Unseenlabs, le New Space au-dessus des océans

Start-up bretonne devenue un des piliers du New Space français, Unseenlabs a trouvé une brèche inexplorée dans le gigantesque marché de l’observation de la Terre : la surveillance des océans. Leur solution intéresse beaucoup de monde.

Le problème de la résolution temporelle.

Comme l’a très bien décrit Xavier Pasco lors d’une webconférence, le secteur du New Space et plusieurs de ses protagonistes proposent de résoudre le problème de la résolution temporelle dans les applications de l’industrie spatiale. Dans le cas de l’observation de la Terre, nous avons gagné de plus en plus en résolution spatiale et en résolution spectrale avec des grandes compagnies privées d’imagerie. Leurs satellites sont devenus de plus en plus précis (avec par exemple la dernière génération Neo des satellites Pléiades d’Airbus Space).

Le problème est que ces satellites ne sont pas suffisamment nombreux pour couvrir en temps réel toute la surface du globe. Là est arrivé le New Space avec la compagnie Planet (anciennement Planet Labs) qui a déployé toute des centaines de cubesats d’imagerie de la surface terrestre. Certes la résolution spatiale de ces microsatellites est bien moindre, mais le nombre est suffisant pour disposer d’une couverture quasiment instantanée du moindre évènement à la surface du globe visible depuis l’espace.

Le logo d’Unseenlabs. Le message à travers les yeux de chouette est très clair

Unseenlabs arrive bien plus tard, ses cofondateurs convaincus du succès de ce genre de service très recherché. Ils se lancent dans la surveillance maritime en continu, service encore aujourd’hui inexistant à grande échelle, et pourtant très recherché, notamment par les gouvernements.

Si bien sûr, les océans sont aujourd’hui bien plus sûrs qu’au temps des Pirates des Caraïbes, il y a encore le risque qu’un navire soit confronté à un scénario de capture façon Captain Phillips (film avec Tom Hanks – à voir – réalisé à partir d’une histoire vraie). Par exemple, il y a volontairement beaucoup de questions sur la sécurité du futur voyage par cargo du James Webb Space Telescope (>10 milliards de dollars) vers le CSG, afin qu’il ne soit pas piraté en mer (il sera d’ailleurs escorté par la Marine américaine).

D’après Unseenlabs, 90% des marchandises du monde sont transportées par la mer. Pourtant, à 80% du temps, on ne peut pas localiser les navires. Cela entraîne des problèmes sur la sécurité des bateaux, mais aussi sur la pollution, ou encore la consommation (20% des poissons proviennent de la pêche illégale). La surveillance du trafic maritime, toujours de plus en plus intense, est par conséquent de plus en plus nécessaire. Les gouvernements sont demandeurs mais aussi tous les acteurs de l’économie mondiale (agences maritimes, assurances, etc.).

Le logo de la mission BRO 4 (Unseenlabs)

Breizh satellite

Unseenlabs a déjà quatre microsatellites en orbite. Ils s’appellent tous BRO (Breizh Reconnaissance Orbiter). Le dernier a été mis en orbite le mois dernier avec le vol Vega VV-19 comme passager secondaire du satellite d’observation français Pléiades-Neo 4 et trois autres petits satellites. Les trois premiers BRO avaient été mis en orbite comme passagers secondaires de vols Electron. Le tout premier élément fut mis en orbite il y a près de deux ans le 19 août 2019. Les deux autres (BRO-2 & 3) furent mis en orbite en même temps en novembre 2020.

BRO est un cubesat-6U (1U = 1 unité de volume de cubesat, soit 10cm x 10cm x 10cm). Un satellite de taille aussi modeste coûte bien moins cher, et peut être facilement produit en constellation. Unseenlabs compte étendre sa constellation à 20-25 satellites d’ici 2025. Tous ceux lancés sont actuellement en orbite héliosynchrone à environ 550 km d’altitude. Ce type d’orbite, très exploité par les satellites d’observation, permet de survoler un même point donné à la surface du globe, toujours à la même heure solaire locale.

