Ceres-1 : nouvel envol du Newspace chinois

Ce samedi 7 novembre à 15h12 (8h12 heure de Toulouse), le sable du Jiuquan Space Center s’est soulevé par la puissance d’un tout nouveau micro-lanceur, la Ceres-1 de Galactic Energy. Ce tir inaugural fut un succès et le petit satellite passager a été nominalement mis en orbite. Ainsi, Galactic Energy devient la seconde compagnie privée de Chine à atteindre l’orbite.

Décollage de la Ceres-1 depuis le Jiuquan Space Center

L’arrivée de la nouvelle vague du Newspace chinois

Le succès de la mission ‘’I Believe I can Fly’’ a été annoncé 30 minutes après le décollage. L’unique passager du vol était un petit satellite de communication Tianqi-11 (Apocalypse-11), 50kg, nouvel élément de la future constellation IoT Apocalypse de la Beijing Guodian Gaoke Technology Co. Ltd. Tianqi-11 a été placé en orbite héliosynchrone (SSO) à 500 km d’altitude, ce qui était audacieux comme orbite visée pour un premier vol.

La start-up Galactic Energy a été fondée en février 2018 (d’ailleurs son vrai nom est Beijing Xinghe Dongli Space Technology Co. Ltd.). Depuis, ils ont déjà thésaurisé 43 M$ de financements privés, dont près de 30 M$ annoncés cette semaine en série A. Galactic Energy a dès le départ travaillé à deux chantiers : accéder le plus vite possible à l’espace avec une fusée simple à produire, puis développer un lanceur plus lourd, plus fiable et réutilisable. Premier but atteint désormais avec Ceres-1.

La Ceres-1 compte quatre étages, dont trois à propulsion solide et un étage supérieur à propulsion liquide. Le micro-lanceur peut envoyer jusqu’à 350 kg en orbite basse (LEO) et jusqu’à 230 kg à 70 km SSO. Les derniers financements vont permettre Galactic Energy de commencer la production dans la ville de Jianyang (province de Chengdu, sud-est du pays), après avoir construit l’usine qui comptera également site de test et département de recherche. Il reste désormais à remplir le carnet de clients pour faire voler la Ceres-1 le plus possible, pendant qu’on œuvre à une suite plus ardue.

L’étape suivante pour Galactic Energy se nomme Pallas-1, un lanceur plus lourd à ergols liquides (Kérosène/LOX), et au premier étage réutilisable. Avec Pallas-1, on entre dans la cour des lanceurs légers dans le style de la Vega, la Long March 11 de la CASC, mais aussi des projets équivalents chez les autres concurrents du Newspace chinois, décris plus bas dans l’article. La Pallas-1 pourra emporter jusqu’à 4 tonnes de charge utile en LEO ou deux tonnes à 700 km SSO. Galactic Energy travaille au développement et tests des moteurs Cangqiong, conçus pour être réallumés plusieurs fois, notamment pour assurer l’atterrissage du premier étage comme celui de la Falcon 9 de SpaceX. Son premier vol test est prévu pour fin 2022.

L’envol de la Ceres-1 marque comme le lancement d’une nouvelle saison du Newspace chinois, avec l’arrivée prochaine de nouveaux acteurs. Le Newspace compte aujourd’hui une série de start-ups de lanceurs avec en premier Landspace, iSpace, OneSpace Linkspace, puis plus récemment Galactic Energy, Deep Blue Aerospace avec leur projet de gamme Nebula, Space Transportation et ses projets de lanceurs aéroportés (déjà un test démo fait en 2019), Space Trek, Jiuzhou Yunjian ou encore Seres Space Exploration Technology.

Visuel de la Pallas-1 (Galacti Energy)

Bientôt le retour des premiers piliers

2020 a bien failli ne pas témoigner d’un vol inaugural dans le Newspace chinois. Après une première tentative infructueuse fin 2018, nous avons pu voir en 2019 le tout premier lanceur 100% privé de Chine déposer ses passagers en orbite. Depuis, on était un peu resté sur notre faim. Mais même si avec la crise du Covid, le monde des nouveaux lanceurs commerciaux a marqué une pause dans les lancements, son cœur n’a pas arrêté de battre.

Peu après l’ouverture du secteur spatial aux investissements non-étatiques actée par le gouvernement en 2014, des dizaines de nouveaux acteurs sont apparus, notamment dans le milieu des lanceurs et micro-lanceurs. Le Newspace s’y est développé par vagues. La première vague a commencé avec ceux qui ont pu tirer profit d’un certain héritage en expérience missile et ICBM mis à disposition par l‘Etat avec des infrastructures. Les start-ups Landspace, iSpace, Linkspace, OneSpace sortent très vite des micro-lanceurs et parviennent à décoller très tôt, souvent sans succès. Puis vient la seconde vague avec en tête Galactic Energy et sa Ceres-1.

Landspace, OneSpace et iSpace ont toutes trois passé le cap du vol inaugural mais seulement iSpace a réussi avec son micro-lanceur solide Hyperbola-1. Démarré trop vite ? A peine sorties de l’œuf, tout juste autorisées d’exister, on s’est précipité vers l’espace pour être le premier et montrer une rapide progression car il fallait vite convaincre les investisseurs qu’on était capable d’atteindre l’orbite. Ainsi, les premiers micro-lanceurs à avoir volé sont tous à moteur solide, directement dérivés de missiles retirés. La suite du programme est toutefois plus complexe avec comme projet de marcher au moteur liquide.

Aerial view of Chinese private launch firm Landspace testing its Tianque-12 methalox engine at a facility in Huzhou.
Test d’un moteurs Tianqi-12 (Landspace)

Landspace a tiré en premier avec la Zhuque 1 en octobre 2018 mais le tir s’est soldé par un échec de la mise en orbite du passager test de la CCTV. Depuis, aucun tir Zhuque-1 n’est programmé, Landspace n’a plus de contrat avec son fournisseur de moteur solide. La start-up est désormais concentrée sur le développement de la Zhuque-2, à propulsion liquide (méthane/LOX). Pour cette dernière, Landspace a récemment gagné 175 M$ lors d’un troisième round de financements privés. La Zhuque-2, lanceur moyen capable d’emporter initialement jusqu’à un satellite de deux tonnes à 500 km SSO. Alors que les tests des moteurs Tianqi-11 et 12 se poursuivent, le vol inaugural est programmé pour juin 2021. Landspace souhaite qu’à terme, il devienne réutilisable.

La start-up iSpace a été la première compagnie privée à atteindre l’orbite avec sa Hyperbola-1 en juillet 2019. Depuis, il n’y a eu aucun vol. un second tir était prévu pour cet automne mais a été décalé à 2021. iSpace vise aussi le stade suprême de la propulsion liquide avec la Hyperbola-2 avec, comme Landspace, un mélange méthane/LOX. Hyperbola-2 pourra livrer un satellite de 1100 kg à 500 km SSO. iSpace souhaite également réutiliser le premier étage et a déjà commencé les tests du moteur principal, le JD-1, dont une mise à feu de 200 secondes. iSpace travaille aussi sur l’idée d’un lanceur plus lourd (Hyperbola-3), monté façon Falcon Heavy en mettant côte-à-côte trois 1ers étages pour plus de puissance. En soutien, iSpace a reçu dernièrement 173 M$ en série B de financements privés. Un premier vol test avec retour du 1er étage est prévu l’année prochaine, et un vol test orbital fin 2021.

Liftoff of the Jielong-1 solid propellant rocket from the Gobi Desert in July 2019.
Décollage de l’Hyperbola-1 (iSpace)

OneSpace n’a tenté qu’une seule fois le vol orbital en 2019 mais sans succès. Après deux vol tests suborbitaux, la OS-M a raté la séparation entre ses premiers et second étage solides identiques lors du vol test orbital. Depuis le début de la crise Covid, peu de nouvelles de leur côté, les activités restaient plutôt sur le micro-lanceur solide et une version plus performante à propulsion liquide OS-M2, rebaptisée Zero qui n’a pas encore volé mais dont les tests moteurs avaient commencé en 2019. Un vol suborbital OS-X reste prévu depuis près d’un an, tandis qu’un nouveau vol test était prévu OS-M reste prévu depuis l’échec en 2019. OneSpace dispose d’ailleurs d’un véhicule TEL (Transport-Erection-Lancement) pour les vols OS-X.

Linkspace, le ‘’petit SpaceX chinois’’, développe et teste depuis 2015 un démonstrateur VTVL, sorte de ‘’Grasshopper’’ qui teste la capacité de faire des aller-retours d’un premier étage réutilisable. Linkspace visait 2020-2021 pour faire décoller sa NewLine 1, qui aurait pu devenir le premier réutilisable à voler en Chine. Mais silence radio depuis le dernier test en août 2019.

L’Etat n’a pas pour autant laissé le secteur des petits lanceurs aux commerciaux. A travers sa filiale ExPace, le géant CASIC exploite la Kuaizhou-1A (moteur solide), et teste la Kuaizhou-11. De son côté, la CASC dispose de sa fameuse Long March 11 et même d’une filiale China Rocket Ltd. Avec un micro-lanceur mis sur pied en moins d’un an : la Jielong-1, dont un second vol est prévu d’ici la fin de l’année. Enfin, la CAS (China Academy of Sciences) vient de lancer sa spin-off commerciale CAS Space – aka Zhongke Aerospace – le 29 septembre, et va développer une famille de nouveau lanceurs baptisée ZK.

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