Les News du New Space [8]

Mi-mai 2022 :  Choisis ton micro-lanceur.

Bienvenue dans cette revue de presse ! C’est un nouveau format d’article où je choisirai quelques actualités parmi les plus intéressantes dans le monde du New Space en 2022. Cette revue de presse sera bimensuelle. Pour comprendre pourquoi il est si important de s’intéresser à tous ces nouveaux acteurs du spatial, vous pouvez faire un tour au bilan de 2021 sur le blog. Revue spéciale micro-lanceurs aujourd’hui : beaucoup d’actus sont tombées dans ce domaine lors de cette dernière quinzaine.

Astra présente un nouveau lanceur

Après la Rocket 3, voici la Rocket 4 ! Ce 12 mai à l’occasion du Spacetech Day à Alameda en Californie, la compagnie a donné des détails. Ce nouveau lanceur restera modeste mais plus puissant que la Rocket 3. La Rocket 4 sera capable d’emporter jusqu’à 200 kg de charge utile en orbite héliosynchrone (300 kg en orbite basse). Astra souhaite que le prix de base d’un vol soit de 3.95 M$. En comparaison, l’actuelle Rocket 3 peut emporter 150 kg de payload en orbite héliosynchrone.

La différence a l’air modeste, mais Astra estime que la Rocket 4 conviendrait plus au marché, en se basant sur le fait que le poids moyen des satellites serait autour de 180 kg d’ici dix ans. La grande différence réside dans l’étage principal. Celui de la Rocket 4 sera équipé de deux moteurs plus grands que les moteurs Delphin équipant la Rocket 3 (5 pour le premier étage). Les nouveaux moteurs seront équipés de turbopompes, les rendant plus complexes, et utiliseront du kérosène et de l’oxygène liquide comme ergols. Ils apporteront une poussée deux fois plus grande que celle de la Rocket 3 au décollage.

Il n’est pas question de réutilisation. Astra souhaite réaliser des vols de Rocket 4 à cadence hebdomadaire. Pour cela, la compagnie souhaite réduire le nombre de personnes nécessaires pour contrôler le décollage à seulement un pilote et son copilote. Pour la logistique, la Rocket 4 pourra être transportée dans un simple container et pourra décoller depuis une rampe mobile. Un premier vol test est attendu à la fin de l’année, selon le calendrier d’Astra Space.

En plus de dévoiler la Rocket 4, Astra a décidé de faire décoller la Rocket 3 depuis le futur astroport SaxaVord, situé dans les îles Shetland. Un premier vol est prévu en 2023.

Visuel de la Rocket 4. (Astra Space)

Nouvel échec pour l’Hyperbola-1

Ce micro-lanceur chinois joue décidément de malchance ! Ce nouvel échec s’ajoute à deux autres précédents et consécutifs qui ont eu lieu en 2021. Seul le vol inaugural fût un succès, qui d’ailleurs marqua l’histoire du spatial chinois car c’était le tout premier succès d’un vol de fusée 100% privée dans le pays, le tout premier du New Space chinois. Depuis, la start-up iSpace n’arrive pas à sortir de cette spirale infernale. Ce troisième échec consécutif a eu lieu le 13 mai depuis le Jiuquan Space Center. Il y avait un satellite d’observation Jilin-1 de la Chang Guang Satellite Technology Co. à bord.

L’Hyperbola-1 est un micro-lanceur de première génération : elle dispose de quatre étages, tous à propulsion solide. Mais tous les échecs ont en commun la même version de la fusée, différente de celle du tir inaugural en 2019 et censée être plus puissante avec une capacité de 300 kg de charge utile en orbite héliosynchrone. Pour cela, cette seconde version est plus grande et a un plus fort diamètre.

Une partie du design de l’Hyperbola-1 provient de l’héritage d’ancien missiles balistiques intercontinentaux, cédé par la défense chinoise en soutien envers les start-ups du New Space. Il s’agissait d’un premier jalon pour lancer l’activité rapidement pendant qu’iSpace développe l’Hyperbola-2, un lanceur plus gros, à propulsion liquide et réutilisable, dont le premier vol est prévu dans les prochaines années.

D’autres start-ups du New Space chinois en sont au même stade, comme Landspace qui a abandonné sa Zhuque-1 après l’échec du tir inaugural en 2018, ou encore Onespace qui n’a jamais retenté l’orbite suite à l’échec du premier vol de la OS-M1. Seule Galactic Energy tient le coup avec un troisième vol de la Ceres-1 prévu en juillet. Une autre start-up, CAS Space (spin-off de la CAS), est en train de développer un lanceur avec le plus gros moteur solide jamais créé.

Visuels des deux versions de l’Hyperbola-1. La version de droite, plus puissante a échoué par trois fois à atteindre l’orbite. (iSpace)

L’Electron fait un grand pas vers la réutilisation.

C’est un vol qui était attendu depuis longtemps, le vol ‘’There and Back Again’’ qui a décollé dans la nuit du 2 au 3 mai depuis Mahia Peninsula est un succès. Il a été marqué par le succès de la capture par hélicoptère du booster principal. Le succès reste toutefois mitigé car l’hélicoptère a dû le relâcher quelques secondes après par sécurité.

Il s’agit là d’un grand pas vers la réutilisation du booster de l’Electron souhaitée par le PDG de Rocket Lab Peter Beck. Il n’est pas indiqué quand aura lieu la prochaine tentative, la compagnie doit d’abord analyser les données du vol et préparer le prochain prévu à la fin du mois et qui est très particulier. En effet, le passager est la sonde CAPSTONE de la NASA, à destination de l’orbite lunaire. Pour l’aider, Rocket Lab l’attache à un étage supérieur Photon modifié, pour assurer l’insertion en orbite cis-lunaire. Décollage prévu à partir du 31 mai.

Vue depuis l’hélicoptère du booster de l’Electron descendant sous son parachute juste avant d’être capturé. (Rocket Lab)

En bref

Orbex dévoile le prototype de Prime

Nous en avions peu de nouvelles, la start-up Orbex a dévoilé le 11 mai un premier prototype complet de son micro-lanceur Prime. Le vol inaugural est toujours prévu d’ici la fin de l’année mais cela semble difficile étant donné que le chantier du pas de tir à Sutherland en Ecosse avait pris beaucoup de retard. Dans l’immédiat, des tests du prototype sont prévus sur le pas de tir.

Mode Pink Floyd Pulse lors de la révélation du prototype de Prime à Sutherland. (Orbex)

Virgin Orbit agrandit sa flotte d’avions-porteurs

Alors que la cadence des vols du micro-lanceur aéroporté LauncherOne reste faible, Virgin Orbit va recevoir deux avions-porteurs supplémentaires. Aujourd’hui, la compagnie de Richard Brandson ne dispose que du Boeing 747 modifié ‘’Cosmic Girl’’. Deux nouveaux appareils permettront d’agrandir la flotte et de décoller des nombreux aéroports où Virgin Orbit souhaite s’installer tels que Guam, Cornwall, mais aussi au Japon, etc.

PLDSpace se rapproche du vol de son démonstrateur

La compagnie espagnole a indiqué que le démonstrateur Miura-1 arrive à la veille de son lancement. Les tests statiques de mise à feu sont terminés. Il ne reste plus qu’un test de qualification faisant office de répétition générale avant de démarrer la campagne de vol. Le vol de la Miura-1 prévu cette année servira à qualifier le moteur TEPREL avant de l’intégrer dans le lanceur orbital Miura-5.

Ouverture : petit lanceur devient privé, pourquoi pas les grands ?

On en discute de plus en plus et c’est déjà le cas aux Etats-Unis : les petits lanceurs sont désormais l’affaire de compagnies commerciales et plus des agences. Cette transformation s’illustre par l’incroyable offre proposée par le New Space en Europe, en Chine et aux USA en termes de micro-lanceur. Mais pourquoi pas en faire de même pour les gros lanceurs ? Certains proposent que les agences spatiales soient passagères sur tous les vols à l’exception des super-lourds, comme la SLS.

Electron : quand on veut faire revenir un booster en hélicoptère.

Après la famille Falcon de SpaceX, c’est au tour de l’Electron de devenir réutilisable. Du moins, un grand pas a été fait aujourd’hui : pour la première fois, Rocket Lab réussit à capturer le booster principal de la fusée lors du vol ‘’There and Back Again’’. Toutefois, le booster a dû être relâché peu après. La mise en orbite des satellites est un succès.

Magnifique flamme du décollage de l’Electron. (Rocket Lab)

Un rêve inavoué

Le goût de la casquette de Peter Beck a du s’améliorer aujourd’hui. Le PDG-fondateur de Rocket Lab était au début contre la réutilisation et avait promis de manger sa casquette s’il revenait sur sa décision. Depuis, Rocket Lab a fait le choix de la réutilisation pour Electron. Et après avoir mangé sa casquette, Beck a présenté la Neutron, un futur lanceur de nouvelle génération, à la capacité équivalente à la Soyouz et… réutilisable. Ce revirement s’est fait avec le temps, celui qu’il a fallu à SpaceX pour démontrer que c’est rentable.

C’est un long chemin qui a déjà été parcouru pour en arriver là. L’Electron vole depuis 2017 mais les vols sont devenus réguliers seulement à partir de 2019. C’est à ce moment-là que Rocket Lab décide qu’à terme, le micro-lanceur sera partiellement réutilisable. Comme la Falcon 9, le premier étage sera récupéré et réutilisé mais pas le second. En revanche, Rocket Lab ne récupère pas la coiffe. Vu la taille, ça a beaucoup moins d’intérêt.

L’Electron sur le pas de tir LC-1A, avec son booster modifié. (Rocket Lab)

Une technique acrobatique

Il existe plusieurs façons de récupérer un booster. SpaceX a fait le choix de le faire atterrir sur une landing zone ou sur une barge automatisée. Ce serait beaucoup trop complexe pour l’Electron qui pèse seulement 12.5 tonnes. L’ensemble des sous-systèmes pour assurer un atterrissage serait trop lourd pour elle et réduirait sa capacité de mise en orbite, déjà limitée à 150 kilos en orbite héliosynchrone. Non, Rocket Lab a opté pour plus insolite : la capture par hélicoptère.

