)

Statistiques (30 septembre 2022)

Depuis le 1er janvier 2022 :

  • 124 tirs, dont 43 Falcon 9 et 41 tirs chinois
  • 2000 satellites déployés avec succès (missions NROL comptées comme une seule charge utile), dont 185 cubesats et 1456 Starlink.

Crédit photo top : Michel Baylor / NASA Spaceflight

Les News du New Space [9] Fin mai 2022

Fin-mai 2022 :  lance tes assises !

Bienvenue dans cette revue de presse ! C’est un nouveau format d’article où je choisirai quelques actualités parmi les plus intéressantes dans le monde du New Space en 2022. Cette revue de presse sera bimensuelle. Pour comprendre pourquoi il est si important de s’intéresser à tous ces nouveaux acteurs du spatial, vous pouvez faire un tour au bilan de 2021 sur le blog.

Transporter-5, nouveau bus New Space pour l’orbite polaire

Mercredi 25 mai, une Falcon 9 de SpaceX décolle depuis Cap Canaveral avec 59 passagers à bord de tous genres : satellites, microsatellites, nanosatellites, picosatellites, déployeurs orbitaux et expériences embarquées. Le vol a été un succès. C’était le 160ème vol de SpaceX et notamment le troisième vol de type bus spatial Transporter réalisé depuis le début de l’année 2022.

Article complet sur le blog pour découvrir l’ensemble des passagers, une belle photo de famille du New Space en 2022.

Avec ses bus spatiaux, SpaceX débloque l’accès à l’espace alors que la plupart des autres lanceurs sont déjà bookés sur des années à venir. SpaceX reste aujourd’hui la seule voie d’accès à l’espace de façon groupée. En effet, il y avait avant la Soyouz qui proposait ce genre de vol, mais avec la guerre en Ukraine, cela paraît terminé. Il y avait aussi le PSLV en Inde, mais la crise sanitaire a tout retardé. Enfin, les micro-lanceurs qui promettaient des vols dès le début de la décennie, sont tous en retard, y compris ceux qui ont déjà volé (Electron, Rocket 3, etc.) mais qui ne respectent pas la forte cadence promise.

Décollage de la Falcon 9 Transporter-5 depuis Cap Canaveral. (SpaceX)

Un méga-contrat pour le New Space de l’imagerie aux Etats-Unis

C’est la grosse annonce du mois : le Nationale Reconnaissance Office (NRO) a conclu un contrat avec trois compagnies piliers du New Space américain : Planet, Maxar et BlackSky Global. Ce contrat porte sur l’approvisionnement en images satellites de la surface terrestre pendant dix ans. Selon le NRO, il s’agit du plus gros contrat passé avec l’imagerie commerciale. En effet, les montants sont faramineux, démontrant que la meilleure machine à sous du spatial reste encore, et de loin, l’Etat :

  • Maxar : 3.2 milliards de dollars
  • BlackSky : plus d’un milliard de dollars
  • Planet : montant non communiqué mais on peut s’attendre que ce soit du même ordre

Chaque compagnie dispose d’une ou plusieurs constellations d’imagerie terrestre. Maxar dispose de la constellation WorldView, dont nous voyons passer régulièrement des images du conflit ukrainien, et qui a notamment documenté le massacre de Boutcha. En effet, la résolution de cette constellation (50 cm de taille du pixel) permettait de distinguer les différents corps étalés au sol. Le contrat permettra aussi d’utiliser la mini-constellation GeoEye et les premiers éléments de la constellation Legion, avec une meilleure résolution spatiale (30 cm).

Du côté de BlackSky, il y a la constellation éponyme en cours de déploiement (notamment à coup de vols Electron) et qui devrait être complète avec une soixantaine de satellites dans quelques années (il y a déjà 17 satellites dans l’espace). La résolution spatiale de BlackSky serait autour de 25 cm de taille du pixel et la constellation permettrait une couverture des survols quotidiens. Enfin chez Planet, il y a d’abord la constellation Dove avec près de 200 cubesats avec une faible résolution spatiale mais une très forte résolution temporelle, idéale pour capturer un événement le plus vite possible. Il y a aussi les constellations SkySat (21 satellites, 50 cm de résolution). Enfin, Planet a annoncé une nouvelle constellation nommée Pelican (32 satellites, 30 cm de résolution) qui remplacera peu à peu SkySat.

