Kuaizhou-11, nouvelle Vega chinoise

Vendredi 10 juillet, la Chine a vu apparaître encore un nouveau lanceur dans son ciel, mais le vol s’est rapidement soldé par un échec. Le vol s’est déroulé depuis le Jiuquan Space Center, dans le désert en Mongolie Intérieure au nord de la Chine, à 6h17 heure de Toulouse.

Echec du lancement

L’annonce du vol inaugural de la Kuaizhou 11 a été assez discret. Le vol était initialement prévu pour 2018, mais il y a eu plusieurs retards de développement (notamment un test du premier étage qui s’est révélé un peu trop explosif). De plus, le COVID a réduit à néant pendant des mois l’activité de l’opérateur ExPace, le centre de production Kuaizhou se trouvant à Wuhan. Aujourd’hui, le micro-lanceur Kuaizhou-1A a repris son service le 12 mai.

Une fois de plus, ce 10 juillet, le Jiuquan Space Center a accueilli un tir inaugural. Le plus ancien des centre de lancement de Chine est aujourd’hui partiellement mis à disposition du spatial privé pour tester du moteur ou du lanceur. ExPace y lance la plupart de ses fusées Kuaizhou.

Le début du vol s’est déroulé normalement. Le premier étage semble avoir fonctionné normalement, certains observateurs ont même noté que le système de guidage semblait fonctionnel en voyant pendant un court moment la flamme d’un moteur RCS au sommet du lanceur. Mais après la séparation entre les premier et second étages, le vol s’est dégradé jusqu’à perte du lanceur.

vidéo du décollage (via Bilibili et SciNews)

On ignore aujourd’hui quelles sont les causes de l’échec. Il se pourrait que ça vienne de la séparation du premier étage, ou d’une anomalie au second étage. C’est à ce moment-là que la diffusion en direct (mais différé) s’est arrêtée. Certaines rumeurs indiquent même que le troisième étage aurait explosé. Aucune confirmation officielle pour l’instant. Seul le média gouvernemental Xinhua a indiqué dans un court communiqué que l’origine de l’échec était à l’étude.

Cet échec est le troisième en Chine cette année, suite à l’échec du vol inaugural de la Long March 7A en mars, et à l’échec d’une LM-3B en avril. C’est malheureusement très courant que le tir inaugural d’un lanceur soit un échec, en dépit de tous les tests au sol fait avant.

Deux satellites se trouvaient à bord :

  • Jilin-1 HR-02E, un satellite d’observation de la Terre de la Chang Guang Satellite Technology Corporation, censé venir agrandir la constellation Jilin-1, qui apporte régulièrement de beaux clichés de la surface.
  • CentiSpace-1 S2, un satellite servant de plateforme de test de nouvelles technologies GNSS pour la compagnie privée Future Navigation.
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La KZ-11 emboîtée dans son TEL pour le transport (crédit CCTV)

Une Kuaizhou plus puissante

La Kuaizhou-11 est un fusée légère dérivée de la Kuaizhou-1A, elle-même dérivée du missile balistique DF-21 (j’ai déjà consacré un article sur la KZ-1A ici). La KZ-11 est juste plus puissante de façon à mettre en orbite des satellites plus gros. Alors que la KZ-1A se limite à une capacité d’emport de 300 kg en orbite basse, la KZ-11 peut y emporter jusqu’à 1500 kg de charge utile.

La Kuaizhou-11 est composée de trois étages à propulsion solide. Chaque moteur est à tuyère fixe, c’est pour cela que le guidage du lanceur se fait à l’aide de RCS situés au dernier étage. Avec 25 mètres de haut, la KZ-11 pèse 78 tonnes au décollage. Le lanceur peut utiliser plusieurs coiffes selon les demandes des clients, avec des diamètres variant entre 2.2 et 3 mètres. Comme la KZ-1A, la KZ-11 utilise aussi un TEL pour le lancement, à savoir un véhicule servant à la fois au transport et de pas de tir.

maquette de la Kuaizhou-11 installée sur son TEL, au salon du Bourget 2019 (crédit Spacekiwi)

C’est le plus puissant de tous les lanceurs à propulsion solide de Chine, qui sont pourtant nombreux avec l’arrivée du NewSpace. Actuellement, en propulsion solide on compte :

  • La Long March 11 de la CASC.
  • La Kuaizhou-1A d’ExPace.
  • La Jielong-1 de China Rocket Ltd., filiale de la CASC, dont le prochain tir est prévu cet année.
  • La Zhuque-1 de Landspace, qui a échoué son premier et unique tir. On ignore si elle revolera un jour, Landspace a un contentieux avec le fournisseur du moteur.
  • L’OS-M1 de OneSpace qui a échoué également son premier et unique vol, d’autres tirs sont peut-être à venir.
  • L’Hyperbola-1 d’iSpace, qui a réussi son tir inaugural. On ignore quand aura lieu son prochain tir.

Le Newspace chinois devrait nous faire apparaître de nouveaux lanceurs comme la Ceres-1 de Galactic Energy, dont le prochain vol devrait avoir lieu à l’automne prochain. Mais au-delà de la propulsion solide, les premiers acteurs du Newspace chinois se tournent déjà vers la propulsion à ergol liquide, qui est certes plus complexe, mais plus fiable et plus polyvalente.

Quelques données techniques sur la KZ-11 (via @Namuslake)

La Kuaizhou-11 a plusieurs équivalents dans le monde. En plus de la Long March 11, il y a la Rockot en Russie, la Minotaur-4 aux USA, Epsilon au Japon, et bien sûr la fusée européenne Vega. Il y aura prochainement deux autres équivalents du côté du Newspace américain : Alpha de Firefly Aerospace (premier vol d’ici fin 2020), et la Terran-1 de Relativity Space (premier vol en 2021). Mais la Kuaizhou-11 est surtout un pion pour conquérir le marché intérieur chinois, car ce n’est pas n’importe qui derrière elle.

ExPace est une filiale du géant de l’armement CASIC (China Aerospace Science & Industry Corporation), le plus grand missilier de Chine, contrôlé par l’Etat. Depuis plusieurs années, la CASIC tente de s’introduire dans le spatial chinois, monopolisé par la CASC (China Aerospace Science and Technology Corporation) et ses fusée Long March. La KZ-11 viendra directement rivaliser avec la LM-11. La CASIC ne s’arrêtera pas là : déjà des versions plus lourdes KZ-21 et KZ-31 sont en cours de développement, avec comme capacité respectivement 20 T et 70 T de charge utile en orbite basse. Leurs lancements sont prévus pour 2022 et 2023.

Liftoff of the first Kuaizhou-11 from Jiuquan, July 10, 2020.
décollage de la KZ-11 au Jiuquan Space Center (crédit CCTV)

Sources principales : NASA Spaceflight, SpaceNews, Closer To Space.

Vega VV-16, le bus spatial européen

La fusée européenne Vega devait décoller à nouveau du Centre Spatial de Guyane pour la première fois de l’année il y a deux semaines. Mais les vents de hautes altitude ont maintes fois décalé le tir. Arianespace a annoncé aujourd’hui que le vol VV16 sera décalé au-delà du 16 août. Il y a à bord 53 passagers, un record de tir groupé en Europe ! Pour la première fois, l’Europe tente le vol multiple, une pratique de plus en plus répandue.

Bloquée au sol pour son retour

On peut qualifier la campagne du vol VV-16 de cauchemardesque. Elle part sur un fond de décor très sombre alors que la Vega vit une période difficile en 2019. Le lanceur léger Européenne, développé sous la maîtrise de l’industriel italien Avio, a souffert de son premier échec en juillet 2019 avec le vol VV15, après 14 tirs réussis. L’échec a été conclu comme résultant d’une défaillance de moteur. A l’échec, s’en est suivi un silence médiatique de la Vega tellement profond qu’on aurait pu croire qu’Avio espérait que SpaceX tire des Falcon 9 tous les jours pour le couvrir.

Pourtant, la Vega avait de beaux jours devant elle, avec l’arrivée prochaine d’une version plus lourde nommée la Vega-C. Cette dernière devait faire son vol inaugural fin 2019. Mais la confiance en la Vega en a pris un coup suite à cet incident, au profit d’autres lanceurs. Par exemple, le satellite Falcon Eye 2, doublure du malheureux Falcon Eye 1 perdu avec l’échec VV15, ne volera désormais sur une Soyouz ST-A depuis le CSG. Autre coup dur, le client japonais Synpective laisse tomber la Vega pour placer son satellite radar de démonstration StriX-α dans une Electron de RocketLab, dont la fiabilité s’est renforcée.

Bref, la Vega avait déjà un retour difficile avec le vol VV-16 quand, cerise sur le gâteau, le Covid-19 est venu fermer le Centre Spatial de Guyane le 16 mars, au grand désarroi d’Avio. La Guyane est loin d’avoir été épargnée par le coronavirus, et encore aujourd’hui c’est une des régions de France les plus touchées. La campagne du vol VV-16 a prudemment repris mi-mai.

Transfert de la coiffe de la Vega vers le pas de tir, où elle a été assemblée au pas de tir. (crédit Arianespace)

Le Covid-19 ne fait pas de cadeau à la Guyane Française. Le département coule sous l’épidémie et son système de santé est à bout de souffle. Dans ce conditions, le CSG n’est pas encore menacé d’être à nouveau fermé. Mais les campagnes de tirs ont plus de chances de se faire à équipe réduite plutôt que pas du tout, survie des lanceurs européens oblige.

Les vents de haute altitude qui ont décalé maintes fois la date du lancement. Initialement prévu le 18 juin, le vol VV16 a épuisé toutes ses tentatives de report et Arianespace a dû faire revenir la Vega au bâtiment d’assemblage pour changer ses batteries ainsi que celles de tous ses passagers. La Vega est finalement planifiée pour au mieux le 17 août. Ce report considérable a soulevé un grand questionnements et la communication sur le vol a été très mystérieuse.