Le déroulé est le suivant :

  • Décollage,
  • MECO : extinction des 9 moteurs Rutherford du booster
  • Séparation de l’étage principal
  • Descente en chute libre contrôlée du booster dans l’atmosphère
  • Déploiement du parachute pour freiner la descente
  • A quelques kilomètres d’altitude, un hélicoptère capture la ‘’corde’’ liant le parachute au booster.
  • Le booster reste suspendu, transporté par l’hélicoptère jusqu’à la zone de récupération sur Terre. Le booster y est déposé en douceur.

Rocket Lab a déjà procédé à de nombreux tests de capture en vol. Le premier a été communiqué au Printemps 2020, pendant le premier confinement. Petit à petit, des boosters modifiés ont servi pour certains vols ces deux dernières années. Rocket Lab a désormais beaucoup de données sur la rentrée atmosphérique avec ces boosters modifiés sans qu’ils soient capturés jusqu’à présent.

Capturé pendant quelques secondes

La nuit est tombée depuis quelques heures en France quand Electron décolle. Le vol s’est déroulé dans la nuit du 2 au 3 mai, après une dizaine de jours de reports successifs pour raisons de météo. Pour cette première tentative, Rocket Lab souhaitait une météo idéale dans la zone de récupération. Ce faisant, l’hélicoptère Sikorsky n’aurait pas à se soucier de cette contrainte pendant l’opération.

Le décollage s’est fait depuis le pas de tir LC-1A, le premier du site de Mahia Peninsula. Il est 10h41 (00h41 heure de Toulouse) quand les neuf moteurs Rutherford rugissent et font décoller l’Electron. Le décollage est un succès. Deux minutes et demie plus tard, le booster a rempli son rôle et se détache. Le second étage prend le relais. Plus de dix minutes après le décollage, Electron est en orbite de transfert et son étage supérieur prend le relais. Dans l’heure, tous les passagers sont déployés avec succès.

Pendant près de quatre minutes après sa séparation, le booster de l’Electron est descendu en chute libre avant de déployer un premier parachute pour se ralentir. Peu après, il déploie son parachute principal. Il a suffi d’une demi-douzaine de minute pour que les pilotes de l’hélicoptère Sikorsky S-92 aient le booster en visuel.

Quelques minutes après, le grappin déployé au bout d’un long câble sous l’hélicoptère réussit à capturer le booster et son parachute. Mais le booster semble avoir déstabilisé les pilotes. Au bout de quelques secondes, ils décident de le larguer. Il terminera sa descente sous parachute avant de tomber dans l’eau. Un navire détaché par Rocket Lab le récupérera peu de temps après. Le booster semble avoir passé si peu de temps dans l’eau salée que Peter Beck songe encore à le réutiliser.

Le test n’est donc pas vraiment un succès dans le sens où le Sikorsky devait rapporter le booster. Toutefois, la capture s’est bien faite, ce qui est une première dans l’Histoire.

L’hélicoptère Sikorsky S-92 de Rocket Lab. (Rocket Lab)

New Space à bord

Le vol ‘’There and Back Again’’ était à destination de l’orbite héliosynchrone, à 520 km d’altitude. Il y avait 34 petits satellites à bord. Parmi les principaux clients à bord, on compte la compagnie E-Space fondée par Greg Wyler. Il s’agit de trois satellites pionniers qui serviront à tester le bon fonctionnement de leur plateforme. E-Space cherche à développer une mégaconstellation de 300 000 satellites internet. Pour rester d’ailleurs dans l’insolite, ce projet fou est derrière une requête déposée à l’organisme international des communications (ITU, branche de l’ONU) … par le Rwanda.

Il y a aussi à bord un cubesat 6U d’une start-up bien connue du New Space français aujourd’hui, à savoir UnseenLabs. Il s’agit de BRO-6 (Breizh Reconnaissance Orbiter), mais il est le septième cubesat de la constellation à être mis en orbite. La constellation permet de repérer des navires en mer ayant coupé leur signal AIS (pirates, etc.), en recevant leurs émissions électromagnétiques.

Vue d’artiste d’un cubesat BRO d’UnseenLabs. (UnseenLabs)

Comme autres cubesats à bord, il y a AuroraSat-1 de la compagnie finlandaise Aurora Space Propulsion Technologies. Ce cubesat servira à tester plusieurs sous-systèmes de propulsion plasma dans le cadre de la capture de débris par un petit satellite. Il y a également Copia, un cubesat 1U d’Astrix Astronautics, une compagnie basée en Nouvelle-Zélande.

Enfin, il y a à bord toute une floppée de picosatellites. En effet, on compte 24 picosats SpaceBEE de Swarm Technologies, pour continuer de garnir une constellation dédiée au relais de données. Swarm Technologies est une des rares compagnies à avoir été rachetées par SpaceX. L’intermédiaire Spaceflight Inc. a organisé la réservation à bord du vol. Les autres picosats ont été développés par la compagnie espagnole Alba Orbital. L’un d’eux, Unicorn-2, appartient à la compagnie et propose de mesurer depuis l’espace l’ampleur de la pollution lumineuse.

Le picosatellite Unicorn-2. (Alba Orbital)

Les News du New Space [7]

Fin avril 2022 :  Libérez-nous de la météo !

Bienvenue dans cette revue de presse ! C’est un nouveau format d’article où je choisirai quelques actualités parmi les plus intéressantes dans le monde du New Space en 2022. Cette revue de presse sera bimensuelle. Pour comprendre pourquoi il est si important de s’intéresser à tous ces nouveaux acteurs du spatial, vous pouvez faire un tour au bilan de 2021 sur le blog.

Planet annonce une nouvelle constellation

Ces deux dernières semaines, le New Space a encore connu de nombreuses levées de fonds, notamment du côté des compagnies proposant de l’imagerie terrestre. Il est clair que l’ultra-documentation de la guerre en Ukraine a permis de mettre à mal l’image de l’armée russe aux yeux du monde. L’imagerie terrestre a aidé les ukrainiens à anticiper les mouvements de troupes russes digne d’une méthodologie du siècle dernier de par sa faible agilité. C’est une démonstration de plus de toute l’intelligence que l’on peut produire à partir de ces observations, et la demande continue d’accroître.

La grosse annonce vient du pilier du New Space Planet. La compagnie est connue pour ses plusieurs constellations de satellites d’observation. Anciennement Planet Labs, la compagnie contrôle la constellation Dove/Flock, constituée de plus de 200 cubesats 3U avec une faible résolution spatiale mais une excellente résolution temporelle. Planet lance aujourd’hui la constellation Pelican, forte de 32 éléments et capable d’apporter une résolution spatiale de 30 cm par pixel.

Pelican remplacera la constellation SkySat, lancée dès 2013 par la filiale de Google Terra Bella, rachetée par Planet en 2017. Pelican pourra apporter jusqu’à 30 images par jour du même endroit. Ce haut taux de revisite visé permet de mieux suivre certaines cibles sur Terre, et permet des applications militaires.

Visuel d’un satellite de la constellation Pelican. Pour un meilleur transfert des images, la compagnie utilisera la bande Ka. (Planet)

HyPr Space lève 1.1 million d’euros

C’est une bonne nouvelle pour le New Space bordelais. La start-up a réussi cette levée de fonds en amorçage pour continuer de financer le développement de leur projet de micro-lanceur réutilisable à propulsion hybride. Fondée en 2019, la compagnie a suivi un chemin de croix face à la défiance envers la propulsion hybride pour un lanceur, c’est-à-dire mêlant à la fois un ergol liquide et un autre solide. Maintenant, HyPrSpace (alias Hybrid Propulsion for Space) est devenu un fer de lance de la rupture technologique en France.

Le micro-lanceur OB-1, qui a été breveté par la start-up, devrait voir le jour en 2023, avec des premiers tests en grandeur nature du côté de Bordeaux, avant un tir inaugural prévu en 2024. HyPr Space se propose de relever le défi avancé par le ministre de l’Economie Bruno Le Maire : avoir un lanceur réutilisable français en 2026. L’Etat a d’ailleurs mis 200 millions d’euros sur la table à destination des micro-lanceurs français, dans le cadre du plan France 2030.

La levée de fonds s’est faite auprès du fonds Geodesic et aussi du French Tech Seed, un fonds géré par BPI France qu’une entreprise peut obtenir avec l’aval du CNES via le Space Ticket. Du côté de Geodesic, les financements viennent du fonds Expansion.

Test du démonstrateur du moteur hybride dans les Landes. (HyPr Space)

En bref

SpaceX bat des records de réutilisation

La compagnie a réalisé un nouveau déploiement Starlink jeudi 21 avril. Toutefois, le booster qui a servi à faire décoller la Falcon 9 depuis Cap Canaveral était le B1060, c’était son douzième vol. SpaceX avait décidé d’arrêter la réutilisation des booster au bout de 10 vols mais il semble qu’ils soient plus résistants que prévu. L’autre record est celui du vol Falcon 9 du 29 avril pour un nouveau déploiement Starlink. Le booster B1062 avait réalisé son vol précédent seulement 20 jours avant ! Un nouveau record qui garantit la cadence.

RFA remporte la deuxième place du concours de lanceurs en Allemagne

Sans trop de surprise, la spin-off d’OHB basée à Augsburg gagne la deuxième place du concours lancé par l’agence spatiale allemande (DLR) et le Bundestag. La première place avait été remportée par Isar Aerospace. RFA a pu donc gagner le prix de 11 millions d’euros de contrats portant sur deux vols pour le gouvernement allemand. Le candidat malheureux de ce concours est la start-up HyImpulse, qui travaille sur un micro-lanceur à propulsion hybride.

Ouverture : délivrez-nous de la météo !