Visuel d’un satellite d’observation Pelican. (Planet)

Starlink : après les démonstrations, de nouveaux acheteurs

La mégaconstellation de SpaceX compte désormais plus de 2500 satellites envoyés dans l’espace. Même avec des pertes, cela commence à faire beaucoup et la nouvelle génération s’annonce encore plus performante. Toutefois, SpaceX accuse des retards dans le déploiement faute de Starship, qui reste cloué au sol par la FAA avant de commencer ses prochains essais. Mais avec l’état actuel de la constellation, Starlink commence à convaincre.

Plusieurs pays ont rejoint le clan des 32 nations autorisant l’utilisation de Starlink : les Philippines, la province du Québec, le Mozambique et aussi le Nigéria. Ce dernier est un client important pour SpaceX car le Nigéria pourrait être à l’avenir la première puissance économique du continent africain. Le pays sera aussi le pays le plus peuplé, avec de nombreux utilisateurs potentiels même si les usagers n’ont actuellement pas les moyens de se payer le service. Plusieurs compagnies aériennes ont décidé de devenir utilisatrice, pour disposer d’une connexion internet pendant le vol. C’est le cas de la compagnie aérienne JSX qui fournira le Wi-Fi pendant ses vols à bord d’une centaine d’appareils. Plus anecdotique SpaceX a indiqué que son service pouvait désormais être utilisé en semi-nomade, dans des vans ou camping-cars.

Il faut admettre que Starlink a fait quelques démonstrations intéressantes. D’abord SpaceX avait fourni des terminaux à l’île de Tonga dont l’explosion du volcan avait endommagé le câble sous-marin en 2021. Mais la démonstration la plus forte reste le conflit ukrainien, ou Starlink est utilisé pour assurer les communications avec les civils (suite à la cyber-attaque d’un satellite de télécommunications de ViaSat, et la rupture de câbles avec l’invasion), mais aussi au niveau militaire. C’est une première qui a même impressionné l’Etat-Major américain.

Cependant, certains pays restent méfiants et dénoncent l’agressivité des commerciaux de SpaceX, comme l’Inde qui a suspendu son accès et demandé le remboursement de toutes les préventes, mais aussi le Pakistan et la France où l’attribution de deux bandes de fréquence a été suspendue par le Conseil d’Etat.

Le Wi-Fi au bord de la mer au milieu de la nature ? C’est désormais possible. (SpaceX)

En bref

Open Cosmos obtient un financement de l’ESA pour une constellation de météo spatiale

La start-up britannique a obtenu 5.2 millions d’euros de l’ESA pour développer une constellation de trois satellites de surveillance de la météorologie de l’espace. Le réseau NanoMagSat (c’est son nom) surveillera la haute atmosphère et le champ magnétique terrestre, à la recherche d’événements pouvant être dangereux pour les satellites en orbite, plus vulnérables que les appareils au sol. Ils compléteront les données apportées par les satellites SWARM de l’ESA, en orbite polaire.

Astroports européens : attention, chantier !

Place au chantier dans l’Europe du Nord. SaxaVord a annoncé le début du chantier de l’astroport à Unst dans les îles Shetland. Cet astroport doit accueillir au moins cinq micro-lanceurs : Zéphyr de Venture Orbital, Rocket 3 d’Astra, RS1 d’ABL Space Systems (via Lockheed Martin), Skyrora XL de Skyrora, et HyImpulse. En Norvège, l’Andoya Space Center a aussi commencé le chantier des pas de tir orbitaux pour accueillir RFA et Isar Aerospace.

Ouverture : le New Space français lance ses assises

Rendez-vous les 7 et 8 juillet à Paris pour les premières assises du New Space. Cet événement, organisé en partenariat avec de nombreux acteurs de l’écosystème, a pour but de discuter et de lancer une consultation publique sur la place du New Space dans l’économie française.

Transporter-5 : ils sont à bord des bus spatiaux de SpaceX.

Mercredi 25 mai, SpaceX réussit un nouveau tir Falcon 9 à destination de l’orbite polaire depuis Cap Canaveral. Le vol a été un succès. Il y avait 59 satellites à bord. C’est l’occasion de faire un panorama des passagers à bord des vols rideshare de la compagnie d’Elon Musk.

Portés par ces magnifiques flammes, un véritable portrait du New Space en 2022. (SpaceX)

La réutilisation pour des prix cassés

Transporter-5 était le 160ème vol de SpaceX depuis le début de la compagnie il y a maintenant 20 ans. Il n’a pas retardé la folle fréquence de vol de SpaceX, soit un vol Falcon 9 par semaine depuis le début de l’année. La réutilisation a permis d’augmenter la cadence de vol. En effet, sur tous les boosters ayant décollé en 2022, seul un était neuf. Le B1061 qui a fait décoller Transporter-5 en était à son huitième vol. Pour l’anecdote, c’est ce booster qui a envoyé Thomas Pesquet et son équipage Crew-2 dans l’espace il y a un an. La coiffe aussi était réutilisée.