Arianespace justifie la durée de ce report par des conditions de vents exceptionnelles et particulièrement gênantes pour un tir en direction du nord à destination de l’orbite polaire. Durant ce gros laps de temps, Arianespace requalifiera la Vega pour le décollage. Avec les fortes contraintes sanitaires au CSG, les procédures prennent plus de temps que d’habitude. Après tout, mieux vaut un retard qu’échec. Arianespace compte toutefois lancer les deux autres fusées Vega programmées cette année, dont un vol pour lancer le satellite Taranis du CNES, et le tir inaugural de la Vega-C prévu en décembre.

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La fusée Vega VV16 sur son pas de tir. (crédit Arianespace)

Nombreux passagers à bord.

Qui sont tous ces satellites qui se trouvent à bord ? Avec le vol VV-16, Arianespace valide sa plateforme de déploiement de petits satellites SSMS, fabriquée en République Tchèque par SAB Aerospace. En tout, 53 satellites seront mis en orbite pour le compte de 21 clients issus de 13 pays différents. Le dispenser SSMS a deux parties. La partie supérieure déploie sept microsatellites pesant de 15 à 150 kg. En-dessous, l’Hexamodule largue 46 cubesats (nanosatellites dont le volume se compte en unité cubiques de 10 cm de côté : 1U, 2U, 3U, 6U, etc.)

Parmi les sept smallsats, on compte :

  • Athena (PointView Tech) : parmi les plus lourds passagers du vol (138 kg), ce satellite de démonstration construit par SS/Loral va tester sa plateforme de communication entre le sol et l’orbite basse. Ce sera pour le compte de.. Facebook, qui avec Athena testerait sa capacité à disposer d’une constellation de satellites internet comme les autres GAFAs.
  • ION Cubesat Carrier : l’italien D-Orbit va tester ce déployeur de cubesat en orbite de sorte qu’ils soient largués spécifiquement là ou l’opérateur le souhaite. C’est le plus lourd des passagers (150 kg).
  • ESAIL : le microsatellite (112 kg) d’ExactEarth (Canada) provisionnera un système global d’identification automatique de navires. ESAIL a été construit avec le soutien avec l’ESA.
  • UPMSat : microsat (45 kg) de l’Université Polytechnique de Madrid.
  • NEMO-HD : microsat d’observation de la Terre (65 kg) développé par l’UTIAS (Université de Toronto, Canada) en partenariat avec le Centre des sciences et technologies spatiales de Slovénie.
  • ÑuSat 6 (38 kg) : nouvel élément de la constellation ÑuSat de petits satellites d’observations argentins de Satellogic S.A. C’est le premier à être lancé sur fusée Européenne (les autres sont lancés sur les Long March chinoises. Peut-être d’autres à venir désormais avec la Vega ?
  • GHGSat C1 : le plus léger des microsats du vol VV16 (15 kg). Baptisé Iris par l’UTIAS, le smallsat est le second à partir étudier expérimentalement les gazs à effet de serre.
Intégration du microsat ION Cubesat Carrier de D-Orbit dans le SSMS (crédit ESA)

Dans l’Hexamodule, les 46 cubesats comptent parmi eux divers éléments de constellations. Selon Euroconsult, près de 7 000 cubesats attendent d’être envoyés dans la décennie 2020, dont beaucoup d’entre eux en constellations. A bord du vol VV-16 :

  • 26 cubesats 3U Flock-4v de Planet Labs (USA), ajoutant un nouveau jeu à la plus grande constellation de cubesat qui compte plus de 350 appareils envoyés en orbite depuis 2014. Parmi ces 26, une douzaine sera en fait larguée par le prototype ION de D-Orbit. Cette immense constellation est dédiée à la photographie de la Terre.
  • 8 cubesats 3U Lemur-2 de Sprite (USA), agrandissant une constellation de plus d’une centaine d’éléments déployés depuis 2015, dédiée à l’aide au trafic maritime.
  • 1 cubesat 6U de la constellation CICERO de GeoOptics (USA) et OSM (Monaco). Cette future constellation (8 cubesat en orbite sur 24) étudie notre atmosphère et notre sol par radio-occultation des signaux GPS ou Galileo pour la météo ou l’étude du climat.
Le microsat ESAIL intégré dans la partie supérieure du SSMS (crédit ESA)

Enfin, les autres cubesats comprenant démonstration technologique et projets académiques :

  • FSSCat A & B : 2 cubesats 6U de l’Université Polytechnique de Catalogne qui vont produire des données complémentaires aux satellites Sentinels du programme Copernicus de l’Union Européenne dans l’étude de l’environnement marin et terrestre. Ils vont également tester leur communication entre eux.
  • NAPA 1 : cubesat 6U de la Royal Thai Air Force (Thaïlande) avec à bord un imageur sud-africain.
  • TARS : cubesat 6U de démonstration technologique (en IoT), qui a été lancé après KIPP et CASE (#Interstellar), développé par la start-up canadienne Kepler Communications.
  • Tyvak 0171 : cubesat 6U de test du constructeur de cubesat américain Tyvak Nano-Satellite Systems.
  • DIDO 3 : cubesat 3U israélo-suisse de SpacePharma dédié à la recherche en micro-gravité.
  • PICASSO : cubesat 3U de l’Institut Belge d’Aéronomie Spatiale, développé dans le cadre du projet QB50 de l’ESA, qui étudiera les couches supérieures de l’atmosphère.
  • SIMBA : cubesat 3U belge de l’Institut Royal de Météorologie.
  • TRISAT : cubesat 3U de l’Université de Maribor (Slovénie)
  • AMICal-Sat : cubesat 2U du Centre spatial Universitaire de Grenoble (CSUG), réalisé en collaboration avec la prestigieuse Moscow State University et qui photographiera depuis son orbite des aurores polaires afin d’étudier la pénétration des particules dans notre atmosphère arctique.
  • TTÜ100 : cubesat 1U de l’Université de Technologie de Tallin.
Intégration du cubesat NAPA-1 dans son déployeur fixé à l’Hexamodule (crédit Innovative Solutions in Space)

Enfin, les derniers passagers de ce bus spatial sont des pico-satellites, de la taille d’une vieille disquette d’ordinateur ! Ce sont les SpaceBEE, de la taille de 0.25U, développés par Swarm Technologies (USA). Douze de ces picosats ont été déployés. Ils sont les premiers d’une constellations de 150 éléments qui servira de relais de données et de communications.

Tous les passagers seront déployés en orbite basse héliosynchrone, c’est-à-dire dont l’inclinaison du plan par rapport à la direction du Soleil est toujours la même, l’orbite type des satellites d’observations de la Terre. Les 7 microsats seront déployés à 515 km d’altitude, les autres à 530 km.

Le SSMS : en haut, les 7 microsats ; en bas l’Hexamodule avec les 46 cubesats.(crédit Arianespace)

Le bus spatial

C’est une technique de lancement de plus en plus répandue pour déployer des satellites trop petits. C’est un triste état des lieux mais le développement des lanceurs n’est pas à la hauteur de la grande vague de la miniaturisation. Aujourd’hui, la plupart des petits satellites ne peuvent trouver un opérateur de lancement qui accepte de les emporter comme passager primaire car ils préfèrent les plus gros.

Par conséquent, les petits satellites se retrouvent souvent à voyager en passager secondaire, à bord de fusées Soyouz, PSLV (Inde), Long March en Chine ou encore l’Ukrainienne Dnepr il y a quelques années. Mais aujourd’hui, les gros lanceurs leur proposent aussi de voler comme passagers primaires, mais en bus, car il faut bien rentabiliser le lancement.

Un des premiers exemples de ce genre est le vol SSO-A en 2018 : une Falcon-9 qui décolle de Vanderberg avec 64 petits satellites à bord ! Le déploiement avait duré plus de six heures et fût un succès total. La Falcon-9 prévoit plusieurs autres tirs semblables dans les prochains mois. Côté européen, on se prépare aussi à ce genre de vol. Le vol VV16 a été le test de la plateforme SSMS pour Arianespace. Mais cette dernière entend aussi faire le même type de vol avec la Vega-C, ou encore avec Ariane 6.

Pourtant, quelle usine à gaz que d’organiser un tel vol ! Il faut réussir à coordonner la préparation de tous les passagers, et la mise sous coiffe peut être maintes fois retardée car un client est en retard. C’est ce qu’il s’est passé pour le vol SSO-A. Dans le cas du vol VV16, tous les passagers devront être revalidés pour le vol le 17 août. L’autre problème, est qu’en partant dans ces bus spatiaux, on n’a pas forcément l’orbite qu’on souhaite.

Intégration des deux sections du SSMS en salle blanche (crédit ESA)

Plusieurs sociétés se sont spécialisées dans le management du vol à multiple passagers, comme Spaceflight Inc. ou Momentus aux Etats-Unis, ou encore D-Orbit en Europe. Ce sont elles qui servent de plus en plus d’interface entre l’opérateur de lancement et les clients. Elle fournissent parfois elles-mêmes la plateforme de lancement de sorte à ce que l’encapsulation sous coiffe soit la plus efficace possible.

Enfin, il y a la concurrence de lanceurs plus petits, ces micro-lanceurs qui me passionnent tant et qui, eux, proposent un vol dédicacé au client. Avec leur faible capacité d’emport, ils prennent quelques petits satellites, voire parfois juste un seul et les posent exactement là où le client le souhaite. C’est le cas par exemple de l’Electron et de bientôt toute une escadrille de micro et nano-lanceurs du Newspace.

La Vega a aujourd’hui peu d’équivalents. Il y avait la Minotaur de Northrop Grumman aux Etats-Unis mais elle ne vole plus depuis quelques années. La Rockot (en Russie), fait une pause avant de voler sous une nouvelle version dépourvue de composants ukrainiens. En Chine, il y a la Long March 11, qui est plus légère, ce qui lui donne la capacité d’être tirée sans besoin de pas de tir important, et même depuis la mer ! une autre fusée chinoise, la Kuaizhou-11, devrait faire son apparition dans les prochaines semaines, mais elle fera l’objet d’un prochain article !

intégration du SSMS (sous la coiffe) au dernier étage de la Vega. (crédit : Arianespace)

Sources principales : Clubic (Eric Bottlaender), Space.com, Arianespace, Wired, GunterSpace, Spacenews, SpaceflightNow.

Newspace Vs Covid

Alors que nous nous relevons à peine du confinement, que le télétravail est de mise et la crise loin d’être résolue, on se pose déjà des questions sur l’avenir post-Covid du Newspace. Partout, en lendemains de blackout mondial, on parle partout de régression, de recul de PIB, d’une crise économique qui nous frappe plus tôt que celle que les prévisionnistes avaient dans le viseur depuis des années.

Le spatial ne sortira pas indemne de cette épreuve, mais que prédire du Newspace ? Je me suis entretenu avec plusieurs start-ups, même si on est loin d’une catastrophe, il demeure des incertitudes.

Voir à long terme au-delà des crises

L’économie du spatial est une économie à long terme. La mise en œuvre d’un projet satellite, le développement d’un nouveau moteur, le support des applications spatiales, tout cela demande du temps et donc de gros moyens pour soutenir sur une longue durée. Dans l’immédiat, la plupart des entreprises du spatial n’ont pas dramatiquement souffert des confinements et cessation d’activité.

Ce sont celles qui étaient déjà en difficultés pour qui le couperet est tombé, celles qui avaient déjà des dettes. Parmi elles, le géant américain des télécoms Intelsat, ce géant qui dans les années 1980 pouvait se payer le luxe d’une mission avec la navette spatiale américaine pour réparer un de ses satellites en orbite (très cher). L’autre géant montant OneWeb est tombé en même temps que l’invasion du Covid-19, la dernière goutte qui a fait déborder le vase pour les investisseurs qui ont préféré rester en retrait plutôt que de couvrir les dettes. OneWeb et Intelsat se réfugient sous la loi des banqueroutes, en attendant d’avoir un repreneur, ou de régler leurs dettes. Théoriquement, la constellation OneWeb, 700+ satellites, qui commençait à peine d’être déployée, est condamnée ainsi que les sites de production, laissant sans passager un paquet de Soyouz et Ariane 6, dont le tir inaugural.

OneWeb Soyouz ST27 Baïkonour
Une fusée Soyouz emporte la première grappe de satellites OneWeb depuis Baïkonour dans la nuit du 6 au 7 février. (crédit ROSCOSMOS)

au La principale demande de l’investisseur est que le projet spatial dans lequel il investit soit suffisamment pérenne pour avoir un retour sur son investissement, même si c’est des années après. Dans le cas du Newspace, la crise semble resserrer les vannes des capitaux privés. Mais il est souvent difficile de donner une date d’aboutissement du projet qui soit fiable. Et souvent, elle est lointaine. Le développement est long et coûteux en main d’œuvre, technologies et infrastructures. Trouver de la clientèle pour un satellite ou un lanceur ne se fait généralement qu’au dernier moment.

Dans un entretien pour Spacekiwi, Stanislas Maximin, PDG de la start-up Venture Orbital Systems, est confiant pour l’avenir. VOS vise à développer un micro-lanceur nommé Zéphyr pour 2023. Il rappelle : ‘’on obtiendra un client au mieux une année avant le tir inaugural car il faut d’abord démontrer que le lanceur fonctionne’’. En attendant, VOS tourne sur fonds propres et autres investissements, suffisamment pour laisser passer la tempête. ‘’Là où c’est plus incertain, c’est pour notre levée de fonds pour développer notre moteur. Nous demandons 2.5 M€, mais là les fonds d’investissements ont tout fermé. Ils demandent plus de garanties’’. Difficile à dire si VOS arrivera à lever ses fonds dans les temps qu’ils souhaitent. Mais au pire, ça ne sera qu’un décalage dans le calendrier, peu important quand la société n’est qu’au début de son chemin.

Visuel de la fusée Zéphyr de Venture Orbital Systems (crédit VOS)

Venture Orbital Systems a toutefois mis à profit le confinement, de sorte à n’en être nullement impacté. ‘’Nous avons fonctionné en télétravail pendant tout le confinement. Nous avons même pu progresser plus vite que prévu dans le développement du moteur ! A part quelques rendez-vous annulés ou décalés, aucun impact direct de notre côté’’ rassure Stanislas Maximin. Hybrid Propulsion for Space, une autre start-up du Newspace français des lanceurs a su, elle, aussi tirer profit du confinement. ‘’On a su transformer cette crise en opportunité, avec seulement un peu de retard pris sur le développement car on attend la reprise pour enfin lancer la production de notre démonstrateur’’, informe Alexandre Mongeot, un de fondateurs. Hybrid vise à construire un moteur à propulsion hybride (c’est-à-dire à ergols liquides et solides). Ce genre de développement demande beaucoup de tests.

Finalement, la crise du COVID ne semble pas trop inquiéter les petites structures du Newspace, dont le financement reste encore pas trop compliqué à pourvoir. C’est moins aisé quand on est plus grand. Pour l’instant, les structures européennes ne semblent pas trop montrer de signe de faiblesse. Alors que le confinement se termine en Europe, la période post-Covid changera peut-être seulement les calendriers pour certains. ‘’Avec le recul du marché pour les 2-3 prochaines années, ça nous laisse finalement le temps de faire notre développement’’ affirme Alexandre Mongeot.

la feuille de route d’Hybrid propulsion for Space : le test du démonstrateur Joker est un des premiers chapitres d’une aventure si longue qu’elle a le temps de survivre aux crises ! (crédit HPS)

Retour du Newspace chinois

Le spatial chinois ne semble pas trop avoir souffert de la crise du Covid-19. La Chine n’était pas entièrement confinée comme l’était l’Europe. Les activités spatiales telles que le vol habité ou les programmes lunaires ont été fort peu impactés. La CMSA (Chinese Manned Space Agency) a même pu faire le vol test de son prototype de vaisseau spatial de nouvelle génération le 5 mai dernier.

Pour ce qui est des lancements, la crise du Covid-19 s’est installée au débit des vacances du Nouvel An chinois, période spatiale très calme pour le spatial chinois. Généralement, les lancements sont peu fréquents de février à avril. Il y a eu des décalages, mais aussi des échecs, dont il est difficile de faire le lien avec la crise du Covid-19. Enfin, aucun des quatre sites de lancement n’a été fermé comme l’a été le Centre Spatial de Guyane. L’impact le plus radical a été à Wuhan, épicentre chinois du Covid-19, ou le confinement le plus strict a été décrété. L’activité de la province était morte pendant deux mois, notamment la production des fusées Kuaizhou d’ExPace (CASIC). Les tirs ont repris aujourd’hui.

Côté Newspace chinois, Wuhan est une antenne mais la plupart des start-up sont sur la côte ou dans les environs de Pékin (c’est donc maintenant qu’on peut craindre pour elles avec actuellement la peur de l’arrivée d’une seconde vague). L’activité était quand même assez restreinte et le Newspace chinois n’a pas trop donné de signes de vie pendant plusieurs semaines. Mais le développement a vite repris. Déjà des avancements ont été annoncés par plusieurs start-up. Landspace progresse dans ses tests moteurs à méthane et oxygène liquide pour son lanceur Zhuque-2, dont le premier vol est prévu fin 2020/début 2021.

Aerial view of Chinese private launch firm Landspace testing its Tianque-12 methalox engine at a facility in Huzhou.
Nouveau test moteur côté Landspace au site de Huzhou. Landspace teste le Tianque-12, d’une poussée de 80 tonnes, qui devrait équiper le premier étage de la Zhuque-2 pour un premier vol en 2020/21. (crédit Landspace)

Une autre société, iSpace, la première du Newspace chinois à atteindre l’orbite avec l’Hyperbola-1, a elle aussi complété des tests de moteurs methaLOX. Elle vise 2021 pour faire décoller l’Hyperbola-2, qui devrait être partiellement réutilisable. La société Galactic Energy avait prévu le tir inaugural de son micro-lanceur Ceres-1 pour juin, mais le Covid-19 lui fait repousser ce test à août/septembre. La compagnie continue de développer un lanceur plus gros appelé Pallas-1.

En Chine, les vannes des financements ont visiblement réouvert. La start-up Deep Blue Aerospace a annoncé avoir obtenu 14.1 M$ de financements privés pour le développement de ses fusées Nebula. Beaucoup de société ne donnent néanmoins plus signe de vie. Certaines ont peut-être disparu mais c’est actuellement difficile à constater. Le gouvernement chinois a également donné un coup de boost en incluant les satellites internet dans une liste de nouvelles infrastructures susceptibles de recevoir un soutien de l’Etat.

Hot fire tests of the iSpace JD-1 engine in May 2020.
Test du moteur JD-1 (méthane / oxygène liquide) qui devrait équiper l’Hyperbola-2 de la startup chinoise iSpace. Le test a duré 200 secondes. (crédit iSpace)

Grande inquiétude aux Etats-Unis

Selon Quilty Analytics, plus de la moitié des acteurs du spatial ne génèrent pas de revenu, et ont donc besoin de moyens réguliers, généralement par investissements de fonds de pension ou autres Business Angels. Il faut admettre qu’aux Etats-Unis, le Newspace regorge de projets (satellites, lanceurs, applications, etc.). L’investissements y était très riche et avait atteint la somme record de 6 milliards de dollars au total en 2019.

Plusieurs secteurs du Newspace sont directement exposés. En premier, on compte les constellations internet. Ce service, dont même l’armée américaine est preneuse, est un vrai terrain de bataille entre les gros acteurs du Newspace et les privés déjà installés. Sur les cinq gros, deux sont déjà tombés : OneWeb et Leosat. Les trois autres sont SpaceX avec Starlink (comptant à l’heure où j’écris ces lignes, déjà plus de 450 satellites en orbite), Amazon avec Kuiper et Telesat. Le risque est qu’il n’y ait pas autant de vainqueurs que de survivants. Autre secteur satellite en danger : l’Internet des Objets (IoT). Le Newspace fourmille de sociétés et start-ups dans ce domaine mais la demande risque de baisser, selon Quilty Analytics.

Enfin, les micro-lanceurs sont les projets parmi les plus exposés, car très nombreux et presque tout aussi nombreux à ne pas générer de revenu. En effet, dans le domaine, seul RocketLab commence à s’en sortir avec 12 lancements et 53 satellites mis en orbite. Les plus gros projets voient quand-même déjà le bout du tunnel comme Virgin Orbit, qui a réalisé son premier vol de LauncherOne le 25 mai (échec), notamment grâce au soutien financier du fondateur et milliardaire Richard Branson. Astra s’en sort aussi et a annoncé dernièrement la venue d’un nouveau test moteur avant de préparer le vol de la Rocket 3.0 pour le 20 juillet.

LauncherOne drop test
Largage de la LauncherOne par son avion-porteur le Boeing 747 recyclé et baptisé Cosmic Girl. La LauncherOne a fonctionné normalement pendant quelques secondes avant de stopper la mise à feu de son moteur et d’être perdue. (crédit Virgin Orbit)

Le problème est surtout pour tous les projets de micro-lanceurs qui sont moins aboutis. Certes, à l’instar de Venture Orbital Systems ou Hybrid Propulsion for Space en France, ces start-ups voient généralement, juste leur calendrier décalé. Mais la concurrence est nombreuse aux USA et nous savons tous que seuls les premiers auront le temps de bétonner leur terrain pour survivre. Alors qu’il est à craindre de voir tomber de nombreux micro-lanceurs avant même d’être nés, on demande l’aide à l’Etat.

Il a été démontré aux Etats-Unis que si une compagnie voulait avoir l’assurance de soutien financier privé, il fallait décrocher le Graal, à savoir un contrat avec le gouvernement. L’Etat booste ce milieu par des petits contrats que ce soit en passant par le public avec la NASA ou la DARPA, comme le privé avec de Département de la Défense, le NRO ou l’US Air Force. C’est comme ça que plusieurs start-ups qui n’ont jamais volé se retrouve avec déjà un contrat gouvernemental à honorer. C’est le cas par exemple de SpinLaunch, une startup qui cherche à mettre en orbite des smallsats par – accrochez-vous- catapultage, a déjà un contrat test avec le Pentagone. Autre exemple, l’US Air Force avait donné un contrat à Vector Aerospace, cinq jours avant qu’elle fasse faillite. Tentative de sauvetage ? Le contrat est, lui, passé chez Aevum, une autre startup qui cherche à développer un micro-lanceur aéroporté par un drone dont on n’a vu que des maquettes !

Aujourd’hui, pas question de ne pas soutenir. Les contrats gouvernementaux perdurent et on réfléchit même à mettre la technologie des start-ups fragiles sous couvert de sécurité nationale rien que pour éviter qu’elle finisse rachetée par la Chine.

Bref, la crise du Newspace des micro-lanceurs ne fait que commencer aux Etats-Unis. Beaucoup craignent qu’elle dure suffisamment longtemps pour essouffler de nombreuses startups. Dans une interview avec CNBC datée du 3 mai, Peter Beck, PDG de RocketLab, pense qu’on n’est qu’aux premiers jours de 18 mois d’environnement dur à vivre pour beaucoup.

Electron on the pad at Launch Complex 2, Wallops Island, Virginia.
Test de l’Electron sur le pas de tir LC2 à la Wallops Facility e Virginie. RocketLab devrait la faire décoller d’ici la fin de l’année. En 2021, RocketLab aura une vingtaine de tirs à son actif et trois pas de tirs. Avec plus de 500 employés et la Nouvelle-Zélande débarrassée du COVID-19, l’Electron a désormais de beaux jours devant elle, jouissant encore un peu de son monopole prolongé par la crise. (crédit RocketLab)

Sources principales Chine (Andrew Jones) : SpaceNews, SpaceNews.

Sources principales USA : CNBC, CNBC, SpaceNews, SpaceNews, SpaceNews, SpaceNews.

Un grand merci à Stanislas Maximin (Venture Orbital Systems) et Alexandre Mongeot (Hybrid Propulsion for Space) pour leurs réponses.

(Crédit image de tête d’article : John Kraus)

Kuaizhou, la fusée déconfinée

Le 12 mai dernier, une Kuaizhou-1A a décollé du Jiuquan Space Center avec deux satellites à bord. C’était le premier tir Kuaizhou depuis le début du confinement à Wuhan. Petite présentation.

Le second bras spatial de la Chine

Bienvenue dans le spatial chinois, ce monde merveilleux où tout est dominé par l’Etat. Même si le gouvernement de Xi Jinping a autorisé le milieu privé de faire du spatial en 2014, l’Etat garde encore une grande maîtrise via deux géants. Le premier est la CASC (China Aerospace Science and technology Corporation). C’est le contractuel numéro 1 du gouvernement, plus gros constructeur de satellites de Chine et plus gros opérateur de lancements au monde avec ses fusées Long March.

               Le second est plus petit mais quand même bien ancré dans le paysage. C’est la CASIC (China Aerospace Science & Industry Corporation), jumelle de la CASC mais quand même avec un revenu de l’ordre de 35 milliards de dollars par an. Le gros de son business est militaire, la CASIC étant le premier producteur de missiles en Chine, connu même pour avoir approvisionné la Corée du Nord en véhicules de lancement.

La Kaituozhe-1, première fusée de la CASIC. (crédit CASIC)

               La CASIC est apparue très tôt en 1956, d’abord dans le paysage militaire chinois. Et naturellement, comme tout missilier, la CASIC a décidé d’adapter ses missiles balistiques à la mise en orbite. On peut dire que ce processus est une image d’Epinal du spatial en général, aucune puissance n’a échappé à cette règle ! Au début des années 2000, la CASIC se lance dans le développement de ses premières fusées avec la gamme Kaituozhe. Elle s’inspire pour cela de son missile DF-21  et de sa technologie de tir antisatellite.

               La Kaituozhe-1 réalise trois tirs entre 2002 et 2005 mais aucun d’entre eux n’est un succès. Ce petit lanceur de 13.6 mètres de haut et le programme s’arrête. On note toutefois qu’une version plus lourde a vu le jour en 2017 avec la Kaituozhe-2. C’est le seul succès de la Kaituozhe connu à ce jour et on ignore si le programme est toujours actif. En fait, la CASIC a plutôt décidé de réviser sa copie après l’échec Kaituozhe. La CASIC revoit le design et crée un nouveau lanceur qui fera son premier vol en 2013 : la Kuaizhou, qu’on peut traduire littéralement comme ‘’vaisseau rapide’’.

The launch of Kaituozhe-2 just after sunrise local time. Photo credit: China Aerospace Science and Industry Corporation (CASIC)
Décollage de la Kaituozhe-2 depuis le Jiuquan Space Center le 3 mars 2017. (crédit CASIC)

Pouvoir mettre en orbite dans l’urgence

Être réactif, même dans l’espace. Ce sont d’abord les soviétiques qui ont mis au point des lanceurs à ‘’réponse rapide’’, c’est-à-dire des lanceurs qui soient rapides à envoyer dans l’espace. Car oui, en général, ça prend du temps ! Sans compter la production du lanceur, il y a son acheminement au centre de lancement, souvent son assemblage à finir sur place, l’intégration sous coiffe de la charge utile, de multiples tests et bien sûr la préparation du pas de tir. Bref c’est une usine à gaz de préparer chaque lancement et ça prend du temps (et par conséquent coûte de l’argent).

Justement, ces lanceurs à réponse rapide sont des solutions au cas où on n’aurait pas tout ce temps. A l’époque, les soviétiques en avaient besoin pour remplacer un satellite défaillant (très fréquent dans jusqu’au 21ème siècle) et pour des missions de reconnaissance ponctuelles dont il fallait rapporter des bobines. Les américains avaient aussi plusieurs programmes de ce genre mais je n’en suis pas du tout spécialiste. Alors c’est vrai qu’aujourd’hui ce besoin se fait moins sentir, et que par réponse rapide, le client entend surtout baisse des coûts de campagne de préparation au décollage. Aujourd’hui plusieurs projets du Newspace proposent des solutions de ce genre.

Nombreux sont les opérateur qui décident d’utiliser un pas de tir mobile, ici le lanceur léger iranien Qased sur son TEL.

Par réponse rapide, on entend ici qu’il suffit de seulement de quelques dizaines d’heures pour procéder au lancement, contre plusieurs semaines d’habitude. Comment fait-on ? D’une part, le lanceur doit être le plus simple possible, déjà assemblé de préférence sauf la tête où on y met la charge utile.

D’autre part, le pas de tir. C’est sa préparation qui prend beaucoup de temps. Conseil numéro 1 : pour limiter les infrastructures, prenez un petit lanceur, léger, plus facile à déplacer (un semi-remorque peut suffire) et à placer sur le pas de tir (pas besoin de grues ni d’un érecteur très puissant). Conseil numéro 2 : simplifiez votre carburant. Un ergol solide est la meilleure recette. Il est plus efficace au décollage et peut être chargé avant le début de la campagne. Equipez-en tous les étages de votre lanceur sauf le dernier pour garder une meilleure précision de mise en orbite et avoir l’occasion d’allumer votre moteur à plusieurs reprises. Autre avantage, vous économisez en infrastructures de refroidissement et en plomberie car un lanceur à ergol liquide ne peut être chargé que sur place.

Largage de la Pegasus-XL par son avion-porteur (crédit NASA)

Conseil numéro 3 : laissez carrément tomber le pas de tir. Optez plutôt pour un TEL, un véhicule de Transport-Erection-Lancement. Bref un gros camion fait tout-en-un, et qui sert de pas de tir sur roues. L’avantage est que vous pouvez tirer de partout. Cette technologie provient des TEL utilisés pour lancer des missiles balistiques depuis tous terrains, pour par exemple dresser un bouclier anti-missile où vous le souhaitez. Et enfin, si un TEL ne vous va pas, prenez un avion ! Orbital ATK le faisait déjà avec la Pegasus et Virgin orbit vous propose des vols LauncherOne depuis, des aéroports américains, britannique, japonais ou même de Guam ! Et si ni la terre, ni le ciel ne vous convenaient, et si vous étiez soviétique, vous pouviez aussi mettre en orbite un petit satellite depuis un sous-marin nucléaire.

La Kuaizhou-1A, la référence de la réponse rapide

A partir de la Kaituozhe, du missile DF-21 et de son savoir-faire en TEL, la CASIC a mis au point la Kuaizhou, cette gamme de petits lanceurs chinois, dont la campagne de tir peut tenir en seulement 30 heures ! la Kuaizhou est simple : trois étages à ergol solide et un petit dernier étage à carburants liquides.

Les deux premiers vols en 2013 et 2014 ont été réalisé avec la version Kuaizhou-1, tirée depuis un pas de tir normal et non un TEL. Le but était probablement de tester le lanceur avant de tester son système de déploiement. Il a fallu attendre 2017 pour que la nouvelle version Kuaizhou-1A, fasse son premier vol. Cette version a depuis été tirée 9 fois depuis le Jiuquan Space Center et le Taiyuan Space Center. Pour l’instant, la Kuaizhou n’a jamais connu l’échec. Elle a par contre battu des records. Comme record, la Kuaizhou a été tirée cinq fois en seulement deux mois de novembre 2019 à janvier 2020. Dont deux tirs à seulement six heures d’écart le 7 décembre ! (depuis certes deux centre de lancement différents, mais admettons-le c’est une performance).

Pour gérer son pan spatial commercial, la CASIC a créé la société ExPace, et l’a basée à Wuhan. C’est dans cette nouvelle mégapole, capitale de la province de Hubei, que se trouvent toutes les activités d’ExPace, notamment l’usine de production des Kuaizhou. Quand le COVID-19 est apparu dans la ville, toute la région a été soumise au confinement le plus strict pendant des mois, stoppant toute activité d’ExPace. Aujourd’hui, les affaires ont repris à Wuhan et ExPace a même gagné de nouveaux clients. Le 1er avril, un tir Kuaizhou avait même été vendu aux enchères en ligne ! le lancement du 12 mai a, lui, été dédié au personnel médical de Wuhan.

La suite du programme Kauizhou : la KZ-11, et son TEL. Vu sa capacité (1T à 500kmSSO), le dispositif est plus gros. Maquette présentée sur le stand CASIC lors du salon du Bourget 2019 (crédit Spacekiwi)

Le seul bémol actuel avec la Kuaizhou-1A est sa capacité : seulement 250 kg de charge utile en orbite héliosynchrone (500km SSO). C’est peu, alors la CASIC travaille depuis plusieurs années au développement d’un nouveau modèle, la Kuaizhou-11, capable d’envoyer plus d’une tonne à 500 km SSO. Son vol inaugural n’a pas encore de date, mais pourrait avoir lieu dans un futur proche, en 2020 ou 2021. Affaire à suivre maintenant que la Kuaizhou est une fusée déconfinée !

Vue d’artiste de la Kuaizhou-1A du 12 mai, dédicacée au personnel médical de Wuhan, le premier à faire face au COVID-19. (crédit CASIC)

Source principale : SpaceNews

La renaissance chinoise du vol habité

Mardi 5 mai, la Chine réussit à faire décoller une Long March 5B depuis le Wenchang Space Center. Pour couronner ce tir inaugural, la LM-5B parvient à mettre en orbite un prototype de nouveau vaisseau spatial, destiné aux missions futures et même à la Lune ! Il y avait en plus dans le chargement une petite capsule expérimentale de retour d’échantillons qui pourrait être amarrée à un futur cargo spatial. Bref, avec ce vol se trouvaient tous les espoirs du vol habité chinois.

décollage de la LM-5B depuis le Wenchang Space Center, immortalisé depuis la plage de l’île Hainan, au sud de la Chine. (image via @NamusLake)

Nouvelle version du lanceur lourd

               La Chine compte dans sa banque très peu de lanceurs lourds à l’instar d’Ariane 5 ou de Proton. Jusqu’en 2016, la CASC (China Aerospace Science and tech Corporation), le plus gros contractuel du spatial chinois, ne disposait comme lanceur le plus puissant que de la Long March 3B, capable de mettre en orbite géostationnaire – GTO – un satellite de seulement 5.5 T (deux fois moins qu’une Ariane 5).

               En 2016, la CASC lance avec succès la Long March 5 (CZ-5), son plus gros lanceur, capable d’envoyer en GTO une charge utile de 14 tonnes, soit un des lanceurs les plus puissants de la planète. Mais le second tir en 2017 est un échec, qui conduit les ingénieurs de la CASC à refaire le design de turbopompe du moteur principal YF-77. La Long March est alors en panne, et avec elle tous les grands objectifs de conquête de l’espace par la Chine.

La Long March 5B sur son pas de tir quelques heures avant le décollage (crédit CASC)

               Après une longue attente de près de 900 jours et plusieurs retards, la Long March 5 revient enfin sur le pas de tir en décembre 2019, et son 3ème lancement est un succès. Le programme d’exploration du système solaire peut reprendre avec comme clients Tianwen-1, la première mission chinoise pour Mars qui partira en juillet, mais aussi la première mission de retour d’échantillons lunaires Chang’e 5, qui attend son ticket depuis 2017. D’autres passagers devraient avoir aussi leur ticket : Chang’e 6 (doublure de la 5) et le télescope spatial Xuntian, futur équivalent chinois d’Hubble.

               La Long March 5B est la version ‘’orbite basse’’ de la CZ-5. C’est un dérivé dépourvu du second étage, offrant en contrepartie la possibilité de mettre en orbite basse une charge utile plus grosse (pouvant atteindre 25 T). Avec cette version, l’agence spatiale chinoise (CNSA), prévoit de construire sa future station spatiale, CSS-3, qui n’a pas encore de nom officiellement. Elle sera la troisième station spatiale lancée par la Chine après les Tiangong 1 & 2.

               La Long March 5B mettra en orbite le module principal Tianhe (ressemblant beaucoup au module Mir de l’ancienne station soviétique éponyme), suivi de deux autres modules Wentian et Mengtian. Selon Hao Chun, directeur du China Manned Space Engineering Office, branche de la CNSA en charge du vol habité, 12 vols sont prévus pour la construction de la CSS-3, dont plusieurs missions habités et cargos dès 2021. Mais avant cela, il fallait qualifier cette nouvelle version avec un vol test. C’est aujourd’hui chose faite.

Voici Li Dong. Au lycée, il a vu le décollage d’une Long March 3. À ce moment là, il a voulu faire du spatial. Aujourd’hui, il pose fièrement avec le journal d’époque devant le fameux écran rouge annonçant le succès de la LM-5B. Il est devenu le designer en chef de la Long March 5. (image via Weibo)

               Le 5 mai 2020 à 18h00 heure locale, la Long March 5B décolle du Wenchang Space Center avec deux passagers à bord. Nombreux étaient les riverains à regarder le décollage depuis les plages avoisinantes. Trois minutes après le décollage, les boosters latéraux se sont séparés du corps principal qui a continué sa propulsion jusqu’à 488 secondes après le décollage. A ce moment-là, les charges utiles étaient en orbite.

               Fun fact : le 1er étage est lui aussi resté en orbite ! Il ne restera toutefois pas longtemps car il devrait pénétrer dans notre atmosphère autour du 11 mai. Ca sera un des plus gros débris spatiaux à retomber sur Terre et, semble-t-il, sa rentrée n’est pas contrôlée. La CZ-5B est un des rares lanceurs au monde à procéder au single-stage-to-orbit, le principe d’utiliser un unique étage pour mettre en orbite un charge utile, procédé envisagé actuellement pour les lanceurs futurs du Newspace dans le cas de l’orbite basse.

N’est-elle pas magnifique ? (image via Weibo)

Un futur vaisseau spatial

               Il a beaucoup attiré l’attention, mais il n’a pas de nom officiel. Il est seulement connu sous ce diminutif : XZF-SC. C’est le diminutif de Xinyidai Zairen Feichuan – Shiyan Chuan (New-Generation Crewed Spaceship – Test Ship). Bref, c’est un prototype de nouveau vaisseau spatial habité chinois de nouvelle génération (VNG). Lancé à bord de la LM-5B, il est revenu sur Terre vendredi 8 mai après trois jours à orbiter autour de notre planète. Il était inhabité.

               La Chine a déjà un vaisseau spatial, le Shenzhou. C’est un sorte de réplique du Soyouz russe, témoin d’une grande implication de la Russie dans le développement du spatial chinois. C’est lui qui a transporté les taïkonautes de 2003 à 2016. Aujourd’hui, sa capacité est limitée par rapport aux nouvelles ambitions de la CNSA et au vu des nouveaux vaisseaux spatiaux naissants ou à venir (Orion, Crew Dragon, Starliner, Oriol..). Shenzhou appartient plus au passé, le VNG est censé le remplacer.

China's prototype new-generation crewed spacecraft undergoing testing.
Le VNG en salle blanche lors de test avant l’encapsulation sous coiffe (crédit CASC)

               Le VNG est un gros monstre : 8.8 m de longueur, 4.5 m de diamètre, il peut peser jusqu’à 21.6 tonnes. La CNSA a prévu deux versions :

  • Une version bus : capable d’emmener six taïkonautes,
  • Une version bus + cargo : capable d’emmener trois taïkonautes et 500 kg de fret.

Le VNG est censé être partiellement réutilisable. Le module de service, chargé d’assurer la propulsion du vaisseau, l’alimentation électrique et l’électronique de bord, brûlera lors de la rentrée atmosphérique. La capsule de descente, contenant les taïkonautes, devrait être utilisable jusqu’à 10 fois. Le bouclier thermique, qui sera remplacé à chaque vol, peut se déployer et se plier pour que le vaisseau puisse s’amarrer à la station.

Illustration du VNG par Homen del Espaço

En trois jours de voyage, le VNG a réhaussé sept fois son orbite et est notamment allé bien au-delà de l’orbite basse. Son apogée a atteint jusqu’à près de 8 000 km. Aucun vaisseau spatial n’était allé aussi loin de la Terre depuis les missions Apollo ! Le VNG est revenu sur Terre le 8 mai, sur le site de Dongfeng, en Mongolie Intérieure au nord du pays. Il a doucement touché terre à l’aide de trois parachutes et de coussins gonflables.

La capsule de descente du VNG, revenue sur Terre après trois jours de voyage, repose sur le sol du site de Dongfeng, sur ses airbags dégonflés. Dans la grande case ouverte en bas se trouvaient les parachutes. Elle a réalisé sa rentrée atmosphérique à la vitesse de 9 km/s !
(crédit CASC/CGTN)

Le VNG a hébergé une dizaine d’expériences scientifiques ou de démonstration technologique, comme la première réalisation de matériau en composite renforcé en fibres par impression 3D dans l’espace. Il y avait également des graines de plusieurs céréales à bord selon la CMSA pour y voir les effets des radiations en dehors de la Ceinture de van Allen, ou encore une expérience pour tester la bonne synchronisation des horloges.

les graines du VNG, qui ont traversé avec lui la ceinture de Van Allen (crédit CASC)

Il y avait également une petite capsule de retour d’échantillon amarrée au VNG. Elle a été larguée le 6 mai pour tester sa rentrée atmosphérique à l’aide d’un bouclier thermique gonflable. Mais elle a été annoncée comme perdue suite à une anomalie. Ce n’est pas la première fois que la Chine teste ce genre de capsule développée par la CASIC, un autre gros contractuel du spatial chinois. Cette capsule pourrait être utilisée pour rapporter des échantillons sur Terre depuis un cargo quittant la station, celui-ci n’étant pas protégé par un bouclier thermique.

Fonction connue comme celle de « danseur sur la pointe de couteau »; l’opérateur de la capsule de descente inspecte ce qui semble être la case à équipement de communication. Sun Zhanhai n’est pas n’importe qui, chargé de fermer la trappe du Shenzhou sur le pas de tir, il est le visage que neuf taïkonautes ont vu avant d’aller dans l’espace. (image CASC)

Viser la Lune

               Avec le succès (quasi) total de ce vol, l’astronautique chinoise peut enfin redémarrer. Les objectifs sont ambitieux : occuper de façon permanente la prochaine station spatiale CSS-3, et viser la Lune. Avec les désorbitations des stations Tiangong 1 et 2 en 2018 et 2019, la Chine a mis fin aux premiers chapitres du vol habité partant des pionniers et en restant plus sur de la démonstration que de la science elle-même.

               Seulement 11 jours après le cinquantenaire du tout premier satellite chinois, le vol du VNG lance une nouvelle ère de l’astronautique chinoise avec des rêves dépassant désormais la simple présence dans des chinois et chinoises dans l’espace. Maintenant, on veut y rester. Pesant à terme 60 tonnes, la future station spatiale chinoise sera équivalente à l’ancienne station soviétique/russe Mir, avec bien sûr une techno plus élaborée.

               Avec une station Mir 2.0 opérationnelle vers 2022, la Chine entend s’installer en permanence dans l’espace pour la décennie, avec roulement d’équipage et même une ouverture internationale. Lors de sa visite à Toulouse en septembre 2019, le vice-président me l’a confirmé quand je lui ai posé la question : des astronautes européens pourront tout à fait embarquer à bord de la station. Samantha Cristoforetti et Matthias Maurer sont d’ailleurs les plus probables vu qu’ils ont déjà fait des stages auprès des taïkonautes.

               Le VNG est aussi l’équivalent du vaisseau américain Orion, dont un prototype a déjà fait un vol test en 2014. Le VNG pourra lui-aussi servir de vaisseau ‘’polyvalent’’ à l’instar du projet de vaisseau russe Oriol, qui pourra à la fois remplacer le Soyouz en orbite basse et envoyer des astronautes vers la Lune. La Chine elle aussi vise la Lune. Le programme Chang’e a été lancé il y a longtemps pour préparer les missions humaines in situ mais l’astronautique chinoise va elle aussi emboîter le pas.

               Avec le VNG, la CNSA envisage la technique du ‘’train spatial’’ : joindre en orbite le VNG lancé par LM-5B à un lander lunaire lancé par un autre lanceur encore plus gros (la Long March 9), puis envoyer le tout vers la Lune. Autre schéma envisagé : voyage direct, comme Artemis, de l’ensemble à l’aide d’un autre gros lanceur qui n’a pas encore de nom (on sait juste qu’il sera constitué d’un corps triple de trois boosters de 5 m de diamètre chacun).

               Alors que la NASA vise 2024 pour revenir sur la Lune, la CNSA est plus patiente et vise la décennie 2030. Le VNG ne devrait entrer en service qu’à partir de 2025. La CNSA continuera à utiliser les Shenzhou d’ici-là. C’est le temps qu’il faut pour au moins développer les technologies des missions lunaires, et pour que l’astronautique chinoise s’y prépare elle aussi.

Résumé de la conquête de l’espace par la Chine par Rêves d’Espace ici :

https://www.mindomo.com/fr/mindmap/programme-spatiale-chinois-vols-habites-9a4ee5a667984cc8b66e3370aa66e8ae

(image via @NamusLake)

Sources principales : SpaceNews, Ars Technica, CGTN, Andrew Jones.

La Chine sur la Lune : l’initiative universitaire et la mission Longjiang

Nous sommes le 21 mai 2018, une Long March 4C décolle depuis le Xichang Space Center au sud de la province de Sichuan, au sud de la Chine. A bord, se trouve le satellite relais radio Queqiao, le premier pion de la mission Chang’e 4 pour se poser sur la face cachée de la Lune plus de sept mois plus tard. Queqiao servira à relayer, pour la première fois,  les signaux entre la surface et la Terre. Mais Queqiao ne part pas seul. Deux autres passagers l’accompagnent : Longjiang 1 et 2.

               Alors que les Etats-Unis commencent juste à montrer leur nouvel intérêt pour la Lune depuis les missions Apollo, la Chine l’a dans le viseur depuis toujours. Le programme national Chang’e ne suffit pas, les universités veulent montrer elles aussi leur capacité à atteindre la Lune.

Dragon des rivières

Les sondes Longjiang 1 et 2 (alias DSLWP A 1 et A2) sont deux microsatellites identiques. Sage décision de les avoir envoyé en double, le contact avec Longjiang 1 est perdu dès le 21 mai, juste après l’injection en orbite trans-lunaire. Longjiang 2, elle, restera en contact jusqu’à la fin de sa mission. Alors que Queqiao rejoint une orbite de halo autour du point de Lagrange L2 du système Terre-Lune, Longjiang-2 devient le 25 mai le quatrième engin chinois à s’insérer en orbite lunaire, après Chang’e 1 à 3.

Les sondes Longjiang 1 & 2 (alias DSLWP-A et B, ou A1 et A2), disposées de part et d’autre de Queqiao sur le troisième étage de la LM-3B. (crédit schéma : CASC)

Les sondes sont appelées DSLWP A1 et A2, pour Discovering the Sky at Longest Wawelenghts Pathfinder. Leur but est de tester des techniques d’interférométrie et de radioastronomie en orbite lunaire à des très grandes longueurs d’onde. Leur autre nom, Longjiang, qui veut dire ‘’Dragon des rivières’’, provient de la province Heilongjiang, au nord-est de la Chine, frontalière avec la Russie. C’est là que se trouve l’équipe du Harbin Institute of Technology qui a développé les sondes.

               Par leur masse (47 kilos), les Longjiang sont des microsatellites. Pour se maintenir sur leur orbite lunaire, ils sont équipés d’un système de stabilisation ‘’3 axes’’ à l’aide de leur propre système de propulsion. Pour leur énergie, les Longjiang disposent de batteries et d’un panneau solaire pour les alimenter. Sa communication permettait aux radio-amateurs de capter les données, ce qui est une tendance pour les petits projets satellites universitaires en Chine.

Tester le rêve des radioastronomes

De la radioastronomie, sur Terre, on peut en faire. Les ondes radios (à très grandes longueur d’onde), nous permettent de communiquer dans l’espace aujourd’hui mais aussi d’observer les émissions de l’Univers dans ces fréquences. Sur Terre, on peut faire ça de n’importe où (d’ailleurs, l’IRAP en fait depuis son toit, à 100 mètres de chez moi). Mais sur Terre, il y a un hic : le bruit. On ne parle pas de décibels mais du bruit radio, provenant de multitudes de sources sur Terre car l’Homme utilise en permanence les ondes radios, que ce soit pour téléphoner, internet ou la télé. Tout ce bruit parasite les observations depuis la Terre. Même si on peut s’en débarrasser d’une partie par traitement du signal, on perd quand même en qualité. De plus, c’est le même problème dans l’espace en vue de la Terre car les satellites communiquent aussi entre eux.

L’Univers observé en ondes radio (crédit Natasha Hurley-Walker/ICRAR/CURTINI, GLEAM Team)

Comment s’en libérer de ce maudit bruit alors ? Et bien, il faut s’abriter derrière un écran, un ‘’mur’’ qui vous stoppera toutes ces ondes parasites. Et quoi de mieux que la Lune comme écran ? Le succès du posé de Chang’e 4 sur la face cachée de notre satellite naturel a donné des ailes au rêve des astronomes, qui est d’y installer un observatoire et faire de la radioastronomie à l’abri de toutes interférences. Mais ce rêve existait avant même que Neil Armstrong ne pose son pied sur la Lune. Le but des sonde Longjiang est bien de tester ce rêve.

               Alors la sonde Longjiang ne s’est pas posée mais a pu quand même faire de la radioastronomie lorsqu’elle passait derrière la Lune. Le temps de passer derrière la Lune par rapport à la Terre, la sonde s’affranchit des interférences terrestres. Chaque sonde est équipée de plusieurs antennes déployées dans la direction du vol et perpendiculairement, afin de polariser le signal.

(crédit MingChuan Wei, BG2BHC)

Qu’ont donné les résultats de la sonde DSLWP A2 ? Difficile à dire car très peu d’articles sont sortis à ce sujet. On attend aussi des résultats des expériences similaires portées par le lander Chang’e 4.

La Terre magnifique

Le clou de la mission Longjiang est autre que la radioastronomie. Les sondes ont embarqué aussi deux caméras. La première est une caméra développée par la King Abdulaziz City for Science and Technology, en Arabie Saoudite. La seconde caméra a été développée par des étudiants. Les images envoyées par Longjiang-2 nous ont permis de voir à la fois la Terre et la Lune sur le même cliché.

La Terre et la Lune photographiées par la caméra de la KACST à bord de Longjiang-2 (crédit CNSA/KACST)

               La caméra étudiante, baptisée Inory Eye, a été utilisée par des radio-amateurs et des astronomes amateurs, qui ont pu envoyer des commandes via leurs réseaux d’antennes ou le radiotélescope Dwingeloo aux Pays-Bas. Les images ont toutes été réunies sur une plateforme mise en place par l’Hubei Institute of Technology. C’est d’ailleurs la première fois qu’un transpondeur amateur est utilisé autour de la Lune.

Leurs images sont toutes consultables ici.

Longjiang-2, avec la caméra de la KACST, a pu immortaliser l’ombre de la Lune sur l’océan Pacifique lors de l’éclipse du 2 juillet 2018. Une image unique. (crédit MingChuan Wei, HIT)

Crash comme prévu

Longjiang-2 s’est inséré en orbite lunaire le 25 mai 2018. Son orbite était très elliptique : 200km x 9000km. Le 24 janvier 2019, la sonde réalise une manœuvre afin de réduire encore son périastre dans le but d’un crash au milieu de l’été 2019. Pourquoi crasher Longjiang-2 ? Uniquement dans l’optique de ne pas ajouter de débris spatiaux supplémentaires dans l’orbite lunaire. N’oublions pas que la Lune recevra beaucoup de visiteurs dans les prochaines années et décennies.

               Le crash a eu lieu le 31 juillet 2019. Le site du crash a pu être identifié plus tard par un amateur à l’aide des images prises par le Lunar Reconnaissance Orbiter (LRO) de la NASA. Longjiang-2 s’est crashé à 300 km du site de crash de la sonde américaine Luna Orbiter 1, la première sonde à avoir pris en photo la Terre et la Lune ensemble en 1966.

Le site d’impact de Longjiang-2, formant un nouveau cratère non-loin du cratère Van Gent. Sur les estimations de l’équipe du chercheur Daniel Estévez, le LRO a imagé la surface depuis 122 km d’altitude. (crédit NASA/GSFC/Arizona State University)

Longjiang-2 a fonctionné en tout pendant 46 jours entre son lancement et son crash. Selon le média chinois Xinhua, la durée de vie initiale était d’un an. Même avec la perte au début de Longjiang-1, la mission Longjiang a été un succès. Et déjà d’autres missions de smallsats lunaires sont en préparation, notamment au Hubei Institute of Technology, qui prépare une nouvelle mission en collaboration cette fois avec des universités russes.

               A l’heure où la miniaturisation est au cœur des missions d’exploration spatiale, le succès de la mission Longjiang en est un de plus après les MarCO A & B du JPL (envoyés comme passagers secondaires de Mars Insight en 2018), et les passagers secondaires de la mission japonaise Akatsuki vers Vénus. Aujourd’hui, la NASA vise la Lune avec des astronautes, vaisseaux, stations spatiales, rover, mais aussi avec des smallsats comme CAPSTONE, un cubesat qui devrait être le prochain petit satellite autour de la Lune.

Cette photo peut paraître anodine, mais c’est une des seules photos de la surface de la Lune prises par un orbiter lunaire sous commandes d’une équipe amateure (prise avec la caméra Inory Eye). Une première avec la mission Longjiang. (crédit AMSAT, HIT)

Sources : The Planetary Society, Space.com, LROC, HIT, AMSAT, Gunterspace, Xinhua. Vous pourrez trouver plus d’informations sur le site suivant : dk3wn.info/blog/satelliten/dslwp/

2020, RocketLab et le Newspace sous leadership kiwi

(via Sam Toms & Simon Moffatt)

Bienvenue chez Spacekiwi ! Pour lancer ce nouveau blog, je vous propose de faire le point sur ma compagnie préférée, RocketLab, qui est aussi la compagnie spatiale préférée des américains semble-t-il d’après le sondage de SpaceNews de 2019. Il faut admettre, RocketLab bouge beaucoup. Vraiment beaucoup, alors que le premier tir ne date d’il n’y a même pas trois ans. Même le COVID19 ne semble pas l’arrêter.

RocketLab bouge, mais est loin d’être la seule compagnie à évoluer. Le Newspace vit beaucoup plus vite que le spatial que nous connaissions il y a dix ans. Tous ces nouveaux acteurs, tous ces nouveaux projets, et un marché en ébullition. La concurrence se forme petite à petit, chez les petits lanceurs, comme chez les gros. Car entendons-nous bien. Il y a plusieurs pans du Newspace des lanceurs : les lanceurs légers et les autres avec SpaceX ou Blue Origin. Dans cet article, nous nous intéresserons juste aux petits. Mais tous ont dans le viseur un marché particulier : les smallsats, c’est-à-dire les petits satellites de moins de cinquante, ce même marché en train d’exploser aujourd’hui.

Décollage d’une fusée Electron depuis le LC1 le 31 janvier 2020 pour la mission « Birds of a Feather » (via RocketLab)

RocketLab, 11 lancements depuis 2017

Posons les bases : RocketLab est une société Américano-Néo-Zélandaise fondée en juin 2006 par le PDG actuel Peter Beck. En 2009, la société devient la première privée à atteindre l’espace depuis l’hémisphère sud avec sa fusée-sonde Ãtea. Avec des coups de main de la DARPA et de la NASA, RocketLab devient la première compagnie à mettre au point un lanceur fabriqué par impression 3D et à équiper ses moteurs de turbopompes électriques. Ce micro-lanceur est baptisé Electron.

Après un premier lancement en 2017 qui se solde par un échec, tous les autres (dix aujourd’hui) se déroulent sans aucune fausse note, portant la fiabilité de l’Electron à 91%. L’Electron remplit toutes les cases : commercial, civil, scientifique, militaire, reconnaissance, démonstration technologique. Sa faible capacité d’emport et un troisième étage électrique allumable à souhait permet à l’Electron une livraison à la carte pour le client. Depuis, tous les clients prestigieux américains y ont fait un vol : NASA, DARPA, US Air Force, NRO (National Reconnaissance Office)…

RocketLab dévoile peu d’information sur ses prochains vols. Le prochain vol était prévu pour le 29 mars depuis Mahia Peninsula (reporté en raison du confinement en Nouvelle Zélande) avec à bord le smallsat de démonstration technologique ANDESITE, créé par des étudiants et professeurs de l’Université de Boston avec le soutien de la NASA. Le satellite sera accompagné d’autres passagers. RocketLab a également annoncé ces dernières semaines deux nouveaux contrats de lancement avec Capella Space et le japonais Synspective pour des tirs fin 2020. Mais le gros coup a été annoncé le 14 février avec le lancement du cubesat CAPSTONE de la NASA à destination de l’orbite lunaire, en éclaireur de la future station spatiale orbitale internationale Gateway.

Depuis 2017, RocketLab a mis en orbite 48 petits satellites en orbite basse en 11 tirs. Certains ont désormais porté leurs fruits et garantissent la confiance. Le 17 mars, la NASA a certifié le lanceur Electron ‘’catégorie 1’’. L’Electron a désormais la confiance totale de la NASA pour lancer ses petits satellites low-cost dans les domaines des sciences, de l’éducation et de la preuve de technologie. Cette certification a été obtenue suite au succès du vol Electron pour la mission ELaNa-19 de la NASA en décembre 2018. Cette confiance est un argument de poids pour le marché des smallsats. Depuis fin 2019, RocketLab a une licence permanente de la FAA pour pouvoir tirer depuis son premier pas de tir.

Décollage de l’Electron portant les cubesats de la mission ELaNA-19 depuis le LC1 à Mahia Peninsula, le 16 décembre 2018.
(crédits Trevor Mahlmann via RocketLab)

Les ambitions d’un leader du secteur

RocketLab est la première compagnie privée a monde à opérer un micro-lanceur. Aujourd’hui elle est encore la seule, mais pas pour longtemps. La concurrence arrive et RocketLab n’aura pas l’argument du prix face aux futurs lanceurs. Même si à l’instar de SpaceX, RocketLab a cassé le prix d’un lancement dédicacé d’un smallsat, ça reste plutôt élevé aujourd’hui en 2020 : entre cinq et sept millions de dollars le lancement selon les estimations. Certains projets proposent deux voire trois fois moins.

L’argument phare de RocketLab demeure la cadence, avec un objectif de plusieurs dizaines de tirs par mois. Cette forte cadence a pour but de pouvoir fournir une réponse rapide au besoin du client et surtout de débloquer le marché des smallsats. Autre conséquence, la forte cadence permettra de réduire les coûts de campagne de tir et de production de l’Electron, qui deviendra alors moins chère jusqu’à atteindre le prix visé par RocketLab, à terme : entre 3 et 5 millions de dollars.

Inauguration officielle du pas de tir LC2 le 15 décembre 2019 à la Wallops Flight Facility, Virginie (crédit RocketLab)

Tenir la cadence nécessite toutefois de nombreux moyens : une production qui tient la route et plusieurs pas de tir. Actuellement, RocketLab n’utilise que son premier pas de tir LC1 à Mahia Peninsula en Nouvelle Zélande. En janvier, RocketLab a inauguré officiellement son second pas de tir à la Wallops Facility en Virginie, sur la côte Est des Etats-Unis, pour pouvoir tirer aussi depuis le sol américain. Le pas de tir est opérationnel et a accueilli sa première Electron qui devrait décoller d’ici l’été avec un satellite de l’US Air Force. Enfin, un troisième pas de tir est en construction à côté du LC1. Pour la production, RocketLab a lancé la construction d’un second centre pour compléter celui qui se trouve à Auckland.

Vue aérienne de la construction du LC1B, juste à côté du LC1 à Mahia Peninsula, datant du 5 février. Le LC1B devrait être terminé à la fin de l’année.
(crédit RocketLab)

Dans l’idée de réduire le prix, RocketLab est elle aussi tombée dans la lubie du réutilisable. Les acteurs du Newspace sont dingues de cette mode lancée par SpaceX. Beaucoup préfèrent reconditionner leurs premiers étages de fusée pour un autre vol plutôt que de les produire en masse. RocketLab a dans l’idée de réutiliser le premier étage de l’Electron avec un procédé, disons-le, acrobatique. L’étage contrôlera sa rentrée atmosphérique et déploiera un parachute. Puis il sera récupéré par hélicoptère avant de tomber dans l’eau. Le réutilisable a toujours donné de ailes aux projets, mais là on est plutôt audacieux. Pourtant, le test vient déjà d’être fait :

Lien vidéo : le test de récupération du premier étage Electron

Les équipes de RocketLab ont déjà installé plusieurs expérimentations sur le premier étage du lancement pour tester sa capacité à contrôler sa rentrée atmosphérique. Le neuvième vol en décembre 2019 a permit de recueillir des données. Lors du dernier vol fin janvier 2020, le premier étage était équipé d’un système de guidage pour tester sa rentrée atmosphérique.

Plus qu’un délire technologique, RocketLab souhaite étendre son marketing à ce qu’on pourrait appeler une ‘’solution complète’’, comprenant comme service le lancement mais aussi la plateforme satellite, et la communication avec votre satellite. Grosso modo, si vous avez un satellite à construire, venez avec votre charge utile et on se charge de tout et à la fin vous n’aurez plus qu’à discuter avec lui avec un réseau qu’on vous a fourni. C’est la première fois qu’une compagnie privée propose un service tout-en-un.

La plateforme satellite Photon, développée à partir du troisième étage électrique Curie (crédit RocketLab)

Tandis que l’Electron assure le lancement, RocketLab a créé la plateforme satellite Photon, dérivée du troisième étage électrique Curie, sur laquelle le client n’a plus qu’à fixer sa charge utile. Photon fournira guidance, ordinateur de bord, communication, alimentation, moteurs, tout ce dont a besoin un satellite. Pour la communication, RocketLab s’est associée avec la société américaine KSAT pour jouir de l’usage de ses stations et antennes au sol.

            Plus de six mois après avoir dévoilé Photon, RocketLab n’a cité aucun client. Le 16 mars, RocketLab a annoncé avoir acheté la société canadienne Sinclair Interplanetary, fournissant des composants pour smallsat comme par exemple des roues à réaction pour la guidance, ou encore des star-trackers pour se repérer dans l’espace.

RocketLab a engagé une centaine de personnes en 2019, constituant une force de plus de 500 employés aujourd’hui. (crédit RocketLab)

La concurrence arrive en 2020

Le Newspace des micro-lanceurs est déjà en route. Déjà des projets sérieux sont sur le point d’aboutir avec des lanceurs comme LauncherOne (Virgin Orbit) et Rocket 3.0 (Astra Space). D’autres concurrents Américains ou Européens sont juste derrière : Relativity Space, Firefly Aerospace, PLDSpace et au moins une dizaine d’autres projets sérieux.

La start-up Chinoise Linkspace teste son démonstrateur ‘’NewLine Baby’’ dans le but de développer le premier lanceur avec un premier étage réutilisable. Linkspace a déjà reçu plusieurs millions de dollars de financements privés. (crédit Jason Lee/Reuters)

C’est en Chine que la concurrence est déjà en place, elle vient d’arriver avec les start-ups Landspace, OneSpace et iSpace. Les deux premières ont échoué leur premier lancement mais restent debout pour autant. iSpace est, elle, la toute première compagnie privée non étatique à mettre un satellite dans l’espace depuis le sol Chinois avec son micro-lanceur Hyperbola-1. C’était à l’été 2019. Elle est, actuellement la seule concurrente de RocketLab. Mais ça va changer.

            Le Newspace des micro-lanceurs fourmille d’idées, de projets, d’acteurs et surtout de moyens ! J’ai recensé plus d’une centaine de projets actifs de micro-lanceurs sur la planète, avec, certes, tous sérieux mais certains plus ambitieux. En Chine ou aux Etats-Unis, l’argent coule à flot pour soutenir le milieu. Plusieurs start-ups ont pu lever des dizaines de millions de dollars en 2019.

Le soutien des institutions est, lui aussi, très engagé. Les agences spatiales (NASA, ESA et CNSA) se proposent comme consultantes pour donner un coup de main. Les centres de tests sont mis à contribution, les bancs d’essai des moteurs son prêtés, ou loués. En Chine, la défense à mis à disposition plusieurs pas de tir au Jiuquan Space Center.

            Pourquoi tous ces soutiens ? La raison est que le marché des smallsats manque cruellement de lanceurs pour envoyer toutes ses constellations de cubesats. D’après les derniers rapports d’Euroconsult, près de 7 000 cubesats sont prévus d’être envoyés dans l’espace dans la décennie 2020.

Le nombre de cubesats envoyés dans l’espace croît irrégulièrement, mais il croît significativement. Déjà aujourd’hui, il n’y a pas assez de lanceurs pour envoyer tous ceux qui attendent. (crédit Spacekiwi)

On adorerait voir tous ces projets devenir réalité, avoir le choix entre une centaine de lanceurs pour envoyer son cubesat. Mais la réalité économique est différente. La concurrence est rude car les gros opérateurs ne vont pas laisser ce marché leur filer entre les doigts. SpaceX a déjà réalisé un lancement multiple de smallsats par Falcon 9, Arianespace s’apprête à le faire avec les fusées Vega et dans le futur avec la Vega-C et Ariane 6. La Russie et l’Inde le réalisent déjà avec respectivement la Soyouz-2 et la PSLV qui a déjà réussi à envoyer plus de 100 smallsats en même temps.

Beaucoup de ces projets de micro-lanceur ne verront pas le jour et des start-up se verront obligées de fermer comme l’a fait Vector qui était pourtant un concurrent sérieux à RocketLab. Leo Aerospace a cessé ses activités le 19 mars. Et même quand la DARPA organise un challenge avec 12 millions de dollars comme carotte, personne n’arrive à la décrocher à temps, comme Astra qui échoue dans la dernière ligne droite avec des pannes de son lanceur sur le pas de tir à quelques heures de la deadline !

On peut aussi se relever, comme l’a fait Firefly Aerospace et comme est en train de le faire Stratolaunch, avec son immense avion-porteur. La demande est forte en nombre de projet à mettre en orbite mais reste encore fragile dans les capitaux. La crise économique impulsée par le COVID19 risque par ailleurs d’être fatal à de nombreuses sociétés.

            Enfin, alors que beaucoup de projets ont pour but d’innover ou de disrupter la technologie des lanceurs, les clients tentent de rappeler les bases et le besoin urgent de lanceurs disponibles. ‘’ce qui compte, c’est le prix, le timing et la fiabilité de votre lanceur. Le reste, la technologie, on s’en fiche’’ a rappelé dernièrement une responsable de Spaceflight, une société spécialisée dans le management de vol à passagers multiple qui se plaît à tester les nouveaux lanceurs.

            Bref, RocketLab a des longueurs d’avance, mais on ne sait pas pour combien de temps. Avec la garantie de survivre à la crise du COVID19, et alors que la société Américano-kiwi cherche déjà à passer de nouvelles étapes et à se rendre plus flexible, il lui reste encore à consolider les bases : le prix, le timing, et la fiabilité.

Avec 11 lancement et seulement 1 échec, la fusée Electron est désormais une fusée d’expérience, qui semble même être préférée à la Vega ! Mais elle ne sera bientôt plus la seule dans le secteur. (crédit Sam Toms/RocketLab)

Sources : SpaceNews, RocketLab, Reuters, SpatioNotes, Clubic..

Qu’est-ce que Spacekiwi ?

Bienvenue dans un blog où on va parler de ce que j’appelle le « spatial exotique ».

Alors que d’autres contributeurs, bloggeurs et vidéastes parlent déjà très bien du spatial « mainstream », des gros lanceurs américains, européens, des grandes missions de l’exploration spatiale, ici nous allons parler de l’autre pan. Aujourd’hui, la conquête et l’étude de l’espace ne se concentrent pas seulement dans le triptyque USA-Russie-Europe. C’est partout.

Dans la philosophie du « Space is worldwide », Spacekiwi vous racontera les histoires du spatial partout sur la planète, de l’université près de chez vous jusqu’au Népal, en passant bien sûr par mes deux sujets préférés. On parlera du spatial chinois, souvent incompris, idéalisé ou enfermé dans des caricatures ou des mystères alors que la Chine est aujourd’hui une des plus grandes puissances spatiales du monde. Comme je suis aussi fan des micro-lanceurs, Spacekiwi traitera aussi de cette fabuleuse réserve de projets !

Au programme, des articles mais aussi des fiches lanceurs, un index, des statistiques, des actualités et même plus tard des vidéos et du Stream (dès que je pourrai).

Qui est derrière Spacekiwi ? Daniel, 26 ans, animateur scientifique et passionné d’espace depuis 10 ans. J’essaye d’être présent à tous les événements auxquels je peux aller et j’en organise aussi via les associations UPS in Space ou avant avec SpaceUp France. Curieux, opportun, je cherche toute occasion pour côtoyer le milieu du spatial autant que possible, et vous le partager après.

Bonne lecture sur Spacekiwi, et à très vite !

Compte Twitter (publications quotidiennes) : @Astro_Danyboy