Depuis plus d’une semaine, nous sommes dans l’attente du prochain tir de Rocket Lab, prévu la nuit prochaine à l’heure où j’écris ces lignes. A l’occasion de ce tir Electron, Rocket Lab souhaite tenter pour la première fois la récupération par hélicoptère du booster principal dans son objectif de réutilisation. (Article à venir). Tous les reports de ce tir sont à cause d’une météo défavorable dans la zone de récupération. Les reports pour cause de météo sont de plus en plus récurrents dans le spatial, au risque que ces retards deviennent trop coûteux ?

Les News du New Space [6]

Mi-avril 2022 :  quelle place pour la science ?

Bienvenue dans cette revue de presse ! C’est un nouveau format d’article où je choisirai quelques actualités parmi les plus intéressantes dans le monde du New Space en 2022. Cette revue de presse sera bimensuelle. Pour comprendre pourquoi il est si important de s’intéresser à tous ces nouveaux acteurs du spatial, vous pouvez faire un tour au bilan de 2021 sur le blog.

Prométhée, la nouvelle start-up du New Space français s’offre un gros coup de boost

La start-up francilienne est très récente : fondée en 2020. Le 12 avril, elle a annoncé avoir obtenu 4.72 millions d’euros de financements. Un an et demi plus tôt, elle était déjà parvenu à lever 2.2 millions d’euros. Prométhée a également annoncé lancer le développement de son tout premier satellite : ProtoMéthée-1. Cette levée de fonds annoncée n’est que, d’après la compagnie, le premier volet d’un financement portant au total sur près de 15 millions d’euros.

Parmi les financeurs, le CNES et BPI France qui sèment de plus en plus d’outils de financements, d’accompagnement et d’accélération de start-ups du New Space français. Le financement de Prométhée s’inscrit notamment dans le cadre de programmes de relance.

ProtoMéthée-1 est le premier élément d’une future constellation de nanosatellites d’observation de la Terre. Prométhée a choisi le fameux constructeur lituanien NanoAvionics pour fournir la plateforme. La start-up française fournira la charge utile, à savoir des capteurs optiques ‘’de dernière génération’’ ainsi que des capteurs hyperspectraux. La constellation promet d’assurer une résolution temporelle des observations équivalente à du temps réel. Déjà plusieurs pays sont intéressés, dont le Nigéria. Prométhée souhaite disposer de quatre constellations d’ici 2027.

Transporter-4, nouveau bus spatial de SpaceX avec une quarantaine de passagers à bord

Les vols rideshare proposés par SpaceX à destination de l’orbite héliosynchrone sont de plus en plus fréquents. En effet, il est prévu d’en réaliser au moins quatre par an. C’était plus attendu par les opérateurs du New Space qui attendent une opportunité de déployer leur satellite. Transporter-4 est le dernier de ces vols multiples. C’était l’occasion pour SpaceX d’utiliser une septième fois son booster B1061. Une fois de plus, SpaceX a chassé l’intermédiaire Spaceflight Inc. de ses vols rideshare.

Le passager principal était un satellite d’observation de l’agence spatiale allemande, EnMAP, pesant près d’une tonne. Il était accompagné de plusieurs autres satellites d’observation appartenant à des compagnies du New Space spécialisées dans l’imagerie. Parmi elles, il y avait l’argentine Satellogic S.A. avec cinq satellites ÑuSat à bord. La compagnie continue de déployer sa constellation à bord de fusées Falcon 9, après avoir plusieurs fois volé à bord de fusées chinoises.

Un autre satellite d’imagerie terrestre à bord était un petit satellite de la start-up indienne Pixxel, c’est un des tous premiers satellites privés indiens à être mis en orbite. Le vol Transporter-4 avait à bord plusieurs satellites de suivi de trafic, dont trois éléments Hawk de la compagnie américaine HawkEye360, et quatre cubesats 6U de la constellation KSF de Kleos Space. Il y avait également un satellite de la constellation GNOMES de PlanetiQ, qui a pour but de fournir des données météo par occultation radio.

Il y avait également à bord plusieurs satellites de démonstrations technologiques, comme MP42 de NanoAvionics qui doit tester une nouvelle plateforme satellite. Il y avait également quelques satellites prototypes de constellations de communication en orbite basse comme Spark 1 d’OmniSpace, et Lynk 5 de Lynk Global. Enfin, en termes de communication, il y avait – comme toujours – une douzaine de picosats SpaceBEE de Swarm Technologies.

Plusieurs satellites universitaires étaient à bord, dont une micro-serre spatiale autonome chilienne dans un cubesat 3U. Il y avait aussi un cubesat expérimental de la défense norvégienne. Enfin, il y avait à bord un cubesat français : BRO 7, nouvel élément de la constellation de la start-up bretonne UnseenLabs, spécialisée dans la détection de signaux électromagnétiques de navires ayant coupés leur signal AIS, idéal pour suivre les mouvements de pirates des mers par exemple.

Visuel d’un cubesat BRO (Breitz Reconnaissance Orbiter, UnseenLabs)

En bref

Rocket Lab réalise son 25ème tir Electron

C’est un tir symbolique pour la compagnie américaine. Si tous n’ont pas été un succès, ils se sont tous déroulé en seulement cinq ans. Avec 25 tirs au compteur, l’Electron est désormais fiable à 88% (trois échecs au compteur). Le dernier tir Electron a eu lieu le 2 avril depuis Mahia Peninsula avec à bord deux satellites d’imagerie terrestre de BlackSky Global.

Rocket Lab a annoncé que le prochain (prévu à partir du 24 avril) sera le premier avec tentative de récupération du booster principal. Rocket Lab a également annoncé avoir commencé les travaux de l’usine de développement de la Neutron.

Exotrail prépare son déployeur orbital

Ils l’appellent le SpaceVan et il sera à propulsion électrique. C’est le futur déployeur orbital en cours de développement chez la start-up française. Un premier vol a été annoncé pour 2023, à bord d’un vol SpaceX, sans doute un vol Transporter. Trois autres vols suivront en 2024. A l’instar du Sherpa de Spaceflight, ou de l’ION-SCV de D-Orbit, le SpaceVan pourra embarquer des nanosatellites et les déployer sur des orbites différentes de celle sur laquelle il aura été déployé par le lanceur. Cette flexibilité est de plus en plus demandée aujourd’hui.

Visuel du déployeur orbital SpaceVan (Exotrail)

Amazon et sécurisation de Falcon 9, faute de Soyouz.

C’est un méga – voire giga – contrat qui a été signé par Amazon : un total de 83 vols pour déployer d’ici 2026 la moitié de sa mégaconstellation satellite internet Kuiper. Seul lanceur moyen-lourd occidental exclus de la répartition : la Falcon de SpaceX. Suite à l’annonce, plusieurs autres opérateurs ont également annoncé des réservations de vols Falcon 9 pour des satellites qu’ils ne peuvent plus déployer avec la Soyouz russe. Petit à petit, l’ère post-Soyouz se profile ?

Ouverture : le profit du spatial au péril de la science ?

Sa mise en garde a été moquée par les fans de SpaceX, mais reste sérieuse : le sénateur américain démocrate Bernie Sander a exprimé ses craintes de voir petit à petit l’exploration scientifique spatiale passer entre les mains d’acteurs privés. Il est vrai que si la maîtrise d’œuvre de ses missions reste entre les mains des agences, une partie de la réalisation est désormais confiée au privé, dont le New Space. Et si peu à peu l’initiative venait de ces nouveaux acteurs, à priori novices en sciences ? Nous avons déjà une mission pour Vénus qui est actuellement proposée par Peter Beck et sa compagnie Rocket Lab. Peut-on craindre de les voir remplacer les agences à la façon de « Don’t Look Up » ?

Ce que l’on voit, c’est une profonde transformation des agences spatiales occidentales. Jim Bridenstine y a fortement œuvré pendant son mandat. Le président Macron l’a également décidé en passant la tutelle du CNES du Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, au Ministère de l’Economie. Tout bénéfice pour l’industrie spatiale française, mais aux pertes des programmes scientifiques ? C’est le message de l’actuelle grève massive en cours au CNES, une première dans l’histoire de l’agence fondée il y a 60 ans. Ce n’est qu’une ouverture, mais il y aurait tellement à dire…

Dans le film Netflix  »Don’t Look Up », un des personnages clés est le mégapatron sir Peter Isherwell nous rappelle un peu de Musk, Bezos, Brandson et de Steve Jobs. Le film lui donne un pouvoir absolu. Si nous n’en sommes pas encore là, on peut tout de même noter que le Congrès a voté pendant un an pour que le programme lunaire Artemis de la NASA ne repose que sur les prouesses du Starship. (Netflix)

Les News du New Space [5]

Fin mars 2022 : toutes voiles dehors !

Bienvenue dans cette revue de presse ! C’est un nouveau format d’article où je choisirai quelques actualités parmi les plus intéressantes dans le monde du New Space en 2022. Cette revue de presse sera bimensuelle. Pour comprendre pourquoi il est si important de s’intéresser à tous ces nouveaux acteurs du spatial, vous pouvez faire un tour au bilan de 2021 sur le blog.

La start-up française Gama se prépare à une démonstration de voile solaire à l’automne.

Ce n’est pas tout les jours qu’une start-up française parvient à faire parler d’elle. Si la plupart des médias l’ont fait, c’est plus pour souligner l’originalité du projet que du montant de sa levée de fonds : 2 millions d’euros. On ne va pas le nier, cela reste considérable en France pour un projet aussi original que la voile solaire. Les fonds provenaient notamment du CNES, de Bpifrance et d’investisseurs privés.

Gama prévoit d’utiliser ces fonds pour financer notamment une première mission test de voile solaire. Il s’agirait de déployer une voile solaire de 73.3 m² pliée à la main dans un cubesat. Il s’agit là de démontrer l’efficacité de leur voile solaire, utilisant juste la pression provenant d’impact des photons solaires sur la voile pour avancer. Cela ne génère qu’une faible quantité de mouvement mais il a déjà été démontré que ça pouvait marcher, la dernière fois en 2019 avec la mission LightSail 2 de la Planetary Society.

Suite à sa première démonstration, Gama prévoit une mission de test de navigation en 2023/2024, puis une mission interplanétaire en 2025 avec une charge utile de 20 kg, tirée par une voile de 400 à 500 m². En plus d’un changement de paradigme, Gama promet un changement des coûts radical pour ce genre de mission. Par exemple, une mission pour Vénus pourrait coûter entre 10 et 20 M$ au lieu de 500 millions comme aujourd’hui, un argument qui tente beaucoup le CNES.

Visuel de voile solaire (Gama)

Après Soyouz, la stratégie de l’ESA inclut le New Space

[Cf. LNNS précédente] Dure période pour le spatial européen, en pleine crise des lanceurs, dans l’attente d’un changement de génération de plus en plus en retard. La guerre en Ukraine a porté un coup dur à l’ESA, qui se retrouve à moyen terme… sans rien. Ariane 6 ne devrait pas voler avant 2023, la Soyouz ST qui disparaît (ainsi que les vols Soyouz via la Starsem), et la Vega en danger avec son étage supérieur provenant d’Ukraine.

C’est le moment ou jamais d’accélérer le processus de souveraineté européenne, et c’est ce que l’ESA compte faire pour les lanceurs. L’agence va proposer aux états membres de soutenir des compagnies du New Space dans le domaine des micro-lanceurs pour compléter la gamme Arianespace. L’ESA a demandé aux start-ups l’état actuel du développement de leur lanceurs pour voir lesquelles serait à même de prendre en charge des missions institutionnelles en souffrance.

Les mieux placées dans cette course contre le temps sont les allemandes RFA et Isar Aerospace, dont les tirs inauguraux devraient avoir lieu en 2023. Côté britannique et chez PLDSpace, cela prendra un peu plus de temps. En France, seul Venture Orbital Systems promet un tir inaugural de la Zéphyr au mieux en 2024.

Superbe visuel d’Andrew Parsonson (EuropeanSpaceflight) indiquant les dates de vol inaugural de chaque projet de lanceur européen selon les communications des fournisseurs. Bien sûr, elles sont loin d’être réalistes, surtout celles prévues en 2022.

SpaceX vire Spaceflight de ses vols rideshare

[Le vol Transporter-4 sera mentionné à la prochaine LNNS]

C’est une mystérieuse histoire qui a commencé entre SpaceX et la compagnie américaine Spaceflight Inc. Ce dernier est ‘’launch provider’’, une société qui organise l’interaction entre les satellites clients et la société qui fait les lancements. Avec la multiplication des vols orbitaux et des compagnies clientes ces dernières années, ces compagnies du New Space telles que Spaceflight, Exolaunch, Isilaunch, D-Orbit, et d’autres ont naturellement trouvé leur place. Elles sont en quelques sorte devenues des ‘’compagnies aériennes’’ de l’espace.

Aujourd’hui, ces compagnies se partagent les places disponibles dans plusieurs vols orbitaux pour les revendre. Généralement, elles proposent leur dispositif de déploiement, soit depuis l’étage supérieur du lanceur, soit avec un déployeur orbital. C’est notamment le cas de Spaceflight Inc., la première de ces compagnies à être arrivée sur le marché des vols spatiaux, et qui a développé un déployeur orbital nommé Sherpa.

Cependant, SpaceX a décidé de se passer du Sherpa. Cela remonte au vol Transporter 3 en janvier dernier. Peu avant, des tests ont indiqué des problèmes de propulsion du Sherpa, et SpaceX a décidé de les exclure du vol pour ne pas le retarder. Depuis, SpaceX a annoncé avoir décidé de ne plus inclure Spaceflight Inc. dans ses vols rideshare, manifestement sans même les avoir prévenu et en s’adressant directement à leurs clients. C’est un coup dur pour la compagnie basée à Seattle, qui était à bord de tous les autres vols rideshare de SpaceX, depuis le tout premier (SSO-A) en 2018.

NB : en conséquence de l’inflation, SpaceX s’est également résigné à augmenter les coûts de lancement de 10% ainsi que les tarifs d’utilisation du réseau Starlink (jusqu’à 20%)

Visuel du Sherpa LTC1 qui devait être initialement à bord du vol Transporter 3 en janvier avant qu’une défaillance de propulsion ne l’éjecte du vol avant le décollage. (Spaceflight Inc.)

En bref

100 M$ de plus pour Synspective

Grosse levée de fonds supplémentaires pour la compagnie japonaise. Synspective annonce avoir levé 100 M$ en série B avec l’aide d’investisseurs basés au Japon et à Singapour. La compagnie utilisera ces fonds pour accélérer le développement et la mise en orbite de sa constellation de 30 satellites SAR pour 2026 au plus tard.

Firefly prépare son prochain vol

Firefly Aerospace annonce avoir levé 75 M$ de nouveaux fonds privés. Dans la foulée, Firefly a annoncé se préparer à un nouveau vol de leur fusée Alpha au cours du printemps. Le tir inaugural s’était vite terminé par une autodestruction de la fusée dans le ciel de Vandenberg. La compagnie américaine va accélérer le développement de la version lourde Beta, afin de pouvoir proposer une solution à l’absence de Soyouz.

Le New Space américain au service du Pentagone face à la menace russe

Une première fois était arrivé peu après le début de l’invasion de l’Ukraine quand la compagnie HawkEye 360 avait perçu des interférences GPS dans la région avec son réseau de satellites de surveillance du trafic. De plus en plus, le Pentagone utilise les services et les ressources des compagnies du New Space à des fins opérationnelles. Dernièrement, l’US Space Force va aussi utiliser les données fournies par la constellation des cubesats de Spire pour détecter ces interférences.

Un cubesat 3U de Spire. La compagnie américaine compte une quarantaine de satellites pour sa constellation dédiée au traffic monitoring (Spire)

Ouverture : le New Space américain dans la course à l’espace cis-lunaire

C’est tout un business qui est en train de naître autour du programme Artemis/Gateway sous leadership américain. On doit notamment cette prouesse à l’ancien directeur de la NASA (sous le mandat Trump) Jim Bridenstine. Aujourd’hui, le New Space s’est emparé du marché cis-lunaire. Dernièrement, une nouvelle start-up s’est joint à la compétition pour apporter un réseau de télécommunications à haute vitesse autour de la Lune.

Les News du New Space [4]

Mi-mars 2022 :

Bienvenue dans cette revue de presse ! C’est un nouveau format d’article où je choisirai quelques actualités parmi les plus intéressantes dans le monde du New Space en 2022. Cette revue de presse est la troisième, elle sera bimensuelle. Pour comprendre un peu pourquoi il est si important de s’intéresser à tous ces nouveaux acteurs du spatial, vous pouvez faire un tour au bilan de 2021 sur le blog.

Astra revient en vol et lance son premier satellite

Ultime épreuve enfin passée pour Astra et sa fusée légère Rocket 3 ! Ce mardi 15 mars, la compagnie américaine a réussi le tir de la Rocket 3 (LV0009), depuis l’île de Kodiak, en Alaska. C’est une étape très importante pour Astra car c’est la première fois qu’ils parviennent à mettre un satellite en orbite. On a toutefois eu une petite frayeur quand l’annonce du succès de la mise en orbite est arrivée plus tard que prévue.

Il y avait en réalité trois satellites passagers du vol LV0009, tous les clients sont passés par le broker Spaceflight Inc. :

  • EyeStar-S4 (aussi appelé S4 Crossover) : petit satellite de démonstration technologique de NearSpace. Son but est de tester des technologies de communications inter satellites. Il est resté attaché à l’étage supérieur de la Rocket 3.
  • OreSat0 : cubesat 1U développé par la Portland State Aerospace Society, un groupe étudiant. Il devait initialement être lancé en janvier à bord du vol multiple Transporter-3 de SpaceX mais le déployeur orbital de Spaceflight n’était prêt.
  • Le troisième passager n’a pas été communiqué, peut être Swarm Technologies ?

Le vol LV0009 n’est pas le premier succès de la Rocket 3 mais le second. Seulement, le premier était un vol test réservé par l’US Air Force sans aucun satellite à mettre en orbite. Astra a surtout très vite repris la barre suite à l’échec du vol LV0008 le 10 février. Une erreur de design avait conduit à une séparation ratée de la coiffe, condamnant le vol. Astra intègre donc pleinement cette étroite communauté de lanceurs opérationnels prêts à recevoir des vols commerciaux. Une fusée de plus pour le New Space !

Décollage de la Rocket 3 à Kodiak (NASA Spaceflight / Astra)

Après Soyouz, voler avec qui ? L’occasion en or pour le New Space pour être au service de la souveraineté

Dure période pour l’accès à l’espace. La guerre en Ukraine bouleverse le fragile de la disponibilité des lanceurs dans le monde. La Soyouz se retrouve cantonnée aux clients russes, et clouée au sol à Kourou. Du coup, avec qui voler ?

  • Europe : catastrophe. Ariane 5 bientôt à la retraite, Ariane 6 en retard, la Vega suspendue à la capacité de l’Ukraine de lui envoyer son étage supérieur. Les fusées allemandes de RFA ou Isar Aerospace ne sont pas prêtes.
  • Etats-Unis : Atlas V, complète jusqu’à la retraite, Antarès remise en question avec son premier étage ukrainien avec moteurs russes désormais indisponibles. Certains comme AST Space Mobile se précipitent sur la Falcon 9 de SpaceX. La Neutron de Rocket Lab ne sera pas prête avant des années, la Terran-R de Relativity Space non plus…
  • Inde : les vols sont déjà réservés sur des années et le programme spatial civil du pays a plusieurs années de retard à cause de la crise sanitaire. C’est une option de choix pour l’Indo-britannique OneWeb qui cherche fusée pour ses 240 comsats qui devaient initialement voler en Soyouz.
  • Chine : le New Space n’est pas tout à fait prêt pour répondre aux demandes outre frontière. La CASC est réserve essentiellement ses fusées aux programmes civils et militaires du pays. Il n’y a encore aucun équivalent de la Soyouz dans le New Space chinois.

De manière générale, les équivalents Soyouz disponibles dans le monde sont très rares. L’attente risque encore d’augmenter dans ces conditions nouvelles. L’autre problème avec la Russie est que le pays est aussi un grand exportateur de moteurs satellites. Il faudra probablement trouver d’autres fournisseurs. En Europe, le maître mot de la situation est souveraineté. Pour cela, il faudra aller au-delà du programme Ariane, une occasion en or pour le New Space.

Les opérateurs de télécoms en orbite basse se tournent vers la Falcon 9 mais aussi la Neutron de Rocket Lab alors que le chantier du site de production doit commencer incessamment sous peu. Faute de Soyouz, la Neutron est providentielle mais beaucoup trop tardive.

Yinhe, le début des constellations internet chinoises

Le 5 mars, la CASC (China Aerospace Science and Technology Corporation) a mis en orbite six satellites de la constellation Yinhe de la compagnie privée chinoise Galaxy Space. Ce sont les premiers maillons d’une constellation de 144 satellites pesant chacun près de 230 kilos construits par la Shanghai Academy of Spaceflight Technology, une branche de la CASC. La propulsion de ces satellites se fera à effet Hall.

Yinhe n’est que la première constellation internet chinoise. Elle devrait apporter la 5G dans le pays. Ces six éléments ne serviront qu’à des tests, ils forment la ‘’Mini-spider constellation’’, en attendant les autres. De son côté, l’Etat chinois se prépare à lancer les premiers éléments de sa constellation internet de 13 000 satellites, comme indiqué auprès de l’ITU.

Décollage de la LM-2C depuis le Xichang Space Center avec les six satellites Yinhe et un passager secondaire (CASC/Ourspace)

En bref

Skyrora inaugure son centre de test moteur

La start-up de micro-lanceur écossaise a pour but de réaliser un premier tir de la Skyrora-XL dans les prochaines années. Le lanceur sera capable d’emporter jusqu’à 315 kg de charge utile en orbite basse. Le site testera son moteur, d’une capacité de 70 kN de poussée.

Nouveaux venus dans le monde des micro-lanceurs français

Apparue l’été dernier, la start-up Dark a pour but de développer un micro-lanceur aéroporté pour un premier vol en 2026. Le lanceur comptera deux étages et sera capable d’emporter jusqu’à 300 kg de charge utile en orbite basse. Dark a commencé à discuter avec le CNES et la DGAC (Direction Générale d’Aviation Civile) pour les autorisations de largage depuis l’espace aérien français.

Une autre start-up, catalane, a décidé de venir installer une filiale à Toulouse et commence à recruter. Il s’agit de Pangea Aerospace, basée à Barcelone, qui vise à construire un micro-lanceur à propulsion hybride avec tuyère aerospike.

Une constellation nanosatellites pour la météo

 La compagnie américaine Acme AtronOmatic, à l’origine de l’application météo MyRadar, a obtenu le feu vert de la FCC pour lancer une constellation de démonstration nommée HORIS et comptant au moins 250 nanosatellites. Les premiers éléments seront des picosatellites au format PocketCube (cube de 5 cm de côté) et seront lancé en avril par un vol Electron. Acme prévoit d’utiliser du machine learning pour fusionner les données d’HORIS avant de les mettre à disposition des utilisateurs de MyRadar ou autres clients.

La constellation sera au format PocketCube (5 cm de côté). C’est une des premières grandes constellations de picosatellites. (Acme)

Levées de fonds en hausse en Europe

Toutes les semaines, on regarde quelles sont les heureuses élues des financiers. Le New Space dépend avant tout du financement public en termes de demande, mais pour les lancer c’est au privé de les aider. Entre fonds d’investissements et Venture Capital, on arrose ces boîtes à idées de technologies spatiales. Ces deux premières semaines de mars, on a déjà plusieurs exemples de levées de fonds comme avec Kymeta (USA, 84M$), Slingshot Aerospace (USA, 25 M$), ou encore la start-up espagnole Celestia Aerospace qui lève 100 M€ pour construire une usine de production de cubesats.

Jamais le soutien du privé en Europe n’a été aussi fort, et il continue de croître.

Les levées de fonds privées continuent de battre des records année après année en Europe (ESPI)

Les News du New Space [3]

Fin-février 2022 : à l’heure de l’Ukraine

Bienvenue dans cette revue de presse ! C’est un nouveau format d’article où je choisirai quelques actualités parmi les plus intéressantes dans le monde du New Space en 2022. Cette revue de presse est la troisième, elle sera bimensuelle. Pour comprendre un peu pourquoi il est si important de s’intéresser à tous ces nouveaux acteurs du spatial, vous pouvez faire un tour au bilan de 2021 sur le blog.

La dépendance des lanceurs du New Space à l’Ukraine

L’invasion de l’Ukraine par l’armée russe est en train de nous faire changer le visage du spatial. L’ensemble des collaborations internationales avec la Russie est tombé. Même l’avenir de l’ISS est incertain. Dans le domaine des lanceurs, l’avenir de la Vega est menacé, si jamais l’Ukrainien Ioujnoïe n’est plus en mesure de fournir l’étage supérieur AVUM.

Côté américain, les fusées Atlas-V volent avec des moteurs russes mais ULA en dispose assez jusqu’au dernier vol. La fusée Antares peut encore voler deux fois mais semble condamnée. Le premier étage est fourni par Ioujnoïe mais avec des moteurs russes. Plus question d’en avoir. Côté russe, on arrête de faire voler la Soyouz pour les ‘’étrangers’’. Plus aucun vol Soyouz ST depuis Kourou et OneWeb a annulé tous ces vols Soyouz depuis Baïkonour.

Côté New Space, un drame se profile à l’horizon si l’Ukraine devient occupée par la Russie. Plusieurs compagnies ont des bureaux, des salariés ou des contractants en Ukraine. Parmi elles :

  • Rocket Factory Augsburg (Allemagne) : pour sa future fusée légère RFA One, la compagnie bavaroise importe d’Ukraine plusieurs composants du moteur, dont la turbopompe, via Yuzhmash Group.
  • Skyrora (Royaume-Uni) : la start-up écossaise dispose de bureaux à Dnipro, notamment pour les moteurs de ses micro-lanceurs. Les employés ukrainiens ont déclaré cesser le travail pour prendre le combat et défendre la ville face à l’armée russe.
  • LAUNCHER (USA) : la start-up disposait d’une équipe de 11 ingénieurs et 5 assistants à Dnipro, dont le but est d’aider au design du moteur E2 de leur futur lanceur avec l’immense savoir-faire ukrainien en matière de moteur fusée. A l’aube de l’invasion russe, LAUNCHER a annoncé que son équipe avait déménagé à Sofia, en Bulgarie.
L’équipe ukrainienne de LAUNCHER à Sofia en Bulgarie. (LAUNCHER)

Record de rideshare en Chine

Le 27 février dernier, la China Aerospace Science and Technology Corporation (CASC) a réalisé un nouveau tir de la fusée Long March 8 depuis le Wenchang Space Center, sur l’île de Hainan, au sud du pays. Ce vol était le premier où la LM-8 volait sans ses boosters latéraux. La fusée est celle qui sera censée être réutilisable (pour le premier étage) dans quelques années. En attendant, la CASC réalise des vols normaux.

Ce vol emportait en tout 22 satellites à destination de l’orbite polaire. C’est un nouveau record pour la Chine d’avoir réussi à mettre autant de satellites en orbite d’un coup. Le succès a été confirmé. Parmi ces satellites, il y avait dix petits satellites d’imagerie terrestre Jilin de Changguang Satellite Technology, s’ajoutant à la constellation déjà présente autour du globe.

Décollage de la Long March 8 depuis le Wenchang Space Center (Xinhua)

Les autres passagers comptent plusieurs compagnies du New Space chinois :

  • Minospace, constructeur et opérateur satellites, disposait de cinq passagers à bord. Deux satellites pesaient 240 kg et 250 kg. Tianjing 3 & 4 sont respectivement dédiés à l’imagerie terrestre en optique et en SAR (radar à synthèse d’ouverture). Minospace a également réalisé deux satellites d’une soixantaine de kilos Wenchang 1 & 2 pour observer la surface terrestre en multispectral à champ large. Enfin, il y avait le satellite d’observation hyperspectral Xidian-1.
  • Spacety, autre constructeur satellite, était à bord avec le satellite d’imagerie terrestre SAR Chaohu-1, le premier d’une constellation. Spacety avait également développé le petit satellite Thor Smart, dédié à la démonstration de logiciels et à la détection de rayons gamma.
  • Shenzhen Aerospace Dongfanghong Satellite, avec les deux satellites d’imagerie Hainan 01 & 02, notamment équipés de récepteurs de signaux AIS de navires pour la surveillance du trafic maritime.
  • Guodian Gaoke, avec Tianqi 19, nouvel arrivant dans la constellation Apocalypse dédié à l’Internet des Objets.
  • Le satellite universitaire Star Era-17, notamment équipé des charges utiles de la compagnie ADA Space qui travaille à une constellation satellite avec intelligence artificielle.
  • Le satellite d’imagerie terrestre universitaire Phospherus-1.

Ce vol montre la diversité du spatial privé dans les constructeurs et opérateurs, même si ce monde reste fragile face à la toute puissance de la CASC dans l’industrie spatiale chinoise.

Les 22 satellites du vol Long March 8 lors de l’encapsulation de l’adaptateur sous la coiffe. (CASC)

Rocket Lab inaugure un nouveau pas de tir à Mahia Peninsula

Nouveau succès pour la fusée Electron de Rocket Lab. Le micro-lanceur a décollé depuis Mahia Peninsula le 28 février avec à bord le satellite StriX-β de la compagnie japonaise Synspective. C’était le premier vol Electron de 2022 et il était particulier :  il a inauguré un nouveau pas de tir, le LC1B, voisin de quelques dizaines de mètres du pas tir habituel. Rocket Lab dispose donc maintenant de deux pas de tirs opérationnels. La compagnie pourra être plus flexible et enfin améliorer sa cadence.

StriX-β est un satellite d’imagerie radar à synthèse d’ouverture (SAR) de la surface terrestre. Il rejoint l’élément alpha de la constellation, lancé en décembre 2020 avec une Electron. Rocket Lab doit encore en lancer deux autres pour Synspective qui espère disposer d’une constellation de six éléments pour avoir quotidiennement des images SAR des grandes villes asiatiques.

Rocket Lab dispose en réalité d’un troisième pas de tir, à Wallops en Virginie. Mais la compagnie n’a toujours pas le droit de l’utiliser, faute de licence. Le tir inaugural doit avoir lieu cette année, selon la compagnie. Rocket Lab aura beaucoup à faire à Wallops ces prochaines années. Le 28 février, la compagnie a annoncé y construire le futur centre de production et de lancement de la fusée Neutron.

Décollage de l’Electron depuis Mahia Peninsula (Rocket Lab)

En bref

Relativity Space accélère ses plans vers le réutilisable

Le PDG Tim Ellis a annoncé dans un entretien avec Ars Technica que le moteur fusée Aeon-1, destiné à la Terran-1, ne sera utilisé que pendant les premiers vols avant de passer à une version réutilisable Aeon-R qui sera utilisé pour le futur lanceur lourd Terran-R. Tim Ellis a également confirmé que le premier vol de la Terran-1 aura bien lieu cette année.

Astroscale se prépare à une nouvelle démonstration de capture de débris spatial

La start-up japonaise prépare son satellite Elsa-d à attraper un autre satellite qui jouera le rôle d’un débris spatial. Le test est en fait une reprise avec un autre satellite client que celui initialement prévu. Le 26 janvier, ce dernier avait choisi d’arrêter le test alors qu’Elsa-d se trouvait qu’à quelques dizaines de mètres du satellite. Affaire à suivre.

VOS choisit les îles Shetland pour le tir inaugural de la Zéphyr

La start-up française a conclu un Memorandum of Understanding avec SaxaVord, la compagnie opératrice du futur astroport de Unst dans les îles Shetland. L’accord vise à faire décoller la toute première fusée Zéphyr depuis Unst en 2024. Le Conseil des îles Shetlands vient de donner son accord pour débuter le chantier du site qui accueillera également d’autres lanceurs comme la RS1 d’ABL Space Systems, en contrat avec Lockheed Martin.

Robin Huber, responsable du développement commercial de SaxaVord (gauche) et Stanislas Maximin, PDG de VOS dans les locaux à Reims (Venture Orbital Systems)

Radar à Synthèse d’Ouverture, l’imagerie de 2022 ?

La frénésie du SAR se déploie dans l’espace. Déjà plus d’une dizaine de satellites SAR ont été déployés en orbite depuis le 1er janvier 2022 ! L’imagerie radar améliorée de cette technologie permet de regarder la surface en toutes conditions. C’est devenue une nécessité pour compléter les applications liées à l’observation de la Terre en optique. Plus que jamais, avec la guerre en Ukraine, nous avons besoin de pouvoir regarder à travers la nuit et les nuages.

Image montrant des mouvements de troupes russes à proximité de la rivière Pripiat en Ukraine, prise par un satellite SAR de Capella Space.

Un nouveau pas de tir pour Rocket Lab

La compagnie américaine a réalisé avec succès un nouveau tir Electron depuis le site de Mahia Peninsula en Nouvelle-Zélande avec à bord le satellite d’imagerie Strix-β. C’était le 24ème tir Electron pour Rocket Lab, leur premier de 2022. Mais c’était surtout l’occasion eux d’inaugurer un nouveau pas de tir.

Patch du vol « The Owl’s Night Continues ». Deux autres tirs pour Synspective sont encore prévus. (Rocket Lab)

Pas prévu si tôt

Le vol ‘’The Owl’s Night Continues” prévu pour la mise en orbite du satellite Strix- β n’était pas prévu comme étant le premier tir Electron de 2022. Au début, le premier vol était prévu pour le 14 février sauf que le client (BlackSky, pour deux satellites d’imagerie) n’était pas prêt. Rocket Lab a pu alors pour la première fois faire preuve de flexibilité dans les dates en inaugurant le pas de tir LC1B.

Le vol s’est déroulé à merveille sous un ciel parfait. A 21h37 (heure de Toulouse), Electron décolle. Les neuf moteurs Rutherford rugissent jusqu’à être à court de carburant. L’étage principal se détache puis le second étage prend le relais. L’étage principal était équipé de sous-systèmes pour tester différentes phases de récupération mais cette dernière n’était pas prévue.

Une fois que le second étage était à cours de carburant, l’étage supérieur Curie prend le relais. Après une quarantaine de minutes de chute libre, il allume son moteur électrique puis déploie le satellite Strix- β. Un vol parfait pour la mise en orbite du 110ème satellite au compteur de Rocket Lab.

La fusée Electron sur son pas de tir (Rocket Lab)

Baptême du feu orbital pour le LC1B

Depuis le premier vol en 2017, tous les tirs Electron ont eu lieu depuis le même pas de tir à Mahia Peninsula dans le nord-est de la Nouvelle-Zélande. Depuis des années, Rocket Lab promettait d’assurer une cadence de plus d’une centaine de vols par an. Bien sûr cette annonce est irréalisable mais la compagnie fondée par Peter Beck avait besoin de nouveaux pas de tir pour augmenter les tirs. Rocket Lab s’est alors lancé dans la construction de deux pas de tirs supplémentaires. Le LC1B qui vient d’être inauguré par ce vol se trouve juste à côté du pas de tir originel. Vu le succès du vol, tout porte à croire qu’il fonctionne à merveille.

D’abord, Rocket Lab s’est lance dans la construction du tout premier pas de tir Electron sur le sol américain sur l’île de Wallops, en Virginie. Il se trouve à quelques mètres du pas de tir de la fusée Antares. Il s’appelle LC2 et n’a pas encore été inauguré même s’il est prêt depuis plus de six mois. Faute de licence accordée par la FAA, Rocket Lab ne peut – pour l’instant – pas décoller depuis Wallops. Par conséquent, le retard occasionné par ces démêlés procéduraux a forcé Rocket Lab a transférer le décollage de la sonde CASTONE de la NASA de Wallops à Mahia Peninsula.

C’est également à Wallops que Rocket Lab a décidé d’installer le site de production et de lancement de leur futur fusée réutilisable nommée Neutron. Initialement, le pas de tir Neutron devait partager celui d’Antares mais la cohabitation semblait bien trop complexe. Lors d’un bilan le 28 février, Rocket Lab a choisi de construire un site tout neuf.

Le site de Mahia Peninsula avec une fusée Electron sur le LC1 au premier plan (elle devrait recevoir ses deux satellites BlackSky bientôt) et la fusée Electron avec le satellite de Synspective à bord. (Rocket Lab)

Un client type pour Rocket Lab

Strix- β était le second satellite de la compagnie japonaise Synspective lancé par Rocket Lab, après l’élément alpha lancé en décembre 2020. Il s’agit de satellites d’imagerie terrestre SAR. Il s’agit ici d’une certaine technique d’observation de la Terre avec un radar mais avec un système de traitement supplémentaire pour améliorer la résolution azimutale.

L’imagerie radar reste un principe simple : on envoie un rayon radar depuis l’espace en direction de la surface terrestre. Le sol renvoie le rayonnement, capté par le satellite, puis on obtient la cartographie de altitudes de la zone balayée. Cette technique permet de faire de l’imagerie à la fois de nuit mais aussi à travers les nuages. La technologie SAR (Synthetic Aperture Radar) permet une meilleure résolution. Synspective souhaiterait déployer une constellation de six satellites SAR afin d’obtenir une mise à jour quotidienne des images de grandes villes asiatiques avec une résolution spatiale d’un à trois mètres. Deux autres éléments seront mis en orbite par une fusée Electron.

Nombreux sont les satellites à utiliser le SAR. Ce domaine est clairement devenue public il y a seulement quelques années. Certaines compagnies du New Space comme ICEYE s’en sont emparées. Certaines sont même en partenariat avec les instituts gouvernementaux. C’est le cas de ICEYE, basé en Finlande et partenaire SAR des satellites Sentinel du programme Copernicus européen d’observation de la Terre.

Rendu d’un satellite StriX (Synspective)

Changement d’identité pour 2022

En ce début d’année, Rocket Lab a annoncé des changements de couleurs. On peut les résumer par celui qui a fait le plus de communication : le changement de logo. Il traduit une professionnalisation de l’entreprise et une tendance à devenir de moins en moins artisanale. D’une part la production d’Electrons est soutenue, la cadence des vols peut être doublée, puis la diversification joue un rôle clé.

Fournir un service de mise en orbite de votre service tout-en-un semble être devenu une solution innovante pour Rocket Lab, que seule SpaceX emble pouvoir proposer. Si l’Electron peut assurer la mise en orbite, il reste à construire les satellites. C’est ce que propose Rocket Lab avec la plateforme Photon, dérivée de l’étage supérieur Curie de l’Electron. Si déjà quelques commandes ont été passées, la dernière est plus significative (17 plateformes – 143M$) et semble dire que Rocket Lab a vaincu d’autres concurrents lors de l’appel d’offre.

Si Rocket Lab a accusé des pertes en 2021, notamment à cause de la crise sanitaire, la compagnie de Peter Beck semble vouloir monter la cadence en 2022. Un nouveau pas de tir servira considérablement en ce sens.

Le futur complexe de production de la Neutron. Le chantier des fondations devrait commencer très bientôt. (Rocket Lab)

Les News du New Space [2]

Mi-février 2022 : restructuration !

Bienvenue dans cette revue de presse ! C’est un nouveau format d’article où je choisirai quelques actualités parmi les plus intéressantes dans le monde du New Space en 2022. Et quelle année, quelle ère ! je pensais d’abord réaliser cette revue de presse mensuellement mais l’actu est tellement dense qu’il vaut mieux doubler la cadence !

Pour comprendre un peu pourquoi il est si important de s’intéresser à tous ces nouveaux acteurs du spatial, vous pouvez faire un tour au bilan de 2021 sur le blog.

La fusée Rocket 3 sur son pas de tir le 10 février à Cap Canaveral, attendant son envol. Spoil : l’histoire ne s’est pas bien terminé. (Astra / John Kraus)

Astra : dans une mauvaise série

Coup dur pour la compagnie américaine qui échoue une nouvelle fois à atteindre l’orbite avec sa fusée Rocket 3. Le tir a eu lieu le 10 février depuis Cap Canaveral. C’était la sixième tentative orbitale, et seule la précédente était un succès. Nouvel échec pour Astra Space mais cette fois, ce sont des vraies charges utiles qui ont été perdues. Même s’il s’agissait d’un vol test pour la NASA, les passagers étaient des trois cubesats universitaires et un de l’agence. Le vol a été sponsorisé par la NASA dans le cadre du programme ELaNa.

Astra Space continue donc son chemin de croix vers la confiance, tout en circulant entre les démêlés judiciaires et les fluctuations boursières. La compagnie est devenue une licorne en valant plus d’un milliard de dollars, essentiellement grâce aux investissements privés monstres et à la seule confiance du Pentagone qui a besoin de micro-lanceurs complémentaires à l’Electron de Rocket Lab ou encore à la LauncherOne de Virgin Orbit. Astra Space rêve un jour de concurrencer SpaceX sur les prix, mais la première étape (atteindre l’orbite) n’est pas vraiment franchie.

Formidable levée de fonds pour ICEYE, signe d’un coup de boost pour l’imagerie SAR

C’est un fleuron qui devient une des compagnies les mieux financées d’Europe. ICEYE vient de lever 136 millions de dollars en série D. Le tour a été dirigé par l’investisseur Seraphim Space, connu pour investir dans de nombreuses start-ups du New Space. Au total aujourd’hui, ICEYE a levé 304 M$, devenant une des start-ups les plus financées. Elle a été fondée en Finlande et s’est étendue aux Etats-Unis. La compagnie a déjà envoyé une quinzaine de satellites de sa constellation, le dernier à bord du vol Transporter-3 de SpaceX le 13 janvier dernier, à destination de l’orbite héliosynchrone. ICEYE prévoit d’en envoyer une dizaine en 2022.

ICEYE est spécialisée dans l’imagerie terrestre par SAR (Synthetic Aperture Radar = radar à synthèse d’ouverture). L’imagerie radar permet de voir à travers la nuit ou les nuages, ce type d’imagerie est nécessaire pour couvrir une zone en tout temps. A la différence de l’imagerie radar traditionnelle, la technologie SAR permet de réaliser un traitement pour affiner l’ouverture de l’antenne. Cela permet d’utiliser une antenne plus petite, idéal quand on doit minimiser le plus possible la masse de la charge utile du satellite. Ainsi un satellite de la constellation SAR d’ICEYE pèse moins de 100 kg pour une résolution azimutale de moins de 25 cm !

ICEYE est en train de déployer une constellation SAR de plus de 25 satellites d’imagerie en bande X. Ce type de service est devenu capital pour l’observation de la Terre en général. L’ESA a inclus ICEYE comme partenaire en 2018 pour compléter les images provenant des satellites Sentinel. La technologie SAR a bien évidemment des applications dans le domaine militaire. Depuis quelques années, plusieurs start-ups du New Space se sont emparées de ce service (Synspective, Capella Space, etc.).

Le supercargo Evergiven immortalisé par imagerie SAR par ICEYE. On voit la remarquable résolution de ce genre d’image grâce à cette nouvelle technologie. (ICEYE)

Libération mondiale du portefeuille pour alimenter le New Space

Le New Space ne connaît pas la crise. Peu importe la puissance spatiale où vous vous trouvez, l’argent coule à flot pour ces start-ups et les levées de fonds sont massives. ICEYE n’est qu’un exemple parmi toutes les levées de fonds, devenues quotidiennes, battant des records partout sur la planète. Les formidables levées de fonds ont commencé il y a quelques années en Chine et aux Etats-Unis.

Aux Etats-Unis, le financement à outrance des start-ups a conduit à certaines situations absurdes : des compagnies de lancement devenues des licornes sans jamais avoir décollé du sol, des entrées en bourses sans aucune démonstration de faisabilité. Résultats : les entrées en bourses restent modestes et les actions ne décollent pas. Pire, on peut soupçonner une certaine méconnaissance des actionnaires. Quand on voit les réactions du Nasdaq suite à l’échec du tir LV0008 d’Astra, il est clair que la réalité du ‘’Space is Hard’’ n’est pas encore complètement intégrée. Cependant, les déboires en bourses n’affectent en rien l’investissement privé. En effet, lors du Smallsat Symposium, les compagnies se sont montrées sereines.

Dans le Vieux Continent, on constate une accélération des investissements privés dans le New Space, y compris en ce début d’année. Le discours était clair lors du Space Summit le 16 février à Toulouse, Emmanuel Macron, dans le cadre de la présidence française de l’Union Européenne, est venu détailler la stratégie : devenir leader. Cela passe par un nouveau programme de vol habité mais aussi sur une future mégaconstellation satellite internet à laquelle participeront différents acteurs du New Space européen.

Etat du financement des start-ups de lancement en Europe. On voit d’une part qu’lles sont nombreuses (et encore elles ne sont pas toutes présentes) mais que certaines d’entre elles sont parvenues a lever pas mal de fonds, et ce n’est que le début. (Andrew Partonson Europeanspaceflight)

Côté chinois, il pleut de l’argent privé, on pourrait même dire qu’il drache ! Dernier exemple notable : la start-up Galactic Energy, connue pour son micro-lanceur à propulsion solide Ceres, a sécurisé 200 M$ en janvier. Les levées de fonds restent néanmoins concentrées dans le domaine des lanceurs. C’est certes là où on est le plus gourmand, mais l’industrie satellite privée et le domaine des applications reste plus faiblement soutenu. Par conséquent, s’il pleut des investissements, les contrats restent rares. Même si tout est maîtrisé par l’Etat, les contrats publics et militaire restent l’exclusivité de la CASC, filiale du ministère, qui conserve sa suprématie dans les lancements (plus de 50 vols Long March prévus en 2022) et dans la fabrication satellite.

En Inde que les financements privés, encore un peu modestes, commencent à bondir. On est passé de 22.5 M$ en 2020 à 67.2 M$ en 2021, soit un bond de 200%. Parmi les bénéficiaires, Pixxel, qui sera la start-up à envoyer le tout premier satellite indien privé de l’histoire, mais aussi les start-ups de lancement Agnikul et Skyroot.

Plus précisément côté français, dans le cadre du plan France 2030, on passe par l’étape de la structuration du New Space. La mission a été confié par Bruno le Maire à sept start-ups. En effet, il y a beaucoup à faire, et encore la cartographie ne montre qu’une partie des acteurs du New Space français. (Aravind / Terrawatch)

En bref

Starlink : SpaceX perd une première bataille face au Soleil

Notre étoile est capable de se montrer agressive. Quand l’activité augmente, la surface éjecte de plus en plus de matière et parfois le flux de particule atteignant la Terre est dangereux pour les satellites. Faisant fi des avertissements des scientifiques, SpaceX a décidé de placer 49 nouveaux satellites Starlink le 3 février. Mais les satellites sont passés en mode survie suite à un orage magnétique alors qu’ils étaient encore en orbite de transfert à 210 km d’altitude. Seuls 9 ont pu en revenir à temps. Les 40 autres ne se sont jamais réveillés et ont plongé dans l’atmosphère. Cette perte reste anecdotique pour SpaceX, qui a lancé plus de 2000 Starlink. La NASA en a profité pour exprimer ses inquiétudes au sujet de la mégaconstellation.

Un pas de tir australien pour RFA

Le 10 février la compagnie allemande Rocket Factory Augsburg et la compagnie Southern Launch ont signé un partenariat pour pouvoir lancer la future RFA One depuis le sud de l’Australie. Le site, géré par la compagnie australienne permet plus de flexibilité de lancements et se trouve beaucoup plus près de l’équateur que le futur pas de tir à Andoya (Norvège). Le futur lanceur léger de RFA pourra emporter jusqu’à 1350 kg de charge utile en orbite basse.

Une mégaconstellation de 300 000 satellites

En septembre, on découvrit avec surprise que le Rwanda avait déposé un projet de mégaconstellation de comsats auprès de l’ITU, la filiale de l’ONU dédiée aux télécommunications. Ce si petit pays au cœur de l’Afrique propose une constellation de 300 000 satellites ! Derrière ce projet absurde, se trouve la start-up E-Space, fondée par Greg Wyler, ancien fondateur de OneWeb, et de O3b (réseau satellite aujourd’hui géré par SES). La compagnie a aujourd’hui le vent en poupe avec la levée de 50 M$ pour financer deux lancements tests prévus cette année. La production des satellites est prévue pour 2023.

Les plans lunaires d’un ancien DG de la NASA

 La start-up Quantum Space, fondée par l’ancien directeur par intérim de la NASA Steve Jurczyk, se lance dans le développement de plateformes pour des véhicules robotiques destinés à des missions lunaires. Dans le cadre du programme Artemis, la NASA demande au privé, de participer au soutien technique et à la réalisation de plusieurs missions robotiques sponsorisées par l’agence.

Nouvelles identité pour Rocket Lab

Fini l’atome où s’entremêlaient les électrons et les neutrons. Le logo créé par Peter Beck pendant un vol en avion a finalement été remplacé par un nouveau beaucoup plus travaillé. Au-delà d’un changement de look, cela témoigne-t-il de la fin symbolique de l’ère artisanale chez Rocket Lab ?

Le nouveau logo de Rocket Lab

Ouverture : le cubesat, toujours un modèle d’avenir ?

Si je reste persuadé, comme beaucoup, que le cubesat est une véritable révolution dans l’accès à l’espace (encore plus forte que les prix cassés de SpaceX), une nouvelle tendance se fait jour. Lors du Smallsat Symposium, plusieurs compagnies disent se tourner vers d’autres modèles moins contraignants que celui du cubesat. Le modèle cubesat a énormément aidé à la miniaturisation, mais n’était-il qu’une transition vers une nouvelle génération de satellites ?

Astra essuie un nouvel échec

La compagnie américaine Astra Space a tenté une nouvelle fois l’orbite depuis Cap Canaveral ce jeudi 10 février, sans succès. La fusée Rocket-3 du vol LV0008 a décollé avec succès avec à bord quatre cubesats de la mission ELaNa-41 de la NASA. Mais l’échec s’est produit lors de la séparation des étages. C’était la sixième tentative pour atteindre l’orbite. Les détails ci-dessous.

Un vol crucial pour la Rocket 3

Le vol LV0008 était le premier vol de l’histoire d’Astra avec une vraie charge utile à bord. Héritière des versions 1 et 2, la Rocket 3 avait déjà réalisé plusieurs vols auparavant depuis l’Ile de Kodiak, en Alaska. Seul le dernier fût un succès. La fusée n’embarquait qu’une charge utile test de l’US Air Force mais qui ne se détacha pas du second étage, comme intentionnellement prévu. L’US Air Force avait avant tout acheté les deux derniers vols pour soutenir les ultimes tests de la Rocket 3.

Ce vol est aussi le premier depuis la Floride. Jusqu’à présent, la Rocket 3 n’avait décollé que depuis le Pacific Spaceport Complex, en Alaska. Pour l’anecdote, Astra n’avait obtenu sa licence pour décoller de Cap Canaveral seulement la veille ! Dès qu’elle a su quand la FAA allait lui octroyer sa licence, la compagnie a fait les préparatifs pour pouvoir décoller le lendemain.

Le vol LV0008 a toutefois essuyé deux reports. La tentative du 5 février a été annulée suite à une défaillance d’un radar. Deux jours plus tard, ce sont les vents en haute altitude qui ont décalé le vol d’une cinquantaine de minutes. Puis c’est lors de l’allumage de l’étage principal que le vol est avorté à cause d’un « souci mineur de télémétrie ».

Le vol a finalement lieu le 10 février à 21h heure de Toulouse. La Rocket 3 décolle à l’heure et traverse le ciel clair de Cap Canaveral. Les ennuis arrivent une fois que le premier étage a fini son travail. Selon la chronologie du vol, le largage des deux demi-coiffes devait se faire sept secondes avant la séparation des étages. Toutefois, les demi-coiffes sont restées attachées, ce qui a gêné la séparation et finalement entraîné l’étage supérieur dans une vrille irrécupérable. Peu de temps après, l’échec est confirmé.

 C’est un nouvel échec que subit de plein fouet Astra Space avec sa Rocket 3. Comme son nom l’indique, LV0008 était le huitième vol d’une fusée d’Astra, et la sixième tentative orbitale. Tous se sont soldés par un échec, à l’exception du LV0007. Cependant, ce dernier vol n’avait par de vrai satellite passager.

Une mission sponsorisée par la NASA

Depuis plus de dix ans, la NASA offre la possibilité de faire voler des cubesats éducatifs à travers son programme Cubesat Launch Initiative (CLSI) à travers des missions ELaNa (Educational Launch of Nanosatellites). Un cubesat est un nanosatellite au format de volume standardisé, avec comme unité de volume un cube de 10cm de côté (1U).

Depuis l’émancipation du concept du cubesat, les universités ont pu voir les coûts d’accès à l’espace fortement réduits et le développement d’un petit projet satellite beaucoup plus simplifié. Depuis, elles sont nombreuses au Etats-Unis à préparer leur cubesat au vol. Plus d’une dizaine de cubesat universitaires américains par an sont mis en orbite. Plusieurs d’entre eux voient leur accès à l’espace facilité par les missions ELaNa, les frais de vols étant pris en charge par l’agence.

Map of the US showing where all CSLI selections have come from
Avec ELaNa-41, ce sont 132 cubesats qui ont pu être mis en orbite grâce à l’initiative CLSI (NASA)

Aujourd’hui, la NASA a besoin de plus de lanceurs pour ses missions ELaNa. Déployer les cubesats depuis l’ISS ne suffit plus et les lanceurs lourds ne sont pas assez nombreux pour les prendre comme passagers secondaires. C’est pour cela que l’Electron de Rocket Lab ou encore la LauncherOne de Virgin Orbit ont déjà déployé chacune deux missions et que la Rocket 3 vient juste de s’ajouter à la liste.

La mission ELaNa-41 comptait quatre cubesats. Tous ont été intégrés dans des déployeurs fournis par NanoRacks :

  • BAMA-1, cubesat 3U de l’Université d’Alabama. Son but est de déployer une voile solaire afin de tester son effet pour une désorbitation rapide. Une fois la voile déployée, le cubesat se frottera plus aux rares molécules d’air présentes en orbite basse, ce qui le ralentira plus efficacement jusqu’à que sa vitesse soit trop faible et qu’il se désorbite. Ce système pourrait être, à terme, utilisé pour les vaisseaux ou les cargos spatiaux.
  • INCA, cubesat 3U de l’Université de l’Etat du Nouveau-Mexique. Il est équipé d’un spectromètre à neutron dérivé de l’instrument SPRINGS de la Parker Solar Probe de la NASA. Il permettra d’étudier le lien entre les neutrons venants du Soleil, et le temps et la latitude où ils s’apprêteront à pénétrer l’atmosphère terrestre. Cette étude pourra compéter les modèles de météo spatiale.
  • QubeSat, cubesat 2U de l’Université de Californie (Berkeley). Il testera les effets de l’espace sur des gyroscopes quantiques, en cours de démonstration. Ces derniers devraient être beaucoup plus précis et plus résistants que les gyroscopes classiques.
  • R5-S1, cubesat 3U du Johnson Space Center (NASA). Il servira essentiellement à la démonstration en conditions réelles de nouveau composants et algorithmes dédiés à l’inspection en orbite, comme on peut le faire en vol habité pour inspecter son vaisseau, ou l’ISS elle-même.
QubeSat CubeSat.
Le cubesat 2U de Berkeley QubeSat (University of California, Berkeley)

La longue route d’Astra vers la stabilité

Fondée en 2016, la start-up Astra a commencé le développement de la Rocket 3 dans le plus grand secret. Les premières version (Rocket 1 et Rocket 2) n’ont servi que de démonstrateurs pour des tests en 2018 à Kodiak. Avec une communication digne de la Chine, Astra Space n’a révélé ces tests bien longtemps après. C’étaient des échecs.

La route pour l’orbite a été longue pour la Rocket 3. En 2020, Astra Space se donne trois vols tests pour atteindre l’orbite. Le premier contenait même des passagers de la DARPA. Il faut dire que cette agence avait lancé un concours de micro-lanceurs avec un contrat de vol à gagner (DARPA Launch Challenge), et qu’Astra était la dernière start-up candidate en lice. Néanmoins, au bout de trois essais, l’orbite demeurait hors d’atteinte et le concours de la DARPA était sans vainqueur.

L’échec du vol LV0006. Un des moteurs est tombé en panne dès l’allumage. La Rocket 3 a par conséquent manqué de puissance et n’a pu faire que cette danse de crabe mémorable (Destination Orbite avec des images de NASA Spaceflight)

La version 3.3 de la Rocket 3 est censée être une version définitive. Les deux premiers vols ont été sécurisés par l’US Air Force comme vols tests (vu que personnes ne voulait vraiment monter à bord au vu des garanties). L’USAF n’y a mis que des charges utiles non-déployables. Le but était juste d’atteindre l’orbite. Le premier vol (LV0006) se solda encore par un échec mais le second fut enfin un succès.

Aujourd’hui, Astra Space compte plusieurs centaines d’employés et vaut plus de 2 milliards de dollars. Ce nouveau pilier du New Space est devenu un monstre qui promet une forte cadence de vols (le prochain vol est déjà prévu pour le 20 février. Astra est souvent mentionné comme étant une des structures qui proposent un coût de lancement parmi les plus bas. Astra promet d’être beaucoup moins cher que Rocket Lab, Virgin Orbit, et même pourquoi pas SpaceX ?

Petit comparatif du prix au kilo pour un vol à destination de l’orbite héliosynchrone (500km SSO). Crédit : Spacekiwi

Enfin, Astra commence à se diversifier. Tout comme SpaceX et Rocket Lab, la compagnie se lance dans le développement de plateforme satellite, c’est-à-dire la structure et l’ensemble des sous-systèmes qui font vivre le satellite. Astra a même répondu à l’appel d’offre de la Federal Court of Communicaions en proposant une mégaconstellation satellites contre le projet Starlink.

2022 sera probablement l’année de la stabilisation pour Astra Space. Mais pour cela, il faudra sortir de l’angoisse de l’échec systématique. Une demi-douzaine de vol est déjà prévue pour cette année, dont trois à nouveau pour la NASA avec la mission TROPICS, prévue d’être lancée en trois fois depuis l’atoll Kwajalein. Situé dans les Iles Marshall, cet atoll est connu pour avoir hébergé les tirs de la Falcon 1 de SpaceX. C’est justement un rêve d’Astra Space, devenir un nouveau ‘’SpaceX’’ des micro-lanceurs, après avoir atteint l’orbite..

Astra est une des rares compagnies américaines à être cotées en bourse. Suite à l’échec, l’action d’Astra a chuté de 32% avant de remonter un peu. On note quand même une certaine sensibilité du Nasdaq face au « Space is Hard ». Lors de la première annonce du coussin, l’action avait chuté de 13%. Enfin, en même temps qu’avoir confirmé l’échec de la Rocket 3, Astra Space annonce que son PDG Chris Kemp ainsi que son directeur financier sont tous deux poursuivis par la SEC pour violation présumées des lois sur les valeurs mobilières.

(image couverture : Astra / John Kraus)