Le vol s’est déroulé sans histoire. La Falcon 9 a décollé de Cap Canaveral après un léger report de quelques minutes pour des vérifications complémentaires. Le booster B1061 est revenu se poser sur la Landing zone 1 juste à côté du pas de tir d’où il avait décollé. C’est la procédure dans le cas d’un vol vers l’orbite polaire.

Le second étage a pris le relais pour la mise en orbite. Il a exécuté une première mise à feu juste après la séparation des étages, puis a patienté pendant 47 minutes avant une nouvelle mise à feu. 55 minutes après le décollage, le déploiement des passagers a commencé. Cela a duré une vingtaine de minutes.

Le reconditionnement des boosters et coiffes réutilisés est désormais efficace. Un booster est maintenant capable de réaliser deux vols de suite en une vingtaine de jours. Ce gain de temps et coûts lié à la réutilisation ont permis à SpaceX de proposer un prix de mise en orbite très faible : 1.1 M$ pour 200 kg de charge utile en orbite héliosynchrone, soit 5500 $ le kilo. C’est près de quatre fois moins cher de que qu’on pouvait trouver aux Etats-Unis il y a dix ans.

Face à une telle baisse, l’argument du prix faible a commencé à disparaître chez les compagnies de micro-lanceurs comme Rocket Lab, qui ne parviennent pas à descendre si bas. Leur marketing vante désormais le principe de l’orbite dédiée, un service à la carte auquel des opérateurs sont très sensibles face au mode industriel de SpaceX.

prix du vol au kilo, comparatif (les prix Electron et LauncherOne son estimés, celui d’Astra correspond à celui annoncé par la compagnie). (Spacekiwi)

A bord de Transporter-5

Les habitués :

Il y avait 59 passagers à bord de la Falcon 9. On y retrouve des compagnies qui étaient déjà présentes dans les autres vols Transporter. Parmi ceux qui ont été déployés par SpaceX :

  • Umbra-3, satellite SAR (Synthetic Aperture Radar) d’Umbra Lab, qui vient agrandir la constellation d’imagerie radar censée avoir une résolution spatiale de 25 cm.
  • Quatre satellites d’imagerie optique ÑuSat de la compagnie argentine Satellogic. Ils disposent désormais d’une trentaine de satellites pour la constellation Aleph-1 qui en comptera au final 90 satellites pour assurer une cartographie complète du monde de façon hebdomadaire avec une résolution d’un mètre. Satellogic entend pouvoir étendre la constellation à 300 éléments pour pouvoir restreindre la résolution temporelle au quotidien.
  • Trois satellites Hawk, venant renforcer la constellation de la compagnie américaine Hawkeye360. Cette constellation a pour but de surveiller les trafics maritimes, aérien et même spatial en captant les signaux radio. Hawkeye360 avait d’ailleurs détecté des interférences dans le système GPS lors du début de l’invasion russe de l’Ukraine.
Visuel d’un satellite SAR d’ICEYE. (ICEYE)

Déployeurs intermédiaires

Une partie des autres passagers ont été déployés via des intermédiaires, à commencer par Exolaunch (basé à Berlin) :

  • Cinq Cubesat-6U Lemur-2 de Spire. Trois d’entre eux embarquent des charges utiles de Myriota dédiées à l’Internet des Objets (IoT), deux embarquent des technologies de démonstration de détection de signaux radio et de géolocalisation financées par le Defence and Security Accelerator de la défense britannique. Un des Lemur-2 (nommé Sejong-1) a été fourni par Spire à la compagnie HANCOM InSPACE. Il s’agit du premier satellite commercial d’imagerie de la Corée du Sud.
  • Cinq satellites d’observation SAR de la compagnie finlandaise ICEYE qui viennent agrandir la constellation pour faire de l’imagerie radar.
  • Trois microsatellites de 15 kg de GHGSat (Canada), pour agrandir une constellation dédiée à l’étude de notre atmosphère, et particulièrement les gaz à effets de serre.
  • Centauri-5 : nouvel élément de la future constellation de Fleet Space Technologies qui devrait avoir au final 140 cubesats-6U, destinée à l’IoT.
  • Spark-2 : microsatellite de communication de la compagnie américaine Omnispace. Il est le second élément d’une constellation de communication sur une orbite non-géostationnaire.
  • Urdaneta-Armsat-1 : microsatellite pionnier d’une constellation d’imagerie optique de la compagnie espagnole Satlantis, qui aura une résolution spatiale de 1.8m. Il est aussi conjointement développé avec l’Arménie.
  • Sharedsat-2 : cubesat 6U de la compagnie bulgare Endurosat qui embarque plusieurs charges utiles de différents clients.
  • Foresail-1 : cubesat 3U connu comme étant le tout premier satellite scientifique de Finlande. Développé par l’Aalto University.
  • Connecta T1.1 : cubesat 3U de la start-up turque Plan-S, dédié à l’IoT.
  • SPiN-1 : cubesat 1U de démonstration technologique développé par Space Products and Innovation (Allemagne)
  • Planetum-1 : cubesat-1U éducatif tchèque développé par les observatoires et planétarium de Prague.

En plus d’Exolaunch, la compagnie américaine Terran Orbital a également assuré le déploiement de quelques satellites :

  • Deux microsatellites de la constellation CICERO de GeoOptics, dédiée à l’étude de l’atmosphère terrestre par radio-occultation de signaux GPS et Galileo.
  • Pathfinder Technology Demonstrator 3 (PTD-3) : cubesat 6U de démonstration développé par le NASA Ames Research Center.
  • Deux cubesats 3U CPOD A & B développés par Tyvak et financés par la NASA pour tester les rendez-vous et opérations de proximité entre deux nanosatellites.

Dernière compagnie à avoir déployé des satellites depuis l’adaptateur de SpaceX, Momentus, avec :

  • BroncoSat 1 : cubesat 1.5U développé par Cal Poly Pomona’s Bronco Space (USA) pour tester des technologies en Machine Learning.
  • VariSat 1C : cubesat 6U portant une urne funéraire contenant les cendres de plusieurs disparus. Ce business loufoque est organisé par la compagnie Celestis.
Intégration d’un satellites de Spire dans un déployeur d’Exolaunch. (Spire/BusinessWire)

Floraison de déployeurs orbitaux

Avec Transporter-5, SpaceX a mis en orbite trois déployeurs orbitaux. Si c’est une technique encore en train de naître, ils ont chacun leurs clients, à l’heure où sort cet article, ils n’ont pas encore déployé tous leurs passagers. Le nouveau venu est Vigoride, développé par Momentus, avec 9 passagers à bord :

  • SELFIESAT-1 : cubesat 2U développé par OrbitNTNU qui, comme son nom l’indique… prend des selfies dans l’espace d’une photo affichée sur un écran.
  • 7 picosatellites de la compagnie espagnole FOSSASAT, agrandissant une constellation dédiée à l’IoT.
  • Veery FS1 : picosatellite développé par CareWeather et dédié à la météo.

Autre déployeur orbital, ION-SCV de la compagnie italienne D-Orbit. Cette dernière est présente à bord des vols rideshare de SpaceX depuis le vol SSO-A de 2018. A bord de son dernier :

  • Guardian-1 : cubesat 6U de la compagnie espagnole AIStech, et premier élément d’une future constellation de 20 cubesats qui observera la Terre en infrarouge pour chercher des sources de chaleur.
  • SBUDNIC : cubesat 3U italo-américain développé conjointement par la Brown University et l’Institute of Atmospheric Pollution Research. Il testera plusieurs technologies.
  • Deux expériences embarquées

Enfin, le dernier déployeur orbital est celui de Spaceflight Inc. – Sherpa AC – qui embarque plusieurs passagers :

  • Agile Micro Sat (AMS), développé par le MIT dédié à la démonstration technologique.
  • Deux nanosatellites de la Missile Defence Agency (projet CNCE) pour tester des communications entre eux.
  • Deux expériences embarquées

Il y a également une dernière expérience embarquée avec l’aide de la compagnie NanoRacks. Cette expérience de la NASA nommée Mars Outpost Demo tentera de couper du métal dans l’espace.

Intégration des passagers du Sherpa AC1. (Spaceflight Inc.)

Forte augmentation de la cadence des vols rideshare

C’est la nouveauté qui marque l’année 2022. SpaceX a décidé d’accélérer la cadence de ses bus spatiaux à destination de l’orbite héliosynchrone, sous la pression d’une très forte demande des nouveaux opérateurs satellite, qui ne peuvent plus attendre.

Le premier vol de ce genre chez SpaceX remonte à 2018 (SSO-A), de façon expérimentale, avec la mise en orbite essentiellement prise en charge par Spaceflight Inc. C’est seulement en 2021 que ce type de vol a repris, naturellement suspendu par le blocage de la logistique par la crise sanitaire. Après deux vols Transporter en 2021, nous en somme déjà à trois vols aujourd’hui pour 2022.Un dernier est prévu pour octobre. SpaceX prévoit désormais quatre vols par an.

Occupation des différents ports de Transporter 1. On voit que c’est tout une procédure de réservation ! (SpaceX/Spacekiwi)

Au total sur les cinq vols Transporter, SpaceX a mis en orbite 434 passagers, issus en très grande majorité de compagnies faisant partie du New Space, notamment américain. SpaceX en a même profité pour y glisser quelques Starlink. Avec les vols Transporter s’est développé toute une économie du service satellite en orbite. SpaceX ne met en orbite qu’une partie des passagers, le reste du déploiement depuis l’adaptateur se fait surtout via des déployeurs attachés ou même orbitaux appartenant à des compagnies intermédiaires qui bookent les vols Transporter pour leurs clients.

SpaceX avait commencé cette aventure avec le premier d’entre eux, Spaceflight Inc., mais depuis début 2022 suite à un problème de fuite de carburant lors du test de leur déployeur orbital Sherpa, SpaceX avait décidé de se passer d’eux jusqu’à aujourd’hui. Mais les autres sont nombreux : Momentus, NanoRacks, D-Orbit, Exolaunch, Isilaunch, etc.

Réduire les coûts d’attente devenus trop gros, c’est ce que propose SpaceX avec ses vols Transporter à bas prix. D’autres compagnies comme Arianespace sont elles aussi intéressées. Un vol rideshare a déjà été réalisé avec une fusée Vega en 2020. La compagnie russe GK Launch Service en faisait aussi régulièrement avec le couple Soyouz/Fregat. Mais il n’en n’est plus trop question désormais. L’Inde attend de pouvoir refaire à nouveau ce type de vol avec le PSLV. Avec la taille moyenne des satellites qui décroît drastiquement et leur nombre qui augmente tout autant, les vols rideshare ont une belle période devant eux.

Le module SSMS de déploiement des différents passagers de la fusée Vega lors du tir Vega-SSMS en 2020. (Arianespace)

Les News du New Space [8]

Mi-mai 2022 :  Choisis ton micro-lanceur.

Bienvenue dans cette revue de presse ! C’est un nouveau format d’article où je choisirai quelques actualités parmi les plus intéressantes dans le monde du New Space en 2022. Cette revue de presse sera bimensuelle. Pour comprendre pourquoi il est si important de s’intéresser à tous ces nouveaux acteurs du spatial, vous pouvez faire un tour au bilan de 2021 sur le blog. Revue spéciale micro-lanceurs aujourd’hui : beaucoup d’actus sont tombées dans ce domaine lors de cette dernière quinzaine.

Astra présente un nouveau lanceur

Après la Rocket 3, voici la Rocket 4 ! Ce 12 mai à l’occasion du Spacetech Day à Alameda en Californie, la compagnie a donné des détails. Ce nouveau lanceur restera modeste mais plus puissant que la Rocket 3. La Rocket 4 sera capable d’emporter jusqu’à 200 kg de charge utile en orbite héliosynchrone (300 kg en orbite basse). Astra souhaite que le prix de base d’un vol soit de 3.95 M$. En comparaison, l’actuelle Rocket 3 peut emporter 150 kg de payload en orbite héliosynchrone.

La différence a l’air modeste, mais Astra estime que la Rocket 4 conviendrait plus au marché, en se basant sur le fait que le poids moyen des satellites serait autour de 180 kg d’ici dix ans. La grande différence réside dans l’étage principal. Celui de la Rocket 4 sera équipé de deux moteurs plus grands que les moteurs Delphin équipant la Rocket 3 (5 pour le premier étage). Les nouveaux moteurs seront équipés de turbopompes, les rendant plus complexes, et utiliseront du kérosène et de l’oxygène liquide comme ergols. Ils apporteront une poussée deux fois plus grande que celle de la Rocket 3 au décollage.

Il n’est pas question de réutilisation. Astra souhaite réaliser des vols de Rocket 4 à cadence hebdomadaire. Pour cela, la compagnie souhaite réduire le nombre de personnes nécessaires pour contrôler le décollage à seulement un pilote et son copilote. Pour la logistique, la Rocket 4 pourra être transportée dans un simple container et pourra décoller depuis une rampe mobile. Un premier vol test est attendu à la fin de l’année, selon le calendrier d’Astra Space.

En plus de dévoiler la Rocket 4, Astra a décidé de faire décoller la Rocket 3 depuis le futur astroport SaxaVord, situé dans les îles Shetland. Un premier vol est prévu en 2023.

Visuel de la Rocket 4. (Astra Space)

Nouvel échec pour l’Hyperbola-1

Ce micro-lanceur chinois joue décidément de malchance ! Ce nouvel échec s’ajoute à deux autres précédents et consécutifs qui ont eu lieu en 2021. Seul le vol inaugural fût un succès, qui d’ailleurs marqua l’histoire du spatial chinois car c’était le tout premier succès d’un vol de fusée 100% privée dans le pays, le tout premier du New Space chinois. Depuis, la start-up iSpace n’arrive pas à sortir de cette spirale infernale. Ce troisième échec consécutif a eu lieu le 13 mai depuis le Jiuquan Space Center. Il y avait un satellite d’observation Jilin-1 de la Chang Guang Satellite Technology Co. à bord.

L’Hyperbola-1 est un micro-lanceur de première génération : elle dispose de quatre étages, tous à propulsion solide. Mais tous les échecs ont en commun la même version de la fusée, différente de celle du tir inaugural en 2019 et censée être plus puissante avec une capacité de 300 kg de charge utile en orbite héliosynchrone. Pour cela, cette seconde version est plus grande et a un plus fort diamètre.

Une partie du design de l’Hyperbola-1 provient de l’héritage d’ancien missiles balistiques intercontinentaux, cédé par la défense chinoise en soutien envers les start-ups du New Space. Il s’agissait d’un premier jalon pour lancer l’activité rapidement pendant qu’iSpace développe l’Hyperbola-2, un lanceur plus gros, à propulsion liquide et réutilisable, dont le premier vol est prévu dans les prochaines années.

D’autres start-ups du New Space chinois en sont au même stade, comme Landspace qui a abandonné sa Zhuque-1 après l’échec du tir inaugural en 2018, ou encore Onespace qui n’a jamais retenté l’orbite suite à l’échec du premier vol de la OS-M1. Seule Galactic Energy tient le coup avec un troisième vol de la Ceres-1 prévu en juillet. Une autre start-up, CAS Space (spin-off de la CAS), est en train de développer un lanceur avec le plus gros moteur solide jamais créé.

Visuels des deux versions de l’Hyperbola-1. La version de droite, plus puissante a échoué par trois fois à atteindre l’orbite. (iSpace)

L’Electron fait un grand pas vers la réutilisation.

C’est un vol qui était attendu depuis longtemps, le vol ‘’There and Back Again’’ qui a décollé dans la nuit du 2 au 3 mai depuis Mahia Peninsula est un succès. Il a été marqué par le succès de la capture par hélicoptère du booster principal. Le succès reste toutefois mitigé car l’hélicoptère a dû le relâcher quelques secondes après par sécurité.

Il s’agit là d’un grand pas vers la réutilisation du booster de l’Electron souhaitée par le PDG de Rocket Lab Peter Beck. Il n’est pas indiqué quand aura lieu la prochaine tentative, la compagnie doit d’abord analyser les données du vol et préparer le prochain prévu à la fin du mois et qui est très particulier. En effet, le passager est la sonde CAPSTONE de la NASA, à destination de l’orbite lunaire. Pour l’aider, Rocket Lab l’attache à un étage supérieur Photon modifié, pour assurer l’insertion en orbite cis-lunaire. Décollage prévu à partir du 31 mai.

Vue depuis l’hélicoptère du booster de l’Electron descendant sous son parachute juste avant d’être capturé. (Rocket Lab)

En bref

Orbex dévoile le prototype de Prime

Nous en avions peu de nouvelles, la start-up Orbex a dévoilé le 11 mai un premier prototype complet de son micro-lanceur Prime. Le vol inaugural est toujours prévu d’ici la fin de l’année mais cela semble difficile étant donné que le chantier du pas de tir à Sutherland en Ecosse avait pris beaucoup de retard. Dans l’immédiat, des tests du prototype sont prévus sur le pas de tir.

Mode Pink Floyd Pulse lors de la révélation du prototype de Prime à Sutherland. (Orbex)

Virgin Orbit agrandit sa flotte d’avions-porteurs

Alors que la cadence des vols du micro-lanceur aéroporté LauncherOne reste faible, Virgin Orbit va recevoir deux avions-porteurs supplémentaires. Aujourd’hui, la compagnie de Richard Brandson ne dispose que du Boeing 747 modifié ‘’Cosmic Girl’’. Deux nouveaux appareils permettront d’agrandir la flotte et de décoller des nombreux aéroports où Virgin Orbit souhaite s’installer tels que Guam, Cornwall, mais aussi au Japon, etc.

PLDSpace se rapproche du vol de son démonstrateur

La compagnie espagnole a indiqué que le démonstrateur Miura-1 arrive à la veille de son lancement. Les tests statiques de mise à feu sont terminés. Il ne reste plus qu’un test de qualification faisant office de répétition générale avant de démarrer la campagne de vol. Le vol de la Miura-1 prévu cette année servira à qualifier le moteur TEPREL avant de l’intégrer dans le lanceur orbital Miura-5.

Ouverture : petit lanceur devient privé, pourquoi pas les grands ?

On en discute de plus en plus et c’est déjà le cas aux Etats-Unis : les petits lanceurs sont désormais l’affaire de compagnies commerciales et plus des agences. Cette transformation s’illustre par l’incroyable offre proposée par le New Space en Europe, en Chine et aux USA en termes de micro-lanceur. Mais pourquoi pas en faire de même pour les gros lanceurs ? Certains proposent que les agences spatiales soient passagères sur tous les vols à l’exception des super-lourds, comme la SLS.

Electron : quand on veut faire revenir un booster en hélicoptère.

Après la famille Falcon de SpaceX, c’est au tour de l’Electron de devenir réutilisable. Du moins, un grand pas a été fait aujourd’hui : pour la première fois, Rocket Lab réussit à capturer le booster principal de la fusée lors du vol ‘’There and Back Again’’. Toutefois, le booster a dû être relâché peu après. La mise en orbite des satellites est un succès.

Magnifique flamme du décollage de l’Electron. (Rocket Lab)

Un rêve inavoué

Le goût de la casquette de Peter Beck a du s’améliorer aujourd’hui. Le PDG-fondateur de Rocket Lab était au début contre la réutilisation et avait promis de manger sa casquette s’il revenait sur sa décision. Depuis, Rocket Lab a fait le choix de la réutilisation pour Electron. Et après avoir mangé sa casquette, Beck a présenté la Neutron, un futur lanceur de nouvelle génération, à la capacité équivalente à la Soyouz et… réutilisable. Ce revirement s’est fait avec le temps, celui qu’il a fallu à SpaceX pour démontrer que c’est rentable.

C’est un long chemin qui a déjà été parcouru pour en arriver là. L’Electron vole depuis 2017 mais les vols sont devenus réguliers seulement à partir de 2019. C’est à ce moment-là que Rocket Lab décide qu’à terme, le micro-lanceur sera partiellement réutilisable. Comme la Falcon 9, le premier étage sera récupéré et réutilisé mais pas le second. En revanche, Rocket Lab ne récupère pas la coiffe. Vu la taille, ça a beaucoup moins d’intérêt.

L’Electron sur le pas de tir LC-1A, avec son booster modifié. (Rocket Lab)

Une technique acrobatique

Il existe plusieurs façons de récupérer un booster. SpaceX a fait le choix de le faire atterrir sur une landing zone ou sur une barge automatisée. Ce serait beaucoup trop complexe pour l’Electron qui pèse seulement 12.5 tonnes. L’ensemble des sous-systèmes pour assurer un atterrissage serait trop lourd pour elle et réduirait sa capacité de mise en orbite, déjà limitée à 150 kilos en orbite héliosynchrone. Non, Rocket Lab a opté pour plus insolite : la capture par hélicoptère.

Le déroulé est le suivant :

  • Décollage,
  • MECO : extinction des 9 moteurs Rutherford du booster
  • Séparation de l’étage principal
  • Descente en chute libre contrôlée du booster dans l’atmosphère
  • Déploiement du parachute pour freiner la descente
  • A quelques kilomètres d’altitude, un hélicoptère capture la ‘’corde’’ liant le parachute au booster.
  • Le booster reste suspendu, transporté par l’hélicoptère jusqu’à la zone de récupération sur Terre. Le booster y est déposé en douceur.

Rocket Lab a déjà procédé à de nombreux tests de capture en vol. Le premier a été communiqué au Printemps 2020, pendant le premier confinement. Petit à petit, des boosters modifiés ont servi pour certains vols ces deux dernières années. Rocket Lab a désormais beaucoup de données sur la rentrée atmosphérique avec ces boosters modifiés sans qu’ils soient capturés jusqu’à présent.

Capturé pendant quelques secondes

La nuit est tombée depuis quelques heures en France quand Electron décolle. Le vol s’est déroulé dans la nuit du 2 au 3 mai, après une dizaine de jours de reports successifs pour raisons de météo. Pour cette première tentative, Rocket Lab souhaitait une météo idéale dans la zone de récupération. Ce faisant, l’hélicoptère Sikorsky n’aurait pas à se soucier de cette contrainte pendant l’opération.

Le décollage s’est fait depuis le pas de tir LC-1A, le premier du site de Mahia Peninsula. Il est 10h41 (00h41 heure de Toulouse) quand les neuf moteurs Rutherford rugissent et font décoller l’Electron. Le décollage est un succès. Deux minutes et demie plus tard, le booster a rempli son rôle et se détache. Le second étage prend le relais. Plus de dix minutes après le décollage, Electron est en orbite de transfert et son étage supérieur prend le relais. Dans l’heure, tous les passagers sont déployés avec succès.

Pendant près de quatre minutes après sa séparation, le booster de l’Electron est descendu en chute libre avant de déployer un premier parachute pour se ralentir. Peu après, il déploie son parachute principal. Il a suffi d’une demi-douzaine de minute pour que les pilotes de l’hélicoptère Sikorsky S-92 aient le booster en visuel.

Quelques minutes après, le grappin déployé au bout d’un long câble sous l’hélicoptère réussit à capturer le booster et son parachute. Mais le booster semble avoir déstabilisé les pilotes. Au bout de quelques secondes, ils décident de le larguer. Il terminera sa descente sous parachute avant de tomber dans l’eau. Un navire détaché par Rocket Lab le récupérera peu de temps après. Le booster semble avoir passé si peu de temps dans l’eau salée que Peter Beck songe encore à le réutiliser.

Le test n’est donc pas vraiment un succès dans le sens où le Sikorsky devait rapporter le booster. Toutefois, la capture s’est bien faite, ce qui est une première dans l’Histoire.

L’hélicoptère Sikorsky S-92 de Rocket Lab. (Rocket Lab)

New Space à bord

Le vol ‘’There and Back Again’’ était à destination de l’orbite héliosynchrone, à 520 km d’altitude. Il y avait 34 petits satellites à bord. Parmi les principaux clients à bord, on compte la compagnie E-Space fondée par Greg Wyler. Il s’agit de trois satellites pionniers qui serviront à tester le bon fonctionnement de leur plateforme. E-Space cherche à développer une mégaconstellation de 300 000 satellites internet. Pour rester d’ailleurs dans l’insolite, ce projet fou est derrière une requête déposée à l’organisme international des communications (ITU, branche de l’ONU) … par le Rwanda.

Il y a aussi à bord un cubesat 6U d’une start-up bien connue du New Space français aujourd’hui, à savoir UnseenLabs. Il s’agit de BRO-6 (Breizh Reconnaissance Orbiter), mais il est le septième cubesat de la constellation à être mis en orbite. La constellation permet de repérer des navires en mer ayant coupé leur signal AIS (pirates, etc.), en recevant leurs émissions électromagnétiques.

Vue d’artiste d’un cubesat BRO d’UnseenLabs. (UnseenLabs)

Comme autres cubesats à bord, il y a AuroraSat-1 de la compagnie finlandaise Aurora Space Propulsion Technologies. Ce cubesat servira à tester plusieurs sous-systèmes de propulsion plasma dans le cadre de la capture de débris par un petit satellite. Il y a également Copia, un cubesat 1U d’Astrix Astronautics, une compagnie basée en Nouvelle-Zélande.

Enfin, il y a à bord toute une floppée de picosatellites. En effet, on compte 24 picosats SpaceBEE de Swarm Technologies, pour continuer de garnir une constellation dédiée au relais de données. Swarm Technologies est une des rares compagnies à avoir été rachetées par SpaceX. L’intermédiaire Spaceflight Inc. a organisé la réservation à bord du vol. Les autres picosats ont été développés par la compagnie espagnole Alba Orbital. L’un d’eux, Unicorn-2, appartient à la compagnie et propose de mesurer depuis l’espace l’ampleur de la pollution lumineuse.

Le picosatellite Unicorn-2. (Alba Orbital)