Chaque satellite, qui fait donc la taille d’une boîte de chaussures, est équipé d’un système de télédétection de signal radio provenant d’un navire, même s’il a coupé son système d’identification automatique (AIS). C’est d’ailleurs tout l’intérêt aujourd’hui, de chercher à localiser ces vaisseaux fantômes intraçables autrement qu’en les observant (si on sait où regarder !). Ce système de télédétection, utilisable en toute circonstance, pourra donc compléter la reconnaissance optique ou radar (SAR).

Qui est Unseenlabs, la start-up bretonne qui a décollé avec Arianespace dans la nuit du 16 août?
Vue d’artiste du cubesat 6U BRO (Unseenlabs)

Unseenlabs propose plusieurs applications de son service de géolocalisation :

  • Sauvetage ;
  • Suivi du trafic et limitation du risque de collision entre navires (certaines routes commerciales sont très fréquentées) ;
  • Suivi d’activités suspectes (passeurs, trafics, piraterie, etc.) ;
  • Localisation d’un dégazage par un navire (pour réduire cette pollution illégale des océans) ;
  • Localisation de navire non immatriculés (sans AIS).

Toutes ces applications intéressent beaucoup les pouvoirs publics, les organisations militaires, ou les compagnies d’assurance.

Toute la charge utile est fabriquée maison. La plateforme satellite est jusqu’à présent fournie par le fabriquant danois GOMSpace. Chaque satellite peut fonctionner indépendamment des autres, et un seul BRO suffit pour localiser un navire. La constellation permet seulement d’assurer une plus grande couverture globale et quasiment en temps réel (résolution temporelle de 30 minutes environ). D’ailleurs, l’objectif est d’assurer une couverture globale à partir de 2022.

Résumé des trois décollages (Electron-Electron-Vega) qui ont envoyé en orbite les satellites BRO (Unseenlabs, Rocket Lab, Centre optique ESA – Arianespace)

Nouveau pilier du New Space français

Unseenlabs a été fondée en 2015 par les frères Clément et Jonathan Galic. Le premier est aussi le CEO. Tous deux sont ingénieurs. La start-up bretonne, basée à Rennes, s’est vite fait remarquer dans l’industrie spatiale française avec son service original, prétendu sans égal, et sans trop de précédent.

La seule compagnie assez bien connue dans le monde qui pourrait être un bon adversaire est HawkEye360. La compagnie propose sa technologie de radiofréquence pour suivre le trafic, qu’il soit terrestre, aérien ou maritime. HawkEye360 avait déjà lancé un trio de microsatellites pionniers en 2018 à bord du tout premier vol rideshare de SpaceX. Ensuite, elle a commencé à constituer sa constellation. Déjà 6 satellites ont été mis en orbite, tous cette année avec les vols Transporter 2 et 3 de SpaceX. Unseenlabs soutient toutefois utiliser une technologie unique au monde, en étudiant l’origine d’un signal électromagnétique.

Depuis sa fondation, Unseenlabs a vite gagné en soutiens et partenariats (dont parmi eux l’ESA). Grâce à sa solution mono-satellite, il n’a pas fallu attendre d’en mettre plusieurs pour faire sa démonstration. Unseenlabs a des soutiens publics comme BPI France, la DGA ou encore le Ministère des Armées. La start-up a même reçu le soutien personnel de Jean-Yves Le Drian, actuel ministre de l’Europe et des Affaires Etrangères, ancien ministre de la Défense et ancien président du Conseil Régional de Bretagne. Unseenlabs a reçu plusieurs financements privés venant de fonds d’investissement. La compagnie Hemeria, qui a construit le tout premier cubesat industriel français, a aussi investi dans Unseenlabs. La start-up s’est aussi alliée à l’entreprise Orbcomm, qui fait de la télécommunication satellite et de l’Internet des Objets.

L’originalité de la solution proposée par Unseenlabs s’est même faite remarquer au World Economic forum. Et avec tout le marché européen qui est prenable, il n’y a pas trop de souci à se faire pour l’avenir de la start-up bretonne.

Jonathan et Clément Galic, deux frères rennais, ont créé l'entreprise Unseenlabs en 2015.
Les frères Jonathan Galic (gauche) et Clément Galic (droite), co-fondateurs d’Unseenlabs en 2015. (Studio Carlito